Lecture / Ecriture
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Station Eleven de Emily St. John Mandel

Emily St. John Mandel
  On ne joue pas avec la mort
  Station Eleven
  Dernière nuit à Montréal

Emily St. John Mandel est un écrivain canadien anglophone née en 1979.

Station Eleven - Emily St. John Mandel

475 pages captivantes
Note :

    Rentrée littéraire 2016
   
   "Ce qui a été perdu lors du cataclysme: presque tout, presque tous. Mais il reste encore tant de beauté: le crépuscule dans ce monde transformé, une représentation du Songe d'une nuit d'été sur un parking, dans la localité mystérieusement baptisée St Deborah by the Water, avec le lac Michigan qui brille à cinq cents mètres de là."
   

    Un acteur s'effondre sur scène en pleine représentation du Roi Lear, à Toronto. Le point de bascule vers un monde qui ne sera peut être plus jamais le même. En effet, une pandémie ravage le globe et, en très peu de temps, la civilisation s'effondre.
   
   Récit post-apocalyptique, "Station Eleven" se concentre surtout sur la volonté d'une poignée d'hommes et de femmes de faire perdurer l'art et la culture, en jouant du Shakespeare ou du Beethoven. Cette compagnie itinérante, qui se déplace dans la région des Grands Lacs, est ainsi à même de constater les changements qui s'opèrent au fil du temps. Si la violence est présente, elle n'est jamais centrale, l'auteure préférant souvent la suggérer et se pencher plutôt sur la manière dont certains s'autoproclament prophète, pour mieux abuser de la crédulité des autres.
   
   C'est un sacré défi que s'est lancé Emily St John Mandel, choisissant d'entrelacer -de main de maître- les destins de différents personnages, sur des décennies, sans jamais nous perdre en route. Le souvenir est en effet un thème qui court tout au long de ce roman, l'humanité se scindant en deux groupes: ceux qui se souviennent des objets et de la société d'avant et les autres. Faisant le lien entre les deux, comme un fil rouge tout au long du texte, cette BD qui donne son titre au roman et un musée, fabuleux ou réel.
   
   Je n'attendais pas Emily St John Mandel dans ce type de texte et c'est sur la seule foi de son nom que j'ai lu ce roman qui m'a emballée. Étant une petite nature -je n'ai toujours pas ouvert "La route"- j'avançais avec précaution, les récits post-apocalyptiques faisant en général la part belle à la violence. Tel n'est pas le cas ici où se donnent surtout à lire des émotions, par le biais de personnages qui nous deviennent vite familiers, dont les préoccupations pourraient être les nôtres. Un grand coup de cœur !
   ↓

critique par Cathulu




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Éblouissant
Note :

   "De tous ceux qui étaient présents ce soir là, ce fut le barman qui survécut le plus longtemps. Il mourut trois semaines plus tard, sur la route, en quittant la ville"
   

   Le roman démarre par la mort d'un acteur célèbre, Arthur, qui est en train de jouer une pièce de Shakespeare, à Toronto. Comédien principal, il incarne le personnage de Gloucester dans le roi Lear. Un massage cardiaque est pratiqué par un secouriste sur place mais rien n'y fait.
   Le virus de la grippe de Géorgie va en effet décimer 99% de la population mondiale et Arthur en est sans doute une des premières victimes. Kirsten, la petite fille qui lui donne la réplique, sera une des rares survivantes, ainsi que Jeevan, ex journaliste people et ami d'Arthur. Ce dernier, juste après le drame, reçoit un appel d'un ami docteur qui le prévient que 200 personnes viennent d'être admises à l'hôpital. Il lui conseille de quitter la ville ou de se barricader chez lui, en faisant un stock de provisions.
   
   On retrouve Kirsten 20 ans après cette "fin du monde". Elle fait partie d'une troupe itinérante qui joue Shakespeare et Beethoven, et parcourt les villes désertées suite à cette pandémie. Elle a en sa possession deux exemplaires d'une bande dessinée jamais publiée réalisée par Miranda, la première épouse d'Arthur, et intitulée "Station Eleven". C'est un roman graphique quasi prémonitoire qui raconte l'histoire du docteur Eleven, coincé dans sa station spatiale.
   
