Lecture / Ecriture
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Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

Tanguy Viel
  Paris-Brest
  L'absolue perfection du crime
  Insoupçonnable
  Hitchcock, par exemple
  La disparition de Jim Sullivan
  Article 353 du code pénal

Tanguy Viel est un écrivain français né en 1973.

Article 353 du code pénal - Tanguy Viel

Justesse du propos
Note :

   Grand Prix RTL-LIRE 2017
   
   Tanguy Viel, né en 1973 à Brest, est un romancier français. Il a été pensionnaire de la Villa Médicis en 2003-20041. Il a reçu le prix Fénélon pour son roman "L'absolue perfection du crime".
   
   Le livre :
   Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d'être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec dans lesquels Martial a investi la totalité de ses indemnités de licenciement.
   
   Mon avis :
   Une construction originale, puisque la totalité du livre se passe dans le cabinet d'un juge d'instruction. A travers le récit de Martial, l'auteur décortique avec talent l'escroquerie immobilière dont une commune bretonne a été victime et ses terribles conséquences. Portrait de Lazenec faux promoteur, beau parleur, manipulateur, qui plante des graines dans le cerveau d'habitants sinistrés par la fermeture de l'arsenal. Génie maléfique qui dépense sans compter l'argent des autres et qui va détruire plusieurs vies. Portrait d'un village breton, battu par les vents, secoué par la crise et qui va s'accrocher à ce sauveur comme on s'accroche à une bouée pour ne pas se noyer. Portrait d'un brave homme, simple et modeste, Martial Kermeur, qui va se laisser envoûter et qui va sombrer entraînant malgré lui son fils de 17 ans Erwan dont l'amour n'est fait que de non-dits.
   
    Comment ne pas ressentir de l'empathie pour cet homme qui au delà de ses économies va perdre sa dignité. On ne peut qu'être admiratif de la justesse du propos, une écriture parfaitement maîtrisée jusqu'à la fin totalement inattendue. Un superbe roman plein d'humanité.
    ↓

critique par Feursy




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Tanguy Viel nous peint la Bretagne
Note :

    L'article 353 du code pénal donne la possibilité aux juges de se fier à leur intime conviction plus qu'aux preuves, article que le juge utilisera dans ce roman captivant où souffle une tension très soutenue.
   
    Années 90 dans le Finistère. Martial Kermeur est un ancien ouvrier de l'arsenal de Brest au chômage. C'est un brave homme mais il s'est fait avoir par Lazenec, un promoteur immobilier, et a tout perdu dans un investissement immobilier sensé rapporter gros aux habitants de la ville. C'était une arnaque, et sa femme le quitte, son fils porte sur lui un regard critique et Martial s'enfonce.
   
    Un jour, il invite Lazenec à une partie de pêche en mer, il le pousse à l'eau. Il vient de commettre un crime.
   
    Face au juge, il raconte, remonte le fil de sa vie, explique, analyse, regarde la vérité, constate l'inévitable fin. Le flot des mots, la parole donnée, chamboulée, nous happe littéralement.
   
    Une parole de taiseux devant un juge qui écoute, questionne de temps en temps et relance la confession par des mots légaux, ceux du code pénal.
   
    C'est un face à face bouleversant tant les aveux sont intimes. L'accusé parle en son âme et conscience, de la manipulation, des affronts subis, du mal fait pour toujours à sa famille.
   
    Le livre questionne sur de nombreux sujets, politiques, sociaux, juridiques bien sûr. Il raconte aussi la Bretagne frappée par le chômage. L'univers de ces hommes courageux et touchants qui se livrent certains soir la boisson aidant.
   
    Tanguy Viel nous peint la Bretagne et la précision de ses descriptions est surprenante. La rade de Brest est détaillée avec justesse, il en fait un personnage.
   
    L'humour se mêle au récit du quotidien de gens simples et nous écoutons la parole libérée de Martial.
   
    C'est un récit fort, l'auteur nous met presque à la place du juge silencieux qui pousse Martial dans ses mots, le fouille au plus profond de son âme.
   
    Nous vivons un moment de vérité intense, l'histoire est intime, resserrée. Il y a eu une arnaque , c'est vrai, mais de là à tuer un homme.
   
