Lecture / Ecriture
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Dans une coque de noix de Ian McEwan

Ian McEwan
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  L'intérêt de l'enfant
  Dans une coque de noix

Ian McEwan est un romancier et scénariste britannique né en 1948.

Dans une coque de noix - Ian McEwan

Proto-existence
Note :

   Ian McEwan, né le 21 juin 1948 à Aldershot, est un romancier et scénariste anglais. Ian McEwan a passé une grande partie de sa jeunesse en Extrême-Orient à Singapour, en Afrique du Nord (en Libye), et en Allemagne, où son père, officier écossais dans l’armée britannique, était en poste. Dès le début des années 1980 Ian McEwan s’impose sur la scène littéraire britannique avec deux recueils de nouvelles.Viendront ensuite des romans et de nombreuses pièces radiophoniques. Il a reçu en 1993 le prix Femina étranger pour son roman "L'Enfant volé".
   
   Ce nouveau roman d' Ian Mc Ewan est un vrai vaudeville qui respecte les codes du genre avec le mari, la femme et l'amant sauf que le narrateur de cette histoire est un bébé qui est encore niché douillettement dans le ventre de la femme. Un fœtus donc, qui comme sa maman, adore le vin blanc, particulièrement les grands crus de bourgogne, qui se tient au courant des problèmes du monde et aime les analyser, il lui arrive de philosopher et de s'étonner qu'il n'y ait seulement que deux genres, masculin et féminin mais il a un gros défaut, il adore écouter les conversations. C'est comme cela qu'il apprend que l'amant de sa mère est son oncle et que les deux tourtereaux envisagent d'empoisonner son père. Ce n'est pas courant qu'une enquête soit menée par un enfant à naître. Et ce futur nouveau-né aura le rôle principal dans le dénouement de cette histoire rocambolesque ! Autant dire que ce court roman complètement déjanté, à l'humour noir "so british" est jubilatoire.
   
   "À l’étroit dans le ventre de ma mère, alors qu’il ne reste plus que quelques semaines avant mon entrée dans le monde, je veille. J'entends tout. Un complot se trame contre mon père. Ma mère et son amant veulent se débarrasser de lui. La belle, si belle Trudy préfère à mon père, John, poète talentueux en mal de reconnaissance et qui pourtant l’aime à la folie, cet ignare de Claude. Et voilà que j'apprends que Claude n’est autre que mon oncle : le frère de mon père. Un crime passionnel doublé d’un fratricide qui me fera peut-être voir le jour en prison, orphelin pour toujours! Je dois les en empêcher."

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critique par Y. Montmartin




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Bébé en sait trop
Note :

   Tout comme François Weyergans ( La vie d’un bébé, publié dans les années 80) Mc Ewan fait du fœtus, le narrateur du roman. Je n'ai pas accès à ce roman, déjà ancien, sinon j'aurais comparé la façon dont les deux auteurs mettaient les fœtus en scène.
   
   Ici, il s’agit d’une parodie d’Hamlet, on le sait dès l’exergue, et le couple engendreur du futur bébé ce sont la mère et le beau-père de l’infortuné foutu fœtus. D’ailleurs, ils portent les mêmes noms (Trudy, gentil pseudo pour Gertrude, et Claude) que dans la tragédie de Shakespeare.
   
   Ce couple est installé dans une maison londonienne et géorgienne, de prix, mais délabrée et pas du tout entretenue, qui appartient au père du narrateur. Trudy est une belle femme avec de longues tresses blondes savamment enroulées : complètement amoureux déjà, notre fœtus l’imagine ; d’après ce qu’il entend dire, elle ressemble à… je vous laisse deviner.
   
   Trudy et Claude complotent pour assassiner le père ; pas de quoi nous étonner on a déjà vu cela.
   
