Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les Furies de Lauren Groff

Lauren Groff
  Les monstres de Templeton
  Fugues
  Arcadia
  Les Furies

Lauren Groff est une écrivaine américaine née en 1978.

Les Furies - Lauren Groff

Délicat pavé
Note :

   "Je ne sais pas si je dois vous gifler ou vous embrasser.
   -C'est l'histoire de ma vie, rétorqua Mathilde."
   

   Enfant choyé, adolescent turbulent, Lotto est exfiltré par sa très riche mère, placé en pensionnat. Il part ensuite à l'université (Vassar) où il enchaîne les conquêtes d'un soir et découvre sa vocation de comédien. La rencontre avec Mathilde est éblouissante. La pureté de la jeune femme fascine Lotto. Ils s’aiment, se marient deux semaines plus tard, au grand dam de manman (sic) qui coupe les vivres.
   
   Bohème enjouée. Mathilde fait vivre le ménage jusqu'à ce que Lotto découvre ses talents de dramaturge et accède à la notoriété. Couple en apparence parfait, Mathilde se fond sans rechigner dans l'ombre du grand homme .Mais "Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils pour la plupart. D'omissions." et tout va bientôt se fissurer.
   
   Commencé de manière plutôt classique le roman de Lauren Groff ne ménage pas les surprises et ce jusqu'à la toute fin des Furies. Pourtant si la première omission est théâtralisée par celui qui la révèle, tout se fait de manière subtile et nous ne découvrons que progressivement les failles des personnages, leurs faiblesses soigneusement cachées, ce qui nous les rend d'autant plus proches. Nous ne tranchons jamais, et si les pièces du puzzle se mettent peu à peu en place, l'impression d'ensemble reste une formidable maîtrise de la forme et un style tout en retenue mais où les vacheries ne sont jamais absentes. Un roman fascinant .
   
   Et zou, sur l'étagère des indispensables !
   
   427 pages qui se tournent toutes seules.
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Longuet...
Note :

   Titre original : The Fates and Furies
   
   Ce gros roman touffu relate le vécu d’un couple sur les quelques vingt cinq ans qu’ils ont enduré ensemble, sans se lasser l’un de l’autre, et sans enfants pour faire diversion. C’est une réussite, et cela mérite un récit. Dans la première partie, nous avons le point de vue de Lotto ( Lancelot) né en Floride, d’un père riche, qui a su exploiter des sources sur ses terres pour la vendre en bouteilles, et d’une mère extrêmement possessive…
   A 16 ans, on l’envoie dans une pension bien cotée du New Hamshire pour le séparer de ses copains délinquants du sud. Quelques années plus tard, il rencontre Malthide, ils se plaisent et se marient presque aussitôt. Lotto veut devenir comédien, il rêve de jouer du Shakespeare, mais c’est comme dramaturge qu’il s’accomplira.
    Mathilde, semble discrète à ses côtés, d’abord employée à divers travaux mal payés, elle devient "épouse" à plein temps lorsque Lotto commence à réussir. C’est un couple à l’ancienne, mais bien équilibré, non seulement ils se plaisent sur le long terme, mais ils ont des échanges intellectuels. Autour d’eux gravite une petite cour d’amis plus ou moins fidèles, et Rachel la sœur de Lotto.
   
   Dans une seconde partie, nous sauront la vie difficile de Mathilde avant qu’elle ne rencontre son mari qui ne l’a jamais tellement interrogée sur son passé : il ne voulait rien savoir, et faisait en somme comme si elle était apparue sur terre le jour où il avait posé les yeux sur elle, comme s’il l’avait conçue… attitude typiquement masculine ! mais Mathilde résiste et existe, en particulier, en lui refusant d’avoir des enfants.
   
