Lecture / Ecriture
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Ados: Nous, notre Histoire de Yvan Pommaux

Yvan Pommaux
  Dès 08 ans: Avant la télé
  Dès 11 ans: Thésée
  Dès 10 ans: Troie
  Ados: Nous, notre Histoire

Ados: Nous, notre Histoire - Yvan Pommaux, Christophe Ylla-Somers

L'Histoire aussi est devenue mondialiste
Note :

   Voilà un beau grand album qui va bien rendre service à nos ados de 6ème et 5ème car il va leur permettre de potasser de façon plaisante et facile tout leur programme d'Histoire de manière à peu près conforme aux dernières directives officielles (mais elles changent si vite... enfin, il restera toujours l’intérêt de l'Histoire elle-même).
   
   Les auteurs ont choisi un certain nombre de partis-pris. D'abord, partir de la création du monde et arriver à la Seconde Guerre Mondiale. Ensuite, ne citer aucun personnage célèbre ! Ni roi, ni empereur, ni héros, aucun. Ainsi, voici comment est relatée par exemple, la découverte de l'Amérique:
   "Un marin génois a réussi à convaincre notre roi de lui confier trois bateaux pour aller reconnaître cette route possible jusqu'à la Ville sainte. Il n'atteint pas son but mais découvre en chemin un autre monde peuplé de sauvages et de terre à leur prendre. Lorsque nous y retournons avec d'autres bateaux, nous trouvons de l'or."

   Aucun nom n'est cité, ni ne le sera. C'est que le temps doit filer vite au fil des pages et qu'est-ce qu'une vie humaine au regard des millions d'années ? Seuls sont considérés les groupes humains, les courants de pensée, les grands mouvements. Pas de vedette ! Comme il le fait dès le titre, le narrateur de cette histoire du monde dit "Nous". Nous, les humains. Un Nous qui est partout semblable lors de la naissance de l'humain, et qui peu à peu mais bien plus tard, se différenciera selon les lieux où il vit, devenant un Nous multiple et rapidement possiblement ennemi (mais le voisin est toujours possiblement ennemi). Un nous qui comprend le lecteur et lui fait parcourir l'évolution humaine et ses aventures en se sentant partie intégrante de tout ce qui s'y joue.
   
   Le troisième parti-pris est de considérer l'Histoire uniquement à l'échelle du monde. On ne vous parlera pas de la Guerre de Cent ans qui opposa ces deux petits pays que sont la France et l'Angleterre, on vous parlera des grandes civilisations et de ce que fut l'Histoire en Europe, en Asie, en Afrique etc.
   
    Au moins, tout cela nous est-il raconté en progressant chronologiquement. Ouf ! Pour nous autres qui avons appris "l'Histoire de France", avant de ne nous éloigner un peu de la métropole que plus loin dans nos études, nous qui avons appris en personnalisant chaque mouvement derrière un personnage représentatif, c'est un peu déroutant. On regrette inévitablement la disparition des César et des héros qui nous faisaient rêver, dont on aimait se sentir proche ou ennemi, qu'on voulait admirer ou haïr. On regrette la disparition des anecdotes qui enflammaient si bien notre imagination et aidaient à la mémorisation, les vases de Soisson, les "Non, Sire, une Révolution !", mais on est également séduit par cette nouvelle démarche et son intérêt. Cette vision globale emporte aussi l'adhésion. On ne peut nier qu'elle permet de comprendre les choses, même si elle ne suffit pas. De visiter le monde, de se sentir "chez Nous" partout, de réaliser que l'homme à des milliers de kilomètres est semblable à nous, que dis-je, que "Nous", c'est lui aussi, sans que cela empêche que nous ayons des cultures différentes (pour le moment du moins, parce que la mondialisation... mais c'est une autre histoire).
   
   La façon dont nous racontons l’Histoire a toujours été le reflet de la philosophie dominante, cela n'a rien de nouveau. Rien d'étonnant donc à ce que l'Histoire aussi soit devenue mondialiste. Il ne restera plus aux grands-parents qu'à raconter aux petits-enfants, pendant les trajets en voiture qui ont remplacé les soirées de veillée, des histoires de Robespiere, de Galilée ou de Vasco de Gama, cela remplacera les contes de fées, parce que je crois toujours que cela doit aussi continuer à être enseigné.

critique par Sibylline




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