Lecture / Ecriture
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Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby

Valentine Goby
  La note sensible
  Dès 10 ans: Le cahier de Leïla
  L'échappée
  Qui touche à mon corps je le tue
  Des corps en silence
  Banquises
  Kinderzimmer
  La Fille surexposée
  Une preuve d'amour
  Un paquebot dans les arbres

Valentine Goby est une écrivaine française née en 1974.

Un paquebot dans les arbres - Valentine Goby

267 pages et un hymne d'amour magnifique !
Note :

   Rentrée littéraire 2016
   
   Les années 50. A La Roche-Guyon dans le Val d'Oise, Paul Blanc dit Paulot et son épouse Odile tiennent un café. Le bonheur est là avec sa femme qui l'aime passionnément et ses trois enfants dont Mathilde. Tous le savourent avec l’insouciance procurée par les Trente glorieuses. Mais Paulot et Odile tombent malades. Ils ont la tuberculose. Pour se soigner, c’est le sanatorium d’Aincourt. Paulot et Odile étant commerçants ne bénéficient pas de la Sécurité sociale
   "c’est gratuit de savoir que tu es malade mais pas gratuit de se soigner . Le café est vendu, ils sont devenus des parias aux yeux des autres. La peur de la contagion s’ancre au-delà de la de la conscience, dans les strates lointaines des mémoires familiales et de la mémoire collective, (..), elle se nourrit de siècles d'épidémies et d'impuissance."

   La sœur aînée de Mathilde est déjà partie pour ses études et mène sa vie. La dislocation est totale et financière.
   
   Les services sociaux veulent placer Mathilde et son frère Jacques en famille d'accueil. Pour contrer l'administration, une seule possibilité : se faire émanciper. Mathilde devenue adolescente se retrouve confrontée à une montagne de problèmes et surchargée de responsabilités. Avec une détermination incroyable, un courage inouï et beaucoup de privations, elle va conjuguer ses études, les visites hebdomadaires aux parents, les démarches administratives, les stages rémunérés. Des scellés posés sur leur logement, elle n’en a cure. Dispersés sur "trois cent kilomètres carrés bornés par Mantes, Fontenay-Saint-Père, Aincourt, La Roche, points cardinaux d’une cartographie nouvelle", elle est le lien entre eux quatre. Mathilde veut obtenir son diplôme et un travail salarié qui lui permettra de cotiser à la Sécurité sociale. Gagner de l'argent signifie également le retour de son frère cadet avec elle.
   
   Sa vie n’est pas celle d’une jeune fille de dix-huit ans. Elle tient bon, s’obstine avec une volonté viscérale malgré les nombreuses difficultés et sacrifices. Juste une fois, elle craque, "j’avais une amnésie pour le futur". Sur son chemin parcouru d’embûches, des personnes merveilleuses l’aideront. Et si elle parviendra à réunir sa famille et à préserver l'amour de sa mère pour son père, entier et encore plus fort, la route n'est cependant pas finie.
   
   "Alors Mathilde Blanc aura l'idée de m'écrire. elle me dira c'est l'histoire d'Aincourt, des milliers de gens comme mon père ont vécu cette histoire, des gens comme nous. Je lui dirai c'est une histoire d'amour."
   

   A partir d'un témoignage réel, Valentine Goby nous raconte "la tragédie silencieuse" de Mathilde et de sa famille. Avec ce livre, elle met en mots "ce récit en marge, celle de la maladie et de la misère eu temps miraculeux de la prospérité, de la Sécurité sociale" où l’on croyait que la tuberculose appartenait définitivement au passé. Mais ce récit est avant tout celui de Mathilde qui par amour a consacré sa jeunesse à sa famille sans jamais compter les privations.
   
   L’écriture est vive, franche et directe mais elle sait se faire plus poétique également.
   Vibrant et digne, ce roman solaire est un hymne magnifique d'amour. A travers Mathilde, Valentine Goby nous interroge sur la capacité à puiser au fond de soi et met en exergue la résistance de ceux que la vie n'épargne pas. Cette lecture nous transfuse des émotions et une force incroyable !
   