    Alors le juge prend la parole à la fin....
   
    Un très bon livre.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Réalisme rêveur
Note :

   L’intrigue du roman tient en peu de lignes, elle est tout entière résumée dans la 4me de couverture ; l’homme appelé Kermeur narrateur du récit, a investi une forte somme dans l’achat d’un appartement devant être construit dans les deux ans par un promoteur immobilier (Lazenec) venu apparemment pour construire des immeubles avec vue sur la mer.
   
   Mais si le vieux château a bien été détruit, le complexe immobilier, censé relancer la croissance dans une petite ville plombée par le chômage, n’a jamais vu le jour… Lazenec est donc un escroc, mais chose curieuse, il est resté sur place, n’a jamais été inquiété.
   
   Et donc, Kermeur, le roman débute ainsi, a précipité le soi-disant promoteur dans l’eau, le regardant se noyer.
   
   Ce premier chapitre (la noyade de Lazenec) est d’un humour réjouissant, même si retenu (ce sont les sternes qui rient de voir le type se noyer, et les mouettes qui pourraient raconter l’histoire…)
   
   C’est aussi le début d’un dialogue entre le narrateur et le juge qui instruit l’affaire. Peut-être est-ce un dialogue fictif inventé par Kermeur en lieu et place de celui qui aura lieu, pensé-je au début de ma lecture ?
   
   Car, aucun accusé ne parle à un juge comme Kermeur le fait, et aucun juge ne réagit non plus comme celui-là…
   
   Pourtant, la suite nous fait entrer dans l’histoire, et le lecteur s’identifie au juge, il écoute de la même façon que lui, le déroulé du récit, et comment, non seulement Kermeur, mais toute une ville s’est fait rouler et ruiner en quelque années de temps.
   
   Et Kermeur qui ne cesse de se demander comment il a pu se laisser séduire par ce Lazenec à qui il ne faisait même pas confiance, car Kermeur a toujours été socialiste, et il voyait parfaitement en Lazenec le capitaliste véreux... il n'aimait pas non plus les futurs grands immeubles, et préférait ce vieux château dont il était le gardien; et surtout, il avait ce projet d'acheter un bateau avec son indemnité de chômage... comment il en est arrivé à faire le contraire de ce qu'il voulait, de ce en quoi il croyait...
   
   Malgré l’humour et l’ironie toujours sous-jacente, beaucoup de passages sont dramatiques. Dans ce registre, j’ai aimé la soirée de la cuite prise avec le maire, et le passage où l’on voit Kermeur, au cours d’une fête foraine, s’accrocher à la grande roue, qui emmène son fils, la grande roue de l’infortune…
   
   Le style est un mélange de réalisme vif, notamment dans les dialogues, et de rêverie sur le temps et l’espace de cette presqu’île bretonne ; ces rêveries englobent aussi l’espoir qui a saisi les malheureux riverains à la vue de la maquette que Lazenec a présenté : "les Grands Sables" seul résultat palpable du projet de transformation de la ville.
   
   "Maintenant je vous raconte ça comme si j’avais eu les clefs en main dès le début mais bien sûr pas du tout, j’étais aveugle comme saint Paul après sa chute de cheval".
   

   Cette comparaison vient couronner le premier contact qu’il a eu avec Lazenec, lui parlant d’appartement, avec vue sur la rade, et de "rendement" . Curieuse comparaison qui fait de l’escroc l’équivalent de Dieu, persuadant Paul de se convertir au christianisme. Il y eut aussi "les petits costumes de flanelle… on aurait dit comme des témoins de Jéhovah venu expliquer la Bible. Sauf qu’en guise de Dieu ils avaient Lazenec".
   

   Lui, Kermeur a traité directement avec Lazenec, devenu Judas "à force donc, il m’a même appelé par mon prénom, et à force encore, oui, il a fini par m’embrasser".
   

   Les métaphores bibliques nous suivent jusqu’à la fin "souvent quand je respire l’air libre de la mer… je récite à voix haute les lignes de l’article 353, comme un psaume de la Bible écrit par Dieu lui-même…".
   

   C'est donc aussi l'histoire d'un homme qui aurait voulu pêcher dans un bateau lui appartenant, et se retrouve à pécher comme dans la Bible...

critique par Jehanne




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