Lecture / Ecriture
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Outre-Terre de Jean-Paul Kauffmann

Jean-Paul Kauffmann
  La maison du retour
  Remonter la Marne
  La Lutte avec l'Ange
  Outre-Terre

Jean-Paul Kauffmann est un journaliste et écrivain français né en 1944.

Outre-Terre - Jean-Paul Kauffmann

Le Cimetière d’Eylau
Note :

   Outre-Terre : c’est le nom que donnent les Russes à cette enclave que s’est approprié Staline, la prélevant sur le territoire de l’ex Prusse Orientale au titre des réparations de guerre pour les ravages et les millions de morts causés par l’armée allemande lors de la Seconde Guerre Mondiale. Une enclave séparée désormais de la Russie par la Pologne et les Pays Baltes, un territoire qui fut vidé de ses populations allemandes, renvoyées de l’autre côté de la frontière pour y installer des migrants venus de toutes les Fédérations de l’URSS.
   
   C’est sur ce bout de terre quelque peu hostile qu’eut lieu la bataille d’Eylau, en 1807. Après s’être rendu une première fois sur place en 1991, Jean-Paul Kauffmann était revenu un peu hanté par la vacuité de ces lieux chargés d’Histoire où la présence allemande, pendant sept siècles, restait clairement visible malgré les constructions hideuses soviétiques. Aussi, en 2007, à l’occasion du deux-centième anniversaire de la bataille, décide-t-il de s’y rendre à nouveau mais en famille cette fois-ci, accompagné de sa femme et de ses deux enfants, adultes. Une cellule familiale bientôt complétée par une jolie guide et traductrice, Julia, chargée de les encadrer et de les accompagner.
   
   Pour Kauffmann, bien que membre d’une société des amis de Napoléon, il ne s’agit pas vraiment de commémorer quoi que ce soit ; plutôt de tenter de comprendre la façon dont cette bataille que les livres d’Histoire et la vision officielle semblent prudemment écarter a bien pu se dérouler. En homme de culture, Kauffmann vient avec des bagages qui s’appellent "Le Colonel Chabert" de Balzac, l’immense poème "Le Cimetière d’Eylau" d’Hugo mais aussi, et surtout, le tableau du peintre Gros, exposé au Louvre dont nous allons comprendre, grâce à la méticuleuse observation de l’auteur tant de l’œuvre que sur le terrain, qu’il constitue un message annonciateur de la perte à venir de l’Empereur.
   
   Etrange bataille que celle d’Eylau. Elle fut la plus grande boucherie de toute l’histoire militaire jusqu’alors, laissant des dizaines de milliers de morts côtés russe et français. Des morts tombés dans des corps-à-corps à la baïonnette ou bien fauchés à quasi bout portant par le plus gros déferlement d’artillerie jamais entendu à l’époque. Une bataille qui coûta une douzaine de généraux parmi les meilleurs à Napoléon et où il dut, pour la première fois, faire donner ses troupes d’élite, la Garde Impériale, pour se sortir d’une impasse qui faillit lui être fatale.
   
   Car, pour les Russes, Eylau est une victoire tandis que, côté Français, il en est de même. C’est dire l’indécision d’une bataille menée par moins quinze degrés selon des règles non imposées par Napoléon, une première, sous une tempête de neige presque permanente qui rendit mouvements de troupe et observation des plus erratiques au point de provoquer de multiples et inattendus retournements de situation. D’ailleurs, Napoléon indiquera dans le récit officiel qu’il rédigea de sa main que "La victoire m’est restée", étrange formule qui dit l’indécision d’autant que le chef militaire ajouta qu’elle causa des pertes immenses de part et d’autre.
   
   Passant de façon intelligente et documentée de la relation de cette aventure guerrière à celle d’un voyage familial qui réserve son inépuisable lot de surprises, Jean-Paul Kauffmann nous livre une somptueuse réflexion sur les limites du pouvoir et de l’hagiographie, sur l’incapacité à savoir interpréter des signes quand on semble aveuglé par une obsession, sur la place de l’homme au sein d’une nature hostile dominée par une église qui a traversé les siècles, seul point de repère vertical dans une morne plaine, symbole d’un entre-deux mondes interdit et qui se refuse à toute tentative d’exploration. Un superbe récit.
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critique par Cetalir




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Balade hivernale et historique
Note :

   J’avais déjà activement participé à la retraite de Russie avec Sylvain Tesson aussi ai-je décidé de prolonger l’expérience et me voilà partie sur le champ de bataille d’Eylau avec Jean-Paul Kauffmann pour guide.
   
   Il a une famille qui l’aime cet homme, jusqu’à accepter de partir en plein hiver à Eylau, enfin pardon plutôt à Kaliningrad, enfin ce qui autrefois s’appelait Königsberg, faut dire que sur ces terres là rien n’est simple.
   
   Notre auteur qui a beaucoup lu sur la bataille d’Eylau, une bataille un peu inverse à la Bérézina, nous en avons fait une victoire alors que ce qui fut la plus grande charge de cavalerie de l’histoire derrière le plumet de Murat, elle fut tellement terrible que pour la première fois on utilisa le mot de boucherie.
   
   JP Kauffmann est un rien obsédé par les lieux, il s’y est déjà rendu, il faut dire que ce territoire est bizarrement coincé entre Pologne et Lituanie mais qu’il est Russe !
   
   En 2007 les russes ont décidé de fêter leur victoire avec reconstitution et tout le tralala, comme c’est aussi la nôtre de victoire, la famille Kauffmann au grand complet fait le voyage.
   C’est l’hiver, le confort des hôtels... c’est pas tout à fait ça, mais la guide est sympa et c’est l’occasion de croiser des personnages que l’on croirait sortis d’un roman.
   
   L’auteur fait vite notre éducation historique avec moult rappels : les poèmes de Victor Hugo, oui oui il n’a pas écrit que Waterloo, les mémoires du Capitaine Coignet et celles de Bagration le général russe, puis bien sûr une grosse touche de Balzac.
   
   La famille râle un peu mais finit par se prendre au jeu, et JP Kauffmann lui jubile, cherche, veut tout voir, veut entrer partout, se faire un point de vue, comprendre ce qui se passa ce jour du 8 février 1807 où Napoléon faillit perdre la bataille qu’il fit ensuite immortaliser par le peintre de l’empire : Antoine-Jean Gros.
   
   Pas facile car comme le dit l’auteur "Malgré toutes les phosphorescences du souvenir et les ensorcellements de la littérature, l'articulation entre le passé et le présent restera toujours une illusion" mais il s’acharne jusqu’à tenter de monter dans le clocher de l’église que l’on voit sur le tableau de la bataille.
   
   Cette balade hivernale m’a plu mais disons le, mieux vaut ne pas être rebuté par le brouillard, le givre, la neige. Je ne suis pas fan des batailles mais ici JP Kauffmann fait entendre sa petite musique et elle, je l’aime bien, j’aime son côté rêveur perdu dans l’immensité de la plaine, amateur de reconstitutions avec les bonnets à poils et tenues de l’époque.

critique par Dominique




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