Lecture / Ecriture
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Summer de Monica Sabolo

Monica Sabolo
  Summer
  Crans-Montana

Monica Sabolo est une journaliste et écrivaine française née en 1971,en Italie.

Summer - Monica Sabolo

Disparue !
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image: celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs?
   Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences.
   
   Au moment où le narrateur, Benjamin, commence son récit, cela fait 24 ans et 13 jours que c’est arrivé, que la disparition a eu lieu. La disparition de sa soeur, Summer. Un jour, Benjamin les a accompagnées, Summer et trois de ses copines, au bord du lac à Genève. C’est aux alentours de cet endroit qu’ils virent Summer pour la dernière fois. Les recherches de la police n’ont jamais abouti à rien et il n’y eut plus jamais de nouvelles de la jeune femme. Cette superbe intrigue nous tient en haleine jusqu’à la fin. Qu’est-t-il advenu de Summer? Est-elle toujours vivante?
   
    "– Vous savez, chaque été, c’est pareil, des gens disparaissent. C’est une période où les gens font des choses insensées. Ils ont envie de liberté, de partir en vacances, de tout oublier, enfin, dieu sait ce qui leur passe par la tête. On les cherche, la famille n’a aucune nouvelle, silence radio. Et puis, à la rentrée, la plupart réapparaissent, ils rentrent chez eux, comme des fleurs."
   

   Se laissant porter par la très belle plume, puissante et soutenue, de Monica Sabolo, nous apprenons à connaître cette famille spéciale, les Wassner, que tout le monde connaît pour leur notoriété et leurs réceptions. Ils sont beaux et puissants, bourgeois et secrets. Une famille à laquelle Benjamin n’a jamais eu l’impression d’appartenir, comme si tous les événements qui l’ont constituée s'étaient déroulés avant sa venue au monde. C’est donc seul qu’il cherchera des réponses à ses questions, qu’il cherchera dans ses souvenirs une trace, un indice qu’aurait laissé Summer… À quel moment d’inattention l’ont-ils laissée leur échapper?
   
   Après un récit fort et poignant où le narrateur évolue entouré de secrets et d’un monde superficiel, on aboutit sur une chute à laquelle on ne s’attendait pas, abasourdissante. J’ai adoré "Summer" et j’ai adoré la plume de l’auteure que j’ai lue pour la première fois. C’est un très beau roman à découvrir à l’occasion de cette nouvelle rentrée littéraire!
   
    "– Et si elle était morte?
    J’ai parlé si bas que je ne sais s’il a entendu. Mais il me regarde sans ciller, on dirait qu’il attend ce mot depuis toujours, un petit animal volant que l’on aurait traîné derrière nous pendant toutes ces années, attaché par un fil à notre poignet, il est si familier qu’il ne fait même plus vraiment peur.
    – Non, fait-il en secouant la tête. Je le saurais. Je le saurais là, et il tape sur sa poitrine."
   
    "Je suis la preuve vivante que l’on peut vivre sans les êtres que nous aimons le plus, ceux-là même qui rassemblaient les milliers de fragments minuscules qui nous constituent. Ces êtres que l’on est terrifié de perdre, parce qu’ils nous donnent la sensation d’être réels, ou du moins un peu moins étrangers au monde, et puis, quand nous les avons perdus, nous n’y pensons plus."

   ↓

critique par Tatiana F.




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Vingt-quatre ans après
Note :

   Summer est la sœur du narrateur, disparue, au cours d’un pique-nique, près du lac Léman, il y a vingt-quatre ans de cela.
   
   Le narrateur était le petit frère de 14 ans, boutonneux, sujet aux tics, qui accompagnait les quatre filles de 19 ans, Summer et ses amies. Mal à l’aise, fasciné par les cheveux, blond, bruns, dénoués comme des lianes, les bikinis et les petits shorts, les longues jambes dorées, les rires complices et les chuchotements dont il est exclu, bien qu’elles soient gentilles avec lui… elles ont joué à cache-cache, et voilà Summer disparue !
   
   Ces vingt-quatre ans, nous allons les vivre avec l’adolescent devenu un homme seul, qui n’a cessé de penser à sa sœur, de se demander où elle pouvait être, ce qui lui était arrivé. A l’aide de réminiscences, revivre des scènes à la fois ordinaires et énigmatiques, avec les parents, la sœur, les amies, le copain de Summer, les amis des parents, revivre des moments particuliers et les interroger, ces moment, à l’aide d’un questionnement qui fait la part belle aux métaphores filées de créatures marines, d’eaux scintillantes ou sombres, aux profondeurs pleines de secrets, de monstres et de poissons… Enfant, Summer possédait un aquarium qu’elle peuplait d’espèces particulières de poissons ; une passion qu’elle partageait avec son père.
   
   Ce regard porté par le narrateur, observateur troublé, espion aussi, ressemble à celui des garçons dans Virgin Suicide ; difficile de ne pas évoquer ce livre tant l’ambiance y ressemble.
   
   Le garçon nous conte aussi ses expériences, un copain bizarre, une amie de Summer qui devient sa maîtresse mais ne lui révèle rien de ce qu’il veut savoir, et il la quitte, les parents toujours aussi agaçants, avec leurs non-dits, les psys et autres sophrologues (vraiment les pires qu’on puisse trouver apparemment…)
   
   Il est mal parti, le mec ! Et pourtant, il va réussir, trouver ce que dans le fond il n’ignorait pas.
   
   Il nous fait participer à cette quête, avec une écriture travaillée, il est vrai, mais pas très originale. Une rêverie aquatique, parfois un peu forcée, et d’autres métaphores plutôt sinistres (description du psy) bref un ensemble soigné mais quelquefois à la limite du ridicule.
   
   Et voilà ce que ça donne :
   
   Les profondeurs du lac Léman, des masses sombres à la surface, monstres suffocants, imaginer l’intérieur de leur bouche chair rose
   
   Quelquefois Summer est là, immobile sous la surface ; ses cheveux bougent dans le courant… Mais ce n’est pas elle, ce sont les algues qui ont dessiné un corps
   
   La nuit, Summer me parle sous l’eau… Sa bouche est ouverte, palpitante, comme celle des poissons noirs. Comme un chuchotement de l’eau je suis là.
   
   Cela a commencé il y a quatre mois… Mon bureau de la tour USB des Eaux-vives à Genève… le jet d’eau semblait à portée de main… l’eau qui retombe en écume soyeuse, comme de la mousse, du champagne ou une gigantesque giclée de sperme.
   
   La moquette beige, épaisse, dégageait l’odeur suave de ces produits d’entretien, dont le leu translucide évoque un ciel de printemps ou une mort hygiénique.
   

   La construction du roman est bonne, les divers moments de vie qui se superposent dans la conscience du narrateur sont présentés habilement. Les plages de rêveries sont coupées par des actions et des dialogues courts et secs, si bien qu’on se laisse entraîner.

critique par Jehanne




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