   "Ça lui fera monter les larmes, Mathilde, à l'automne prochain, l'automne de ses dix-huit ans, quand elle recevra sa première fiche de paie avec ces mots inscrits à la plume, Sécurité sociale, tandis que son père crachera ses bacilles, ruiné. Elle bénéficiaire dès le premier salaire et son père jamais depuis trente-trois ans qu'il trime et depuis quinze ans que la Sécurité sociale existe, commerçant, puis pleurétique, puis vendeur de frites à cause de la maladie qui l'empêche de faire cafetier, la maladie cause la ruine qui prive de soins, aggravant la maladie ; ni pour lui, la Sécurité sociale, ni pour Odile, commerçante, épicière, vendeuse ambulante, éleveuse de souris, professions indépendantes ils disent, débrouille-toi comme tu peux, le rêve c'est pour les salariés. À l'automne prochain, Mathilde lira le montant inscrit dans la petite case sur sa fiche de paie, le chiffre qui aurait changé leur vie, la grande conquête du Conseil national de la Résistance comme elle l'apprendra un jour. Elle apprendra aussi à dater le miracle des Trente glorieuses et la révolution antibiotique, découvrant qu'ils étaient en plein dedans les Blanc, à Limay, à La Roche, en pleine gloire sans le savoir. Ça fait belle lurette qu'on ne payait plus l'assurance privée, avouera Odile. En 1952, pour le sana, ils l’avaient, l'assurance privée. Après ils n'ont plus d'argent pour la cotisation. Ils ont cessé de payer, ont attendu des jours meilleurs. Il n'y a pas eu de jours meilleurs, elle le sait bien Mathilde, de toute façon qu'est-ce que tu crois, ils font des examens avant de t'accepter à l'assurance, pour Paulot après c'est pleurésie il n'avait aucune chance, ils n'en auraient jamais voulu."

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critique par Clara et les mots




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Le fléau
Note :

   "Le mot capital, c'est sanatorium. Il arrive en douceur, ce mot, à la table du petit-déjeuner, alors que Paul Blanc est encore couché. Paulot va faire un séjour au sanatorium, annonce la mère en beurrant les tartines. Comme elle dit le mot fort et clair sans trembler, Mathilde se sent autorisée à en demander le sens. Annie dit que c'est comme un hôpital. Mathilde s'étonne : si c'est un hôpital, pourquoi on dit sanatorium ? Le sana est spécial, on y va pour soigner les poumons. Sanatorium, comme pleurésie, est un mot rassurant : on sait de quoi souffre Paulot, on sait où le guérir."
   guérir."

   
   L'histoire de la famille Blanc démarre dans la joie. Paulot est le roi du Balto, un bistrot dans le village de la Roche-Guyon, au bord de la Seine. Odile, sa femme, l'aide et l'admire, surtout le samedi soir, point d'orgue de la semaine avec le bal où l'harmonica de Paulot fait danser une bonne partie de la population. Annie, la fille aînée, valse avec son père, fier d'elle. La petite Mathilde regarde dans l'ombre. Elle voudrait tant être à la place d'Annie, mais elle est le "ptit gars" de la famille, celui que Paulot aurait voulu avoir. Jacques, le troisième enfant, est encore dans les bras de sa mère.
   
   Tableau idyllique d'un couple qui s'aime, d'un homme insouciant et généreux, qui se soucie peu des contraintes matérielles, pensant avoir la vie devant lui. Le grain de sable ce sera la maladie et quelle maladie ! La tuberculose, qui à l'époque est un fléau hautement contagieux. A partir de là, la dégringolade sera sévère et constante.
   
   Ce roman est tout à la fois l'histoire d'une famille et celle d'une époque et d'un lieu. Les années 50, dans un petit village où tout le monde se connaît, les débuts de la Sécurité Sociale, mais pas pour tout le monde, l'isolement des malades en sanatorium, leur rejet par le reste de la société, tout est remarquablement décrit. Du jour au lendemain, Paulot passe du statut de commerçant indispensable à celui de paria, entraînant toute la famille dans sa chute.
   
