Lecture / Ecriture
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Chroniques I de Bob Dylan

Bob Dylan
  Chroniques I

Chroniques I - Bob Dylan

Mister tambourine man
Note :

   Les chroniques dylaniennes sont une plongée dans un univers que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : celui de la contre-culture beat et de la musique folk américaine des années 60/70, à l'époque où les luttes politiques avaient un sens, où le monde ne marchait pas encore sur la tête, malgré ses imperfections.
   
   "Chroniques I" est le premier tome des "mémoires" du génialissime Bob. Sans souci de la chronologie, Dylan nous offre un superbe opus transpirant la poésie par effluves incontournables. Ce type est un grand écrivain.
   
   A l'heure où les pipoles racontent leur vie dans une indécence affectée, Dylan laisse planer le mystère sur la sienne : vous voulez savoir si j'ai fait ci ou ça ? Qui j'aime ? Et bien non ! Discrétion...
   Dylan, icône de la jeunesse en colère - celle des droits civiques, notamment -, n'a jamais voulu du rôle de leader qu'on voulait lui faire endosser... Etre folk singer sans être un militant, à l'opposé de Joan Baez, son acolyte d'un temps (dont il brosse un portrait "amoureux" d'une grande beauté).
   
   Ce premier tome de Chroniques raconte avant tout le parcours des débuts du musicien, du poète, de l'homme curieux de tout. Il parle de ses propres "idoles" parmi lesquelles Woody Guthrie à qui il rendit visite dans son hospice, de ses collaborations avec Daniel Lanois ou Dave Van Ronck, de toutes ces rencontres qui ont jalonné sa carrière prolifique. A cet égard, certains aspects du livre peuvent être un peu déroutants quand il évoque des artistes inconnus en Europe.
   
   Dylan est un citoyen américain, avisé mais pas un militant, on l'aura compris. L'engagement politique a des limites qu'il ne veut surtout pas franchir au risque de perdre sa liberté. Il reste freewheelin' envers et contre tous.
   
   Dylan est une plume d'une rare qualité, pour qui vient de l'univers musical.
   
   Dylan est une énigme et c'est comme ça qu'on devient incontournable, voire envoûtant.
   Mais Dylan est aussi un mec tout à fait normal, qui veut vivre normalement, en père de famille...
   
   L'impatience me ronge déjà de dévorer la suite où, je l'espère, il racontera les coulisses fiévreuses de ce pur bijou qu'est "blonde on blonde".
   Ce disque m'a longtemps fascinée... D'ailleurs, je ne sais pas écouter "sad eyed lady of the lowlands" autrement que seule, tant son rythme est fascinant, à la limite de l'envoûtement sorcier.
   
   L'Amazone garde ses enchantements invisibles, un peu comme le Dylan sème le doute autour de sa personne.
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critique par Evanthia




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Oui, le Nobel
Note :

   A tous les détracteurs du prix Nobel que Bob Dylan a reçu, lisez ses chroniques et vous comprendrez à quel point ce titre est mérité. Dylan qu’en pense t-il ? s’en moque ou pas peu importe, il reste fidèle à lui-même.
   
   Je ne suis pas fan de Bob Dylan. Je ne possède aucun de ses disques. En fait, je ne le connaissais pas beaucoup à part quelques-unes de ses chansons.
   
   Dans ces chroniques, il parle de lui à travers ses chansons, des autres, surtout de ceux qui gravitent dans le monde de la musique, un peu, très peu,de ses parents. Vous n’aurez aucune révélation croustillante, ce n’est pas son style.
   
   Il est né en 1941. Durant la guerre donc. Son père ayant des séquelles de polio a été réformé mais tous ses oncles y ont participé. Tous sont revenus.
   
   Une petite ville du Midwest où les étés sont très chauds et les hivers très durs. Les hommes travaillant essentiellement dans les mines. Et cette appréhension de la bombe atomique d’après guerre. Robert voulait autre chose, surtout pas la vie ennuyeuse alors il écoute des chansons à la radio et il tombe en admiration devant le style folk. S’il n’y avait pas eu Woody Gutthrie pour lequel il avait une vénération, aurait-il choisi la voie de la musique ? Sûrement car il rêvait d’être autre.
   
   Alors, il décide de tout quitter pour New York. C’est dans les bars et les cafés de Greenwich Village qu’il va faire ses premières écoles. Il va rencontrer des personnes étonnantes, lire, écouter, regarder car Bob Dylan est une éponge.
   
   Ces chroniques sont un mélange de cette époque au début des années soixante et de moments quand sa carrière était déjà bien lancée. Etonnement, quand tout flambait autour de lui dans le monde, du temps de Woodstok, qu’on lui reprochait de ne pas prendre parti lui le révolutionnaire, il ne rêvait que d’une chose : vivre tranquille avec sa femme et ses enfants. En réalité, c’est bien malgré lui qu’on a fait de sa personne, une proue de contestation. Il se considère comme chanteur folk et ceux qui ont cru déceler de la révolte à travers ses paroles, se trompent.
   
   Bob Dylan est une excellent écrivain : ses descriptions de la nature, de la rue sont sublimes de poésie. Il happe le détail qui va vous toucher.
   "J’ai refermé la porte derrière-moi, longé le couloir, descendu l’escalier en hélice, traversé le rez-de-chaussée en marbre. Les murs sentaient la Javel. J’ai poussé gentiment la porte de la petite cour, puis le portail à losanges avant de me retrouver sur le trottoir. Mon écharpe autour de la tête, j’ai pris la direction de Van Dam Street. Il y avait une calèche au coin de la rue, couverte de fleurs, toutes protégées par un film en plastique, mais pas de cocher en vue. New York était pleine de ce genre de trucs."
   
   "Allongé, j’ai écouté les criquets, et toute une faune derrière la Fenêtre, dans un noir effrayant. Cette nuit me plaisait. Les choses grandissent la nuit, mon imagination ouvre ses portes, les idées préconçues s’évanouissent. On cherche parfois le paradis aux mauvais endroits. Alors, qu’on l’a à ses pieds. Ou dans son lit."

critique par Winnie




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