Lecture / Ecriture
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Encres de Chine de Xiaolong Qiu

Xiaolong Qiu
  Mort d'une héroïne rouge
  Encres de Chine
  De soie et de sang
  La Danseuse de Mao
  Dragon bleu, tigre blanc

Qiu Xiaolong est un auteur chinois de romans policiers, né en 1953.

Encres de Chine - Xiaolong Qiu

Quand le rouge est noir
Note :

   C’est le deuxième polar que je lis de cet auteur chinois émigré aux Etats-Unis dans les années 90..
   
   Avec Qiu Xiaolong tout comme avec Tony Hillerman ou Arthur Upfield et même Paco Taibo, ce qui m’importe, c’est d’y retrouver ce que j’y cherche : un personnage récurrent attachant, l’atmosphère particulière d’une ville, d’une région ou d’un pays, une culture dont découle une sensibilité éloignée de la mienne, une vision différente sur le monde.
   
   Le style du polar est parfait pour capter le rythme cardiaque d’une ville et d’un peuple. Pas besoin de creuser profondément la psychologie de chacun des personnages qui ne traversent le livre que pour mieux servir l’énigme en qualité d’indice ou de meurtrier. Le flic, lui, demeure le fil conducteur du récit. Il arpente les rues, les quartiers, interroge les gens, suspects ou non. Il mange, boit, fume et baise.
   
   Chen Cao, lui, mange en gourmet, lit et écrit de la poésie et son adjoint Yu s’occupe de sa famille : la perspicace Peiqin, sa femme, par ailleurs excellente cuisinière et leur fils Qinqin qui, du début à la fin du livre, étudie d’arrache-pied. Yu a des problèmes de logement… comme la plupart des Chinois.
   
   Le titre original « when red is black » met davantage l’accent sur la période sombre de la Révolution Culturelle quand il était recommandé de dénoncer toute dérive bourgeoise ou supposée telle, même à l’intérieur de sa propre famille. Les Gardes Rouges dressaient la liste noire de tous les intellectuels qui ne rentraient pas dans le rang. Qiu Xiaolong, lui-même, appartenait à une famille instruite dont les parents furent rééduqués pendant qu’il fut interdit d’école et se mit à apprendre l’anglais seul. Période noire de la Chine rouge.
   
   Yue Lige, ex-Garde Rouge devenue dissidente et auteur d’un ouvrage controversé, est retrouvée morte dans sa tingzijian, sorte de chambrette inconfortable située à l’entresol d’un shikumen, ensemble typique d’habitations de Shanghai qui apparut au XIXème siècle et qui se caractérise par son porche en pierre.
   
   Les autorités demandent à la police municipale de ficeler cette enquête au plus vite de manière à ce que les médias n'aient pas le temps d'en faire leurs choux gras. Seulement Chen vient de prendre quelques vacances car il vient d'accepter de faire la traduction d'une brochure concernant un projet immobilier et commercial pour un Monsieur Gros-Sous ou capitaliste rouge. Ce travail est hautement rémunéré, et facilité par l'arrivée d'une petite secrétaire, (xiaomi), qui le seconde dans ce travail, y compris à la cuisine. Dans le lit, aussi, me direz-vous ??? Eh bien non ! Chen Cao a été éduqué selon les préceptes confucéens mais aussi tire les leçons de 50 ans de communisme : s'en tenir à l'attitude juste.
   
   C'est donc à l'inspecteur Yu de se colleter le travail de fourmi consistant à rechercher un éventuel coupable, d'une part, parmi les 25 familles du shikumen, et d'autre part, dans le reste de la ville, voire du pays. Contrecarré par les responsables des comités de quartiers et, bien entendu, par le secrétaire du Parti Li, l'inspecteur Yu n'a pas la partie facile, en l'absence de son supérieur hiérarchique, l'inspecteur principal Chen. C'est sans compter sans la perspicacité et la culture littéraire de Peiquin, son épouse, qui, une fois encore, joue un rôle déterminant dans l'enquête.
   
   Et toujours, en note de fond, la cuisine, qu'elle soit gastronomique, étatique ou raffinée, de quartier ou domestique : la bouffe est omniprésente, tout comme dans "mort d'une héroïne rouge ». On y mange même des tortues...
   
   Qiu Xiaolong a vraiment un don pour mettre la Chine et la pensée chinoise à notre portée. Avec quelle lucidité, il examine et démantèle le rouleau compresseur rouge, qui a laminé le peuple jusque dans ses recoins les plus intimes. Fin pédagogue, il illustre son enquête par des proverbes ou des pensées confucéennes, taoistes, voire bouddhistes mais aussi par des poèmes de toutes les époques.
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critique par Evanthia




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Enquête dans le Shangai contemporain
Note :

   Où l’on trouve le littéraire et poète inspecteur Chen et son second, Yu, pour une nouvelle enquête dans le Shangai moderne. Une enquête qui nous donne l’occasion de nous plonger dans ce pays changeant et si rétif à notre entendement. Quoique là encore, comme dans "De soie et de sang", l’enquête n’est pas menée à proprement parler par Chen qui ce coup ci se voit proposer une fortune par un "Monsieur Gros sous" (j’adore cette expression!) - comprendre un nouveau riche - ultra capitaliste au pays du communisme officiel (trop tordant la Chine!) pour réaliser une traduction d’un document publicitaire, marketing, d’un vaste projet immobilier grandiose (et des projets immobiliers grandioses dans la Chine nouvelle…!) en collaboration avec des fonds américains. Chen prend quinze jours de vacances pour mener à bien la traduction et c’est donc Yu qui s’y colle. Et pas de chance l’affaire est sensible, politique (quelque chose n’est pas politique en Chine?!).
   
   Yue, ex Garde rouge (ça ne nous rajeunit pas!) qui a participé la "Révolution Culturelle" (jamais révolution a autant usurpé son nom!) puis a subi l’épuration quand il a fallu se débarrasser de Gardes rouges trop encombrants, a été assassinée dans son réduit exigu qui lui servait de logement au sein d’un "shikumen" (l’intérêt de lire Qiu Xiaolong c’est d’apprendre à connaître par exemple ce qu’étaient les "shikumen", genre d’HLM horizontaux de l’époque coloniale).
   
   Mais c’est que Yue, à la réputation encombrante, avait une petite célébrité et son meurtre pourrait jeter une ombre sur le pouvoir chinois. L’enquête devient ipso facto hautement politique et le pauvre Yu doit faire preuve de toutes ses réserves de flegme pour résister au secrétaire du Parti, Li, qui lui proposerait volontiers le résultat de l’enquête avant que celle-ci aboutisse!
   
   Nous suivons donc le déroulement de l’enquête, suivie à distance et de très loin en très loin par Chen qui, lui, peaufine la traduction dont il est chargé tout en pressentant bien qu’on n’a rien pour rien, et que l’offre mirobolante du "Monsieur Gros sous" pourrait bien cacher quelque chose…
   
   C’est en même temps de multiples aperçus sur la réalité de la Chine contemporaine que nous donne à voir Qiu Xiaolong. C’est passionnant, pas pénible pour un sou (un petit sou pour l’occasion!).
   
    Seule difficulté potentielle, si l’on ne lit pas vite, il y a certainement moyen de se perdre dans les patronymes chinois et d’y perdre un peu son… mandarin!

critique par Tistou




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