Lecture / Ecriture
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Ostwald de Thomas Flahaut

Thomas Flahaut
  Ostwald

Ostwald - Thomas Flahaut

Sur les routes, après la catastrophe
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   En deux mots:
   À la violence économique qui frappe le Territoire de Belfort vient s’ajouter la catastrophe écologique: un grave incident est enregistré à la centrale nucléaire de Fessenheim. L’heure de l’exode a sonné, notamment pour Noël et Félix qui partent à la recherche de leur père qui vit dans la banlieue de Strasbourg.
   
   Où?
   Le roman se déroule en France, notamment à Belfort et en Alsace, à Strasbourg et dans sa banlieue, à Ostwald, ainsi qu’à Fessenheim.
   
   Quand?

   L’action se situe de nos jours.
   
   Le premier roman de Thomas Flahaut s’ouvre sur une image forte, de celles qui marquent un jeune homme. Nous sommes en automne 2016, à Belfort. Des milliers de personnes sont rassemblées au pied du lion de Bartholdi, sous les frondaisons de la citadelle qui domine la ville.
   
   Une gigantesque banderole recouvre la pelouse en-deça du fauve qui ne rugit plus depuis longtemps et proclame son "soutien aux Alsthommes". Car l’annonce de la fermeture prochaine de l’usine Alstom, emblématique du Territoire, sonne comme le tocsin. Elle annonce la mort. Car tout le monde a malheureusement déjà fait l’expérience de ce type d’événement, du déclin industriel qui entraîne le déclin des sous-traitants, des commerçants et des services publics. La journée "ville morte" pourrait bien être une anticipation du destin redouté par la population.
   Noël et son frère Félix savent qu’ils devront partir pour se construire un avenir. Mais ils n’imaginaient pas l’éclatement brutal de la famille. Leur père part s’installer à Ostwald, dans la banlieue de Strasbourg. Leur mère ne veut pas croire à l’inéluctable déclin.
   
   C’est dans ce contexte déjà très anxiogène que, quelques temps plus tard, la nouvelle d’un incident grave survenu à la centrale nucléaire de Fessenheim, où les plus anciens réacteurs sont encore en service. D’abord incrédule, la population va très vite ressentir le besoin de prendre le large, même si les autorités ne veulent pas l’affoler.
   "Des cercles colorés se déploient comme des ondes autour de la centrale, à travers les forêts noires recouvrant les ballons vosgiens, les champs et les zones urbaines, plus claires. Un journaliste décode la signification des couleurs. Rouge: déjà évacué. Orange: à Paris, on y réfléchit. Jaune, couleur qui recouvre le territoire de Belfort: il n’y a théoriquement rien à craindre. La prise régulière de pastilles d’iode est tout de même nécessaire. La télévision et le monde bégaient. Et nous, nous les écoutons, nous les regardons bégayer. Tout le pays doit être comme nous. Les yeux vides, la bouche ouverte et les idées engourdies, figé dans l’atmosphère de peur diffuse d’avant les grandes paniques. Fixant silencieusement les lumières de la télévision qui colorent le brouillard des événements. Regardant, anxieux, si l’endroit où l’on vit est plongé dans le rouge, l’orange ou le jaune et soupirant, soulagé, si on se trouve assez loin du rouge. Après le jaune, c’est le vert des forêts. S’il y a un danger là, il est invisible, et c’est au moins une consolation.
   Maman avait reçu des pastilles d’iode, trois plaquettes, une par personne sans doute. Toutes sont périmées."
   
   
Noël et Félix décident de rejoindre leur père à Ostwald. Plus facile à dire qu’à faire. Ils sont d’abord retenus dans un camp improvisé où les nerfs sont à vif, où la loi du plus fort semble primer, où les exactions se multiplient. Par chance, ils parviennent à s’échapper. Commence alors une errance dans la zone contaminée, dans une Alsace vidée de ses habitants ou presque. Des signes de vie apparaissent du côté du Haut-Koenigsbourg, mais ils sont plus inquiétants que rassurants. Ce n’est qu’à Strasbourg, sur les bords du Parlement européen, qu’un semblant de communauté s’est installée. Après la jungle de Calais, voici celle de la capitale européenne:
   "Près du feu, deux jeunes garçons dorment, enlacés. À côté d’eux, un troisième réduit en poudre des pilules blanches dans un bol, à l’aide d’un canif. C’est un bivouac. Et le Parlement est devenu une jungle. Les beats technos retentissent, lointains, comme les cris nocturnes de bêtes tropicales."

   Quand les situations deviennent extrêmes, les règles ne s’appliquent plus de la même manière. C’est le cas lorsque la violence économique frappe un bassin de population, c’est aussi le cas lorsque l’équilibre naturel est fortement perturbé. Thomas Flahaut nous met en garde. Et même s’il prend de grandes libertés avec le réalisme de son errance, il a le mérite de nous rappeler à la vigilance.

critique par Le collectionneur de livres




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