   Paulot et Odile sont assez vite dépassés par la situation et c'est la petite Mathilde, avec sa farouche volonté d'être enfin regardée par son père qui va tenir la famille à bout de bras, au delà de ses forces. Les années passant, la situation empirant, c'est elle qui toujours se débrouillera pour garder la famille unie, envers et contre tout, y sacrifiant en partie sa jeunesse.
   
   C'est une maelstrom d'émotions qui m'a traversée à la lecture de ce roman aux phrases courtes et sèches. J'ai pensé plusieurs fois que la famille ne pouvait pas tomber plus bas, mais si, elle pouvait et j'ai eu mal pour Mathilde, apparemment seule tête pensante et agissante, prenant en charge des parents égoïstes et inconséquents. Odile est une amoureuse avant d'être une mère et j'ai été plusieurs fois en colère devant ce qu'elle laisse porter à sa toute jeune fille, sans se soucier des conséquences.
   
   Je ne vais pas entrer dans les détails, c'est un roman qu'il faut lire. La vie en sanatorium, les services sociaux, la mentalité de la campagne, la précarité, tout m'a paru d'une véracité criante et poignante. L'auteure redonne vie aux victimes d'une maladie terrible et à un passé peut-être trop oublié. Ce n'est pas si souvent dans les romans contemporains.
   
   La seule chose que l'on souhaite en tournant la dernière page, c'est que Mathilde ait eu une belle vie après cette jeunesse éprouvante.
    ↓

critique par Aifelle




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Mots très forts et puissants
Note :

    S'inspirant d'une histoire vraie, Valentine Goby pour son dernier opus nous emmène au début des années 50, début des 30 Glorieuses, dans une société qui change et qui bouge.
   
    L'époque des belles héroïnes atteintes de la tuberculose qui finissaient dans un sursaut d'amour et de toux est bien loin, même si beaucoup d'auteurs ont sublimé ce genre d'histoires.
   
    C'est au café le Balto, à la Roche - Guyon à une cinquantaine de kilomètres de Paris, que l'auteur situe l'histoire d'une famille que la maladie va bouleverser à jamais et isoler de la société et du travail.
   
    Ici le roman s'empare de thèmes forts et le drame qui arrive brutalement nous plonge, lecteur, dans un monde très dur.
   
    Paulot et Odile sont les patrons du Balto, cette épicerie-café-bar au cœur de la petite ville et lieu de détente, de refuge et de danse. Et Paulo c'est le roi du Balto quand il prend son harmonica et joue pour ses clients-amis. Jusqu'au jour où il s’effondre, frappé par la maladie.
   
    Il doit partir au sanatorium, "le paquebot" et vendre son affaire. Femme et enfants sont sans ressource, menacés par la contagion, mis au ban de société et des amis.
   
    Une chute inexorable, tout bascule, c'est une existence de misère profonde qu'ils vivent. Famille et fratrie sont explosées jusqu'à la débâcle finale.
   
    C'est Mathilde la cadette qui revient sur les lieux de leur passé et porte la voix d'un récit magnifique, loin des clichés et porté par une certaine lumière.
   
    Beaucoup de thèmes sont abordés ici.
   
    La relation amoureuse et intense des parents l'un pour l'autre, allant même jusqu'à la maladresse avec les enfants.
   
    Il se trouve aussi les différences d'amour avec les enfants, l'aînée plus aimée, plus protégée et puis la cadette Mathilde qui fera tout pour se faire remarquer par son père, même à jouer les dures et prendre des décisions d'adultes.
   
    Et puis le regard que portent les gens sur l'inconnu et la maladie, sur l'isolement, sur l'étranger.
   
    Valentine Goby nous rappelle la société des années 60 où les traitements médicaux coûtaient chers et la protection sociale n'était pas encore telle qu'elle est aujourd'hui.
   
    Les mots de l'auteur nous accompagnent, toujours très forts et puissants. A travers un drame social puissant, elle nous livre un message d'amour chargé d'émotions vives.

critique par Marie de La page déchirée




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