   Agréable au début, le récit devient ennuyeux aux deux tiers et j’ai eu du mal à le terminer… dommage pour Mathilde !
    ↓

critique par Jehanne




* * *



Amour, désamour
Note :

   Je dois la lecture de Les furies de Lauren Groff à mon aînée qui m'a offert ce roman noir pour Noël. Elle s'est démenée (auprès d'un ami qui a demandé à sa mère passionnée de romans noirs et d'enquêtes policières) pour trouver un titre qui pourrait me convenir et que je n'aurais pas déjà lu. Et franchement, sa démarche m'a touchée au plus haut point.
   
   Sur la jaquette du livre, il était indiqué tout le bien qu'en pensait Barack Obama. Comme j'aime beaucoup l'ancien président des Etats-Unis, je me suis dit qu'il ne devait pas trop se tromper. A bien y réfléchir, je serai un chouïa moins dithyrambique que lui, même si je trouve à cette œuvre de très grandes qualités littéraires.
   
   Les Furies raconte la rencontre d'un homme (Lotto, jeune homme dont la personnalité attire les regards et les convoitises) et Mathilde (étudiante plus effacée), l'évolution de leur couple, leur évolution individuelle avant l'inéluctable.
   
   Je sens qu'avec mon résumé, je vais encore obtenir un succès monstre. Mais en dire plus serait ridicule et gâcherait la surprise donc je ne dis rien ou mal !
   
   J'ai lu ce roman depuis plus de quatre mois et il me reste vraiment beaucoup d'images en tête (des scènes de vengeance redoutables, même vingt années après les méfaits ; des moments de solitude en pleine cambrousse, les fêtes jusqu'à pas d'heure, un escalier glissant, une chambre comme lieu de vie) : d'abord j'ai une sérieuse envie d'aller parcourir les lieux de vie des deux héros, je reste marquée par le retournement de situation de milieu de roman (Les Furies offre le même état de surprise, les mêmes diverses interprétations que celles proposées par l'un de mes films préférés, Mulholland Drive de David Lynch) et je sais que je relirai ce roman pour en apprécier encore la lecture (et ça, mes amis, vous pouvez vous dire que c'est un argument de poids chez moi, car rares sont les livres que j'ai relus).
   
   Lauren Groff est une romancière brillante : elle sait poser des scènes, marquer ses personnages, donner un rythme différent en fonction des anecdotes (plutôt lent le temps du couple avec le descriptif ds années universitaires, des instants de galère avant l'ascension et la reconnaissance littéraires ; plutôt raide et soutenu le temps des révélations et de l'envers du décor). Tout est cohérent et d'une redoutable efficacité. Il y a une chose très très réussie dans ce roman (parmi les autres très réussies) : c'est le couple. Lauren Groff a su en façonner une image, une allégorie, un personnage à lui tout seul. J'entends par là que par moments, on voit Lotto évoluer seul, Mathilde seule également mais aussi le couple Lotto-Mathilde sans distinguer chacun.e des protagonistes, sans vouloir les séparer et ça, c'est juste remarquable. Je n'ai pas de souvenir d'avoir ouvert un roman qui opérait aussi bien la fusion à la fois littérale et charnelle (excepté bien sûr le remarquable et inoubliable Belle du Seigneur d'Albert Cohen). Car en effet, nos deux héros ne forment qu'un tout et on verra ce tout se fendiller ou du moins l'image qu'on s'en faisait.
   
   Dans Les Furies, il y a beaucoup d'amour, le désamour, des clairs obscurs, des mensonges et des non-dits. Et le titre est parfaitement choisi car la colère et la rage sont le fil conducteur de l'histoire complète et le lien entre différents protagonistes entre eux. Parce que la vengeance est un plat qui se mange froid et que rien ne s'oublie. Parce que tous les noms comptent. Trois furies se démarquent nettement et elles valent leur pesant de cacahouètes.
   
   Une lecture idéale pour se changer les idées à savourer en famille ou pas, une lecture qui ne laissera pas indifférent.e de toute façon !

critique par Philisine Cave




* * *