Lecture / Ecriture
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Les cinq quartiers de l'orange de Joanne Harris

Joanne Harris
  Dors petite sœur
  Les cinq quartiers de l'orange
  Classe à part
  Chocolat

Joanne Harris est une écrivaine britannique née en 1964.

Les cinq quartiers de l'orange - Joanne Harris

Framboise, Mirabelle, et les autres…
Note :

   Framboise Dartigen retourne vivre dans son village natal à l'âge de 65 ans. Elle y rachète la ferme de sa mère abandonnée depuis longtemps.
   
   Mais personne ne sait qu'elle est la fille de Mirabelle Dartigen, tenue pour responsable de l'exécution de onze villageois pendant l'occupation allemande. Pour l'instant elle est la veuve Simon et d'ailleurs personne ne la reconnaît. Pourtant elle ne fait rien pour se cacher et il lui faudra d'ailleurs un certain temps pour être adoptée par les gens du village. Mais le jour où elle ouvre une crêperie, le succès est au rendez vous et les villageois sont nombreux à la fréquenter car ils adorent ses recettes. Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'elle les tire de l'album que sa mère lui a légué à sa mort
   
   Mais elle ne va pas tarder à rencontrer des problèmes car son succès est tel qu'il suscite bientôt la jalousie.
   
   Le récit de cette vie au village, entrecoupé par la lecture de l'album de sa mère, nous permet de revivre l'enfance de cette famille pendant l'occupation. Ainsi nous allons apprendre ce qu'il s'est réellement passé à cette époque. C'est tout le suspens de ce récit dont l'intrigue est très bien ficelée et la forme originale -alternance passé/présent- font une lecture captivante.
   
   Quant au titre, il mérite une explication : il vient lui aussi de sa mère Mirabelle qui était allergique aux oranges, denrée extrêmement rare sous l'Occupation. Ne serait ce que l'odeur d'une orange la rendait malade et l'obligeait à rester au lit. Framboise usait donc de ce stratagème et cachait le cinquième quartier de l'orange sous l'oreiller de sa mère afin de la rendre malade et de pouvoir de ce fait sortir librement. Mais cette liberté lui coûtera cher…
   
    C'est toute la cruauté du monde de l'enfance qui est montré dans ce livre mais l'insouciance et l'innocence aussi car pas plus qu'elle ne réalisait la cruauté de son geste, Framboise, son frère et sa soeur ne se rendent compte des événements et des conséquences dramatiques de leurs actes pendant cette période de guerre.
   
   A lire absolument…
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critique par Clochette




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Orange sanguine
Note :

    Voilà un roman que j’ai dévoré.
   
   On pourrait penser que c’est parce qu’il est appétissant, comme semblent l’indiquer les recettes de cuisine retranscrites au fil des chapitres et tirées de l’album de Mirabelle Dartigen, album qui lui sert à la fois de journal intime crypté et de cahier de recettes; ou les évocations des plats du terroir cuisinés chez Crêpe Framboise, un restaurant tenu par sa fille retournée anonymement au hameau de son enfance; ou celles des plats concoctés avec un amour qui ne s’exprime qu’ainsi par Mirabelle pour ses enfants, crêpes dentelles, boudins noirs ou pavé aux anchois; ou les prénoms des personnages, Cassis, Reinette ou Framboise, si bucoliques en apparence…
   
   Mais en fait, c’est parce qu’il est très, très sombre. Dès le début, nous savons que le village des Laveuses où vit la narratrice (Framboise) a été, durant la guerre, le lieu d’un massacre, dont est tenue pour responsable Mirabelle Dartigen, sa mère. Les souvenirs de la vieille dame nous replongent dans cette période de privations, durant laquelle chacun essayait de tirer son épingle du jeu, les Allemands en garnison comme les villageois au marché noir; mais c’est au sein de la famille Dartigen, privée de père par la guerre, que prend naissance le conflit le plus violent du livre…
   
   J’ai beaucoup pensé à "Je suis ta nuit" de Loïc Le Borgne, lu récemment. Car le roman excelle à recréer l’atmosphère d’un petit village, ses commérages, sa vie rythmée par les kermesses et l’élection de la reine de la fête, que l’on couronne de blé; et surtout les jeux un peu sauvages des enfants de la campagne, pêche au brochet, bains dans la rivière, trésor caché, cabane dans les arbres, croyance en l’existence d’un brochet gigantesque, sorte de mauvais génie de la rivière et personnification du destin…
   
   Mais ces images sépia volent en éclat tant est tortueuse l’âme des personnages. C’est la perversité presque innocente des enfants, incapables de comprendre les sautes d’humeur de leur mère (qui souffre de migraines) et la tendresse cachée sous sa dureté, et s’éveillant aux nouveaux désirs de l’adolescence et à l’appel de la liberté. Cassis, le frère aîné, veut faire le dur et lire des illustrés. Reinette rêve de stars de cinéma, de bas nylon et de rouge à lèvres. Quant à Framboise, la petite sœur, elle est subjuguée par Tomas, un soldat allemand nonchalant et charmeur, et prête à tout pour s’opposer à sa mère dont elle ne supporte pas le caractère autoritaire… Mais c’est aussi la dureté du monde des adultes, veules, manipulateurs ou incapables de montrer leurs émotions; frayer avec ces adultes, c’est immanquablement devenir victime ou criminel…
   
   Si le roman raconte finalement une réconciliation entre les générations, grâce à l’album qui permet à Framboise de comprendre enfin sa mère, lorsque la vie lui a donné le recul nécessaire pour ne plus voir les événements de cette année-là selon le point de vue limité d’une petite fille rebelle, les épisodes contemporains nous montrent encore une famille déchirée, lourde de non-dits et de jalousie…

critique par Rose




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