Lecture / Ecriture
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Le Soldeur de Michel Field

Michel Field
  Le vieux Blanc d'Abidjan dans sa prison de Yopougon
  Le Soldeur

Le Soldeur - Michel Field

Lecteur oui, romancier non
Note :

    Drôle d'accueil pour ce roman qui, au moment où La Quinzaine littéraire le plaçait dans sa sélection, recevait une volée de bois vert de la part du Nouvel Observateur. D'où l'envie d'aller voir de plus près la chose afin de savoir quel était l'avis le plus pertinent. Réponse : les deux, mon adjudant.
   
   La Quinzaine a dû être sensible au propos d'un auteur éclairé, désireux de montrer que derrière l'homme de télévision se cachait un bon connaisseur de toutes les formes de littérature. Pour ce faire, il a imaginé l'histoire d'un personnage qui décide, un beau jour, de se débarrasser de ses livres. En vidant sa bibliothèque et en remplissant ses cartons, il évoque ce que les livres lui ont appris, ses goûts et ses passions en la matière. Le propos est vaste car plus qu'une collection personnelle, Michel Field présente une bibliothèque idéale qui serait celle du parfait honnête homme de ce siècle. Et c'est là qu'on en arrive aux reproches de l'Observateur qui ne voit dans ce livre qu'un prétexte à une énumération de noms et de titres, un étalage complaisant, sans nuance et sans hiérarchie
   
   Il est vrai que l'auteur ne nous épargne rien, de la philosophie (qu'il a dû enseigner) à la gastronomie en passant par la sociologie, l'histoire, l'érotisme, le polar, les dictionnaires... Il n'y a guère que les recueils de mots croisés qui passent à la trappe, il est vrai qu'on les conserve rarement. Cette avalanche est encore plus assommante quand on voit que Michel Field colle deux L à Léo Malet, fait naître Alain Ducasse en 1866, écrit Choumo pour Chourmo (titre de Jean-Claude Izzo), oublie le E final de Graham Greene et donne à Gilbert Lascault (là, il n'est pas le premier) le nom d'une grotte préhistorique. Au total, on peut considérer que louanges et reproches s'équilibrent et prendre plaisir à cette balade entre les tomes, un plaisir parfois gâché par un brin de suffisance. Mais il y a plus grave : Michel Field a voulu faire de cette balade une fiction, un genre pour lequel il n'est manifestement pas fait. Les personnages de carton et les épisodes de roman-photo qui servent de lien et de cadre à ses considérations de lecteur sont d'un ridicule absolu, ce que l'on perçoit dès la première phrase ("Paris pleurait ses larmes de pluie"). Michel Field, visiblement encombré par son image d'homme de télévision et son passé de faire-valoir chez Dechavanne, montre ici qu'il est certes un fort lecteur, capable de faire partager ses goûts, mais en aucun cas un romancier.

critique par P.Didion




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