Lecture / Ecriture
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Les beaux mariages de Edith Wharton

Edith Wharton
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  Chez les heureux du monde
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  Xingu
  Les chemins parcourus
  Eté
  Ethan Frome
  Le temps de l’innocence
  Le triomphe de la Nuit
  La splendeur des Lansing
  Le fils et autres nouvelles
  Les Boucanières
  Les New-Yorkaises
  Le vice de la lecture
  La France en automobile

Edith Wharton est une romancière américaine née à New York en 1862 et morte en 1937, en France où elle vivait depuis une trentaine d'années.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les beaux mariages - Edith Wharton

"Qu'on LUI coupe la tête!"
Note :

   Vous avez eu envie de frapper Ariane ? Emilia a fini par vous sortir par les oreilles ? Le pire est encore à venir : je vous présente …tatatatata… UNDINE ! La pire, mais alors la pire héroïne de mon humble vie de lectrice. Elle me donnait à chaque page l’envie de balancer le livre. Pourquoi je vous en parle ? Mais parce que ce livre est trop bien ! Non qualité et chiantité ne sont pas incompatibles.
   
    Le pitch : Undine Spragg et ses parents, en bons nouveaux riches, quittent leur petite ville d’Apex pour New-York, « the real thing ya know». Undine veut en effet « faire carrière », c’est-à-dire grimper l’échelle sociale par les moyens que la société lui offre : le mariage, les relations, et sa beauté. On voit donc Undine évoluer dans la société new-yorkaise et européenne, assoiffée de reconnaissance sociale, se définissant par rapport à elle. On suit avec curiosité ses petites manigances et manipulations qui parfois lui jouent des tours ; on rit de sa bêtise, de ses préjugés, de son outrance. Et parfois, on en a peur.
   
    Je vous sens intrigués par ce prénom. Moi non plus je ne sais pas comment le prononcer. Soit c’est « Ondine » américanisé, donc la créature des eaux, l’incarnation de la grâce et de la beauté, tout ça tout ça. Ralph, son deuxième mari (Dieu lui vienne en aide), la voit en effet comme «diverse et ondoyante». Ou alors c’est « Undaaaaïne », prononcé avec un gros accent américain un chouïa vulgaire, par des gens qui aimeraient bien avoir l’air, mais qui n’ont pas l’air du tout. Après tout, si Mrs Spragg (pas classe ce nom d’ailleurs) a appelé sa fille après le mot français «Undoolay» (je traduis : «onduler»), il faut savoir que pour elle, c’était d’abord une marque de fer à friser (comme si vous appeliez votre fille « Babyliss »). Donc c’est difficile, parce qu’Undine est à la fois basse et distinguée. Alors vous faites comme vous voulez, de toute façon vous aurez tort.
   
    Une des héroïnes les plus chiantes que je connaisse, mais aussi une des plus fascinantes. En effet, Undine se caractérise par ses désirs insatiables et toujours matériels. Elle n’est que parce qu’elle a, ou plutôt parce qu’elle convoite. Robes, tableaux, robes, voyages, robes, maris des autres. Elle est un gouffre qui ne se remplit jamais. En effet, si son essence est de désirer, le désir étant manque, elle-même est donc un vide abyssal. Il s’agit donc d’un personnage très curieux car caractérisé par son apersonnalité .
   J’invente des mots si je veux, c’est mon commentaire.
   
   Bon je justifie : « impersonnalité » indiquerait une personnalité banale, sans caractère, alors qu’ici l’héroïne n’a pas la moindre profondeur, elle n’existe que par ce qu’elle a, son apparence, d’où le « a » privatif. Elle avance vers son but, prête à tout, sans sentiments et sans âme. Au début ça fait rire, mais après ça donne froid dans le dos.
   
    Ce qui est très intéressant dans ce livre, c’est qu’il exhibe les rouages de la société américaine, européenne, et de façon générale. On se rend compte que tout tient à l’apparence. Tant qu’on observe les convenances, les codes, tout roule. C’est pourquoi il n’y a que de très rares scènes privées (mais oui, sinon Undine n’a rien à dire ni à faire), tout se passe en public : les dîners, mais aussi l’opéra, les ateliers d’artistes, les expositions. Non, nos amis ne sont pas des intellos, ils veulent juste se montrer, vous avez cru quoi ? C’est aussi pour cela que nous avons des discours et comportements très stéréotypés, les gens ne font que reproduire le schéma et les préjugés de leur classe. Ainsi quand Raymond, l’aristocrate français, fustige les américains, on retrouve des idées bien connues selon lesquelles ils ne sont attachés à rien, ils n’ont aucun passé et donc ne peuvent comprendre les européens etc. Les discours et comportements divergents sont en conséquence ou d’un grand cynisme, ou voués à la désillusion. On a donc ici une étude presque scientifique, ethnologique d’Edith Wharton sur la société. Je dis presque, puisqu’on perçoit le cynisme et l’ironie de l’auteur à chaque ligne.
   
