Lecture / Ecriture
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Glose de Juan Jose Saer

Juan Jose Saer
  Lieu
  L'ancêtre
  Glose

Juan José Saer est un écrivain argentin né en 1937 et mort en 2005.

Glose - Juan Jose Saer

Le long du boulevard
Note :

   A savoir : ce roman a antérieurement été publié en français sous le titre "L'anniversaire".
   
   Voici quel en est le canevas :
   Leto, jeune homme argentin de 21 ans, comptable, vivant chez sa mère, se rend à pied à son travail, mais, très vite, la journée étant belle, il décide de s'accorder un congé et son trajet devient une promenade le long du boulevard. Ses pensées vont vers sa mère dont les déclarations sibyllines l'étonnent et, y retournant plusieurs fois, nous permettront au cours du récit de découvrir sa situation familiale. Une autre pensée le tracasse : la fête d'anniversaire du poète Jorge Washington Noriega dont il se pense proche bien que deux générations les séparent, a eu lieu, et il n'a pas été invité. Est-ce volontairement ? Est-ce un oubli ? Ou a-t-on considéré que sa présence allait tellement de soi qu'il n'était même pas nécessaire de l'inviter ? …
   
   Son chemin croise celui du Mathématicien, très beau, riche, très élégant, les deux hommes ne se connaissent pas bien mais le Mathématicien ne se joint pas moins à lui pour cheminer en bavardant puisqu'ils vont dans la même direction. Le Mathématicien pense également à la fête d'anniversaire qu'il a ratée lui aussi, mais pour une toute autre raison : il n'était pas encore rentré d'une longue tournée des principales villes d'Europe. Le Mathématicien est homme de lettres mais nous découvrirons avant la fin du roman à quoi il doit son surnom, quand nous le verrons tenter de mettre en équation le principe de réalité afin d'en obtenir une approche qui ne soit contingente de rien, ni lieu, ni temps, ni situation personnelle, etc.
   
   C'est donc tout naturellement que les deux hommes en viennent à parler de cette fête qu'ils ont tous deux manquée mais dont ils ont tous deux reçu des récits qu'ils confrontent et complètent mutuellement se créant ainsi une connaissance de cet événement qui fera bientôt partie de leurs souvenirs à un titre égal (on le verra) à celui de ceux qui y ont vraiment assisté, ainsi que d'autres évènements, encore antérieurs qui y avaient été évoqués. Ce roman est pour Juan José Saer, l'occasion d'une longue, profonde et très intéressante réflexion sur les souvenirs, leur conservation, leur déformation involontaire, leur transmission à autrui, leur évolution dans le temps et même leur origine. D'autant que, tout comme des pensées des personnages nous auront permis de découvrir leur passé, d'autres nous permettront de découvrir l'avenir, où cette promenade le long du boulevard sera elle-même un lointain souvenir et où nous apprendrons ce que sont devenus beaucoup des personnages rencontrés ou évoqués (et de nombreux destins ont été tragiques, dictature pas loin non plus).
   
   C'est un roman superbe, fouillé, à la construction minutieuse et parfaite et à la réalisation impeccable. L'écriture est aussi efficace qu'elle est belle. On ne progresse pas vite, et de toute façon, on ne va nulle part, mais "le but est dans le chemin", c'est bien connu, et il est donc atteint ; et en beauté.
   
   
   PS : Il ne faut pas mettre d'accent sur le a de "a priori", "a posteriori", ce sont des locutions latines.
   
   Extrait :
   
   "Maintenant, depuis qu'ils se sont mis à parcourir ensemble la rue droite sur le trottoir à l'ombre, un nouveau lien, impalpable également, les apparente : les souvenirs faux d'un endroit qu'ils n'ont jamais vu, d'évènements auxquels ils n'ont jamais assisté et de personnes qu'ils n'ont jamais rencontrées, d'une journée de fin d'hiver qui n'est pas inscrite dans leur expérience mais qui émerge, intense, dans la mémoire, la tonnelle éclairée, la rencontre du Chat et de Bouton aux Beaux-Aers, Noca revenant de la rivière avec ses corbeilles de poissons, le cheval qui trébuche, Cohen qui remue les braises, Beatriz qui roule toujours une cigarette, la bière dorée avec un col d'écume blanche, Basso et Bouton bêchant au fond du jardin, ombres qui bougent confuses dans la tombée du jour et qu'ensuite la nuit engloutit."

critique par Sibylline




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