   Le fœtus, lui, est carrément savant (il écoute la radio et la télé toute la journée avec sa mère et ce n’est pas TF1 ni Chérie FM…) bref c'est déjà un citoyen avisé sur l’état du monde et pourvu d’une excellente culture générale, notamment en œnologie. Trudy et Claude boivent beaucoup et d’excellents cépages.
   
   Si bien qu’on plaint, le petit drôle, qui, à peine né, devra téter du lait ! Il sera déçu et dégrisé… se dit-on, sauf s’il reste avec sa mère et le même accès aux bons vins (mais il y a peu de chance…).
   
   Ian Mc Ewan a réussi la gageure de mettre le fœtus en situation, grâce à de nombreux détails réalistes sur son ressenti physique, dont certains sont amusants ; par ailleurs, il ne voit rien, mais entend tout, imagine ce qu’il ne voit pas, interprète le moindre petit son, grincement de porte, goutte d’eau qui tombe, vêtement qui glisse, le moindre silence des protagonistes, bref il a tout pour être détective.
   
   La mélancolie hamlétienne ne lui fait même pas défaut «la courageuse communauté que je vais bientôt rejoindre, cette noble congrégation humaine, ses coutumes, ses dieux et ses anges, ses idées enflammées et sa géniale effervescence ne me font plus vibrer. Un poids alourdit le voile qui enveloppe mon corps minuscule. A peine s’il y a en moi de quoi fabriquer un petit animal, et encore moins un homme. Je suis prédisposé à une stérilité mort-née, puis à la poussière.»
   

   L’écriture est élégante, soignée, ironique, et la réussite de cette parodie serait totale si le lecteur pouvait être quelque peu surpris ! Mais ce récit brillant reste très attendu dans son déploiement, et sa chute, le héros l’a trop bien imaginée, et elle se déroule comme prévu ! Dommage…
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critique par Jehanne




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Clin d’œil à William
Note :

   Bien au chaud et bien à l’abri (du moins c’est ce que l’on pourrait espérer ! ) dans l’utérus de la mère, le fœtus assiste, impuissant, à un complot dont les protagonistes sont sa mère, la belle, la sublime Trudy et son amant Claude qui n’est autre que le frère de son père. Et qui est son père ? Le poète John Cairncross, brillant et lettré, très amoureux de sa femme, que le bébé ne peut s’empêcher de comparer à l’infâme, grossier et ignare Claude. Les mystères du sexe et de l’amour le laissent perplexe ! C'est ce qu'imagine Ian Mc Ewan, avec son roman : Dans une coque de noix
   
   Et quel complot, allez-vous me dire? C’est ce que l’enfant en devenir va s’efforcer de comprendre en espionnant les uns et les autres. Le meurtre du père ! Dès lors, la grande question du futur bébé sera : "naître ou ne pas naître?"
   
   Le titre du roman "Dans une coque de noix", outre qu’il fait allusion à la situation du bébé dans le ventre de sa mère, s'explique par les vers de Shakespeare issus de Hamlet donnés en exergue : "O Dieu, je pourrais être enfermé dans un coque de noix et m’y sentir roi d’un espace infini, n’était que j’ai de mauvais rêves."
   

   En réalisant cette enquête policière in utero, Ian Mc Ewan signe un roman dont l’humour noir, au second degré, procure un vif plaisir ! Nous assistons donc aux interrogations du fœtus angoissé, qui tel Hamlet, hait l’amant de la mère, cherche à sauver son père mais comprend bien que sa vie ne tient qu’à un fil si la mère échoue et meurt ! Et le voilà écartelé entre ses deux parents ! Cruel dilemme... si jeune !
   
   Mais ne vous y trompez pas ! Malgré le point de vue farfelu, l’enquête est conduite jusqu’au bout comme un véritable thriller où l’on craint tour à tour pour la vie du père, celle du fœtus et de la mère. La passion, l’adultère, la jalousie, l’amour si proche de la haine, meurtre et fratricide, il s’agit bien de la tragédie shakespearienne traitée avec une savoureuse ironie !
   
   Un brillant exercice de style !

critique par Claudialucia




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