Lecture / Ecriture
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Someone de Alice McDermott

Alice McDermott
  Someone
  La neuvième heure

Someone - Alice McDermott

Un parcours de femme
Note :

    265 pages à lire!
   
   Etats-Unis, New-York, Brooklyn, 1930. Fille d’irlandais, Marie passe son temps à jouer avec ses amis dans son quartier où tout ce qui se passe fait figure d’événement : la mort d’un voisin, les naissances. Son frère Gabe plus âgé qu’elle se destine à devenir prêtre. Les années passent, Marie découvre les peines de cœur. C’est une jeune fille quelconque qui ne cherche pas spécifiquement le bonheur, qui subit ou accepte les évènements qui vont la marquer. Marie raconte sa vie à différents âges et ce qui est lié : l’enfance, la mort de son père, la renoncement de frère à sa vocation, son travail, son mari, la naissance de son premier enfant où elle a failli perdre la vie, sa myopie invalidante qui la rendra presque aveugle, la vieillesse, le veuvage. Et elle le décrit avec ces petits détails, ses souvenirs.
   
   Un parcours de femme et de son entourage (famille ou voisins) écrit sans fioritures et avec une justesse incroyable mais aussi ce qui fait justement la vie avec ses hauts et ses bas. C'est tout simplement beau, de cette beauté qui laisse une trace et avec elle un sentiment d’avoir eu une lecture marquante.
   
   "Debout, à une extrémité de la table, mon frère s'était lancé dans un grand discours, pendant que ma mère remplissait les assiettes. Nous étions assises toutes les deux, la tête levée vers lui. C'était là le langage des hommes timides, me dis-je, des hommes trop seuls avec leurs lectures et leurs idées - sur la politique, la guerre, les pays lointains, les tyrans. Des hommes qui préféraient enfouir la tête là-dedans plutôt que de voir le simple chagrin d'amour d'une femme.
    La chaleur, un rappel de ce que j'avais entrevu lors de l'agonie de mon père, mais que, sans l'avoir prévu ni voulu, j'avais réussi à oublier : les jours ordinaires étaient un voile, un pan de tissu fin qui faussait le regard."

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critique par Clara et les mots




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Brooklyn après guerre
Note :

   L’écrivaine américaine Alice McDermott s’est fait une spécialité d’élaborer des livres touchants et édifiants en partant simplement du quotidien banal de personnages anodins. Car, bien au-delà des intrigues ou des récits plus ou moins complexes dont elle se méfie et qu’elle rejette pour elle-même, celle qui fut plusieurs fois finaliste du Prix Pulitzer sait user d’une plume sensible pour bâtir pas à pas des livres frappants et captivants.
   
   Dans "Someone" (qui signifie "Quelqu’un" pour bien souligner le caractère anonyme et presque universel de ce qui nous est exposé ici), c’est une femme arrivée au seuil de sa vie, Mary, qui laisse remonter ses souvenirs. Bien que dotée d’une vue fragile et faible et désormais aveugle et dépendante, Mary n’en fut pas moins l’observatrice attentive et avisée de son environnement.
   
   Toute sa vie elle la passa à Brooklyn. Celui d’abord des années trente et de l’immédiat après-guerre qui constitue le cœur du récit. Et puis celui de ces années soixante-dix qui la voit peu à peu se retirer de la vie, disparaître à jamais victime de son âge.
   
   La vie de Mary fut celle d’une lutte permanente. Une lutte contre elle-même pour parvenir à voir, pour faire de son problème de vue un atout, une sorte de charme. Pour cela, il lui aura fallu d’abord vivre la douleur cuisante d’un premier chagrin d’amour doublé d’une humiliation. Apprendre à trouver sa place et à vaincre ses réticences une fois devenue l’assistante d’un entrepreneur des pompes funèbres de Brooklyn. Vivre aux côtés d’un frère obsédé de lecture et de théologie, envoyé au séminaire, ordonné prêtre avant que de tout laisser tomber, sans jamais donner la moindre explication.
   
   Et puis, il y aura la rencontre d’un ex GI, flottant dans son costume, aussi squelettique que volubile, drôle et charmant au point qu’elle finira par l’épouser avant de lui donner quatre enfants.
   
   Une vie faite de petits riens, de décès de voisins ou d’amis année après année, de petites joies et de grandes peines, de rebuffades, de compromis mais aussi de beaucoup de générosité, le don de soi semblant être le guide constant de ces existences dans lesquelles chacun des principaux acteurs semble ici se débattre.
   
   Ce sont ces successions de séquences qui surgissent comme elles viennent dans les ultimes souvenirs d’une femme en train de se libérer de sa vie qui auront fait la beauté et la richesse d’une existence qui aura vaincu bien des épreuves en même temps qu’elle aura subi des échecs. N’est-ce pas là la vie de beaucoup d’entre nous en même temps que le témoignage touchant d’une époque à jamais révolue ?

critique par Cetalir




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