    Le livre adopte le point de vue de la classe des nouveaux riches, et clairement Edith Wharton se moque. Ainsi, ils sont très bling-bling, très dorures, petites statues romaines, tout ça. Dans le premier hôtel du roman, on a même des suites « Looey » (« Louis ») avec des portraits de Marie-Antoinette et de la Princesse de Lamballe (quand leurs têtes étaient encore fermement attachées j’imagine). Ainsi, ils dépouillent l’ancien de sa signification, pour lui en donner une nouvelle généralement rattachée à l’apparence et la connotation. Et souvent ce n’est pas du meilleur goût comme vous pouvez le voir. Plus sérieusement, ce livre est révélateur de la genèse des Etats-Unis, puisqu’il montre comment les américains ont eux-mêmes construit un nouveau monde d’abord purement matériel, en s’appuyant sur l’ancien au passé prestigieux. Cet ancien est cependant détruit en même temps qu’il sert de modèle, car la jeune Amérique se caractérise justement par son sang de pionnier ; elle est une force qui va. Ce n’est pas pour rien que les initiales de l’héroïne sont U.S.
   
    Première lecture d’Edith Wharton, sûrement pas la dernière. Je ne sais pas si ce livre est intéressant d’un point de vue purement stylistique ou littéraire, mais en tout cas il est très riche sociologiquement parlant et agréable à lire. Même si ELLE est à jeter dans une fosse à crapauds. Ca ne lui ferait pas de mal de se faire ruiner une robe tiens.
   PS: Mea culpa, mea maxima culpa, je n'ai pas précisé que l'intrigue se déroulait au début du siècle, et que le livre a d'ailleurs été écrit en 1913.
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critique par La Renarde




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Intrigues à la new-yorkaise
Note :

    New-York, début du XXème siècle. Fraîchement débarquée de sa province, Ondine Spragg, dévorée d'ambition, voudrait faire un mariage éblouissant qui lui apporterait reconnaissance sociale et richesse. Mais elle n'a pour elle que sa beauté renversante et la fortune incertaine de son père. Elle tente maladroitement de s'ouvrir les portes de la haute société jusqu'à ce qu'elle fasse la connaissance de Ralph Marvell...
   
   Il s'agit de premier roman d'Edith Wharton que je lis, chers happy few (car oui, pour une raison inconnue, cet auteur qui a pourtant tout pour me plaire n'était jamais passé entre mes mains) et je l'ai trouvé fort bon.
   
   L'héroïne est détestable, sotte, frivole, superficielle, capricieuse, froide et avide de reconnaissance : on dirait une Scarlett O'Hara moins énergique et moins futée. Elle n'est faite que de désir de posséder, elle amasse sans fin, robes, bijoux, meubles, voyages, elle n'en a jamais assez et, comme une enfant gâtée, elle réclame sans cesse, à son père puis à ses maris, puisqu'on l'a élevée dans l'idée que les hommes ne sont là que pour combler les besoins démesurés des femmes. Le problème, c'est qu'il est difficile de rencontrer des hommes riches, et encore plus difficile de se faire épouser quand on n'a pas de nom, même si on est la plus jolie fille du bal. Elle passe donc sa vie à élaborer des stratagèmes, à divorcer dans l'espoir de harponner un meilleur parti et elle se retrouve, malgré son ascension sociale, perpétuellement insatisfaite.
   
   La grande force du roman est de rendre cette femme intéressante : le lecteur est pris comme malgré lui et comme tous les hommes du roman dans les filets de la "diverse et ondoyante" Ondine, nommée, non pas comme son mari, Ralph le lettré le croyait d'après la nymphe mais d'après un produit à friser, ce qui vous donne une idée du milieu social et de la culture de ses parents, dépassés par la tornade qu'est leur fille. Par le biais de l'histoire d'Ondine, Edith Wharton se livre à une véritable peinture de moeurs et dépeint une société new-yorkaise en pleine mutation où la vieille aristocratie représentée par les Marvell, décline, désargentée et où apparaissent des spéculateurs sans culture qui bâtissent des empires à la force de la Bourse, comme Moffatt, étrange héros rustaud et finaud, qui veut s'acheter une légitimité culturelle comme il a construit sa fortune, en investissant, parfois sans discernement, dans l'art. C'est un univers régi par des codes très stricts, construit sur des préjugés profondément enracinés (et l'incompréhension profonde entre l'aristocratie française et les américains en est l'une des preuves les plus éclatantes), un monde où les femmes sont à la merci du bon vouloir de leur mari et où on a oublié de leur inculquer l'art du raisonnement... Le tout décrit par Wharton de manière enlevée avec beaucoup d'ironie et une pointe de cynisme.
   
   De la belle ouvrage, chers happy few!
   
   PS : un mot sur cette édition : elle comprend une introduction assez intéressante sur la vie d'Edith Wharton mais elle est pleine de coquilles, surtout au niveau de la ponctuation (il faut croire que ça devient une mode de se passer de correcteur) et il ne faut surtout pas lire la quatrième de couverture qui raconte toute l'histoire (et quand je dis toute, c'est vraiment toute), ce qui est scandaleux!

critique par Fashion




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