   Voici un roman post apocalyptique absolument fabuleux, à la formidable construction et aux nombreux flash back qui fait qu'on oscille entre le monde d'avant -Arthur et ses trois femmes successives, son fils Tyler - et la vie après la pandémie. Tout le monde est lié de près ou de loin à Arthur et le présent éclaire le passé et inversement. Il fait réfléchir sur la façon de se comporter lorsque les repères disparaissent.
   
   C'est le quatrième livre d'Emily St John Mandel, qui jusqu'à présent s'était illustrée dans le genre policier. Il a été finaliste du National Book Award, le plus prestigieux prix littéraire américain, récompense qui lui a échappé au profit de "Fin de Mission" de Phil Klay. J'ai été absolument éblouie par ce livre original, brillant, à l'écriture superbe et à la construction formidable. C'est un de mes préférés de la rentrée littéraire avec "Les règles d'usage" de Joyce Maynard. Et un énorme coup de cœur.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Fièvre modérée
Note :

   "Si ça avait été un autre que Hua, Jeevan ne l'aurait pas cru, mais il n'avait jamais connu un homme aussi doué pour l'euphémisme. Si Hua disait qu'il s'agissait d'une épidémie, c'est que le mot épidémie n'était pas assez fort. Jeevan fut soudain terrassé par la certitude que cette maladie décrite par son ami allait être la ligne de démarcation entre un avant et un après, un trait tiré sur sa vie".
   

   Vous trouverez de nombreux billets sur ce roman post-apocalyptique allant de l'enthousiasme total à la déception tout aussi totale. Je me situe entre les deux. Il y a de nombreuses images fortes dans cette histoire, mais je n'ai pas accroché autant que j'espérais.
   
   Donc, si par hasard vous n'avez encore rien lu sur ce livre, une pandémie de grippe dite de Géorgie a décimé 99 % de la population. Le roman décrit les premiers temps de l'épidémie, quand les humains tombent comme des mouches à une allure record, puis nous sautons en l'an vingt du monde nouveau. Ensuite le récit fait l'aller-retour entre ces deux périodes, l'une éclairant l'autre. Nous nous attachons à quelques personnages, qui ont tous un lien d'une manière ou d'une autre avec l'acteur Arthur Leander, le premier mort, terrassé par une crise cardiaque en pleine représentation du Roi Lear.
   
   J'ai été scotchée par la première partie du livre, qui décrit la sidération et la panique de la population devant la maladie qui frappe de manière foudroyante. Rapidement il n'y a plus d'électricité, plus d'eau, plus de communications. Les voitures abandonnées jonchent les autoroutes, la mort surprend les gens partout. C'est une partie qui fait réfléchir à tout ce que nous utilisons quotidiennement sans y penser et sans réaliser à quel point nous serions perdus sans ces facilités qui nous paraissent naturelles.
   
   Puis, nous passons sans transition à une vingtaine d'années plus tard. Une petite troupe itinérante joue du Shakespeare pour les rares colonies de survivants qui se sont constituées dans un territoire restreint, parce que "survivre ne suffit pas". La troupe circule dans des périmètres sécurisés, il semblerait qu'une certaine stabilité règne, après des années terribles, dont nous ne saurons à peu près rien.
   
   J'ai aimé l'aspect réflexion sur le monde ancien et le monde nouveau. Rien ne redeviendra comme avant et ce sont les survivants qui ont le plus de mal à s'adapter. Les enfants nés depuis la catastrophe sont moins tourmentés puisqu'ils n'ont rien connu d'autre. Comme souvent dans ce genre de récit, c'est le pire de l'homme qui ressort d'abord, certains ont pris le pouvoir sur d'autres, les prophètes auto-proclamés ne sont pas rares, les armes parlent. Il y a cependant des îlots où la vie s'est organisée en tâtonnant et où l'entraide fonctionne.
   
   Mais le point faible pour moi, ce sont les personnages. Aucun n'est suffisamment attachant, surtout Arthur Leander, censé tenir un rôle central. Certains ne sont pas assez fouillés, comme Kirsten, la jeune femme qui a été témoin de la mort de l'acteur lorsqu'elle était petite fille. Elle évoque à plusieurs reprises une première année terrible dont elle ne se souvient pas. C'est justement cette année-là qu'il aurait été intéressant de connaître.
   
   En bref, ce n'est ni un coup de cœur, ni une déception, une lecture en demi-teinte que je ne regrette pas d'avoir faite.

critique par Aifelle




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