Lecture / Ecriture
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Le prix de Cyril Gely

Cyril Gely
  Le prix

Le prix - Cyril Gely

A quel prix ?
Note :

    Avec Le prix Cyril Gely nous raconte des faits historiques à travers un huis clos haletant et bien mené autour de deux scientifiques réels, Otto Hahn et Lise Meitner.
   
    Nous sommes en Décembre 1946, dans une chambre d'hôtel de Stockholm à quelques heures de la remise du Prix Nobel de Chimie.
    Otto Hahn va recevoir la récompense suprême pour ses travaux sur la fission nucléaire.
    Mais c'est une visite qu'il reçoit avant, celle de Lise Meitner qu'il n'a pas revue depuis 8 ans et avec laquelle il a travaillé pendant 30 ans.
    Scientifique comme lui, elle a été sa collaboratrice et une chercheuse de talent. Signant ensemble des articles, poursuivant inlassablement leurs travaux à l'institut de chimie de Berlin, leur destin semble lié à jamais par leur passion commune, ils sont amis.
    Mais en 1938, la barbarie nazie s'abat sur l'Europe et Lise doit fuir Berlin où elle est en danger parce qu'elle est juive.
    Réfugiée en Suède, elle doit recommencer sa vie et son travail à zéro. mais elle continue de correspondre avec Otto et l'aide dans ses recherches.
    Malgré le régime nazi, Otto continue de travailler et ses travaux aboutissent. En signant seul l'article sur la fission nucléaire il obtient le Prix Nobel de chimie.
    Mais aucune référence n'est faite à Lise dans ses interviews et son discours. C'est pour ça que Lise vient lui rendre visite pour demander des comptes, des explications.
   
    Otto explique la situation de Lise dans l'Allemagne nazie et l'obligation de son éloignement mais Lise lui rappelle combien elle a souffert de cette non reconnaissance et de son oubli.
   
    Outre la biographie des personnages que l'on découvre, l'auteur fait un travail remarquable dans la fiction en mettant en place des dialogues finement conçus et une ambiance troublante.
   
    Le livre est intéressant aussi pour les thèmes qui en ressortent tel que le rôle donné à la femme dans la société ou l'antisémitisme présent. Des questions qui restent très actuelles.
   
    D'autres questions viennent nous troubler, comment se fait la résistance dans un pays qui a mis au pouvoir l'ignoble, comment les scientifiques ont pu travailler pour un tel régime et puis, peut-on oublier si vite ce qui s'est passé ?
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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L’effet Matilda
Note :

   10 décembre 1946. Stockholm. Otto Hahn s’apprête à recevoir le prix Nobel de chimie, pour la découverte de la fission nucléaire en 1938. Otto Hahn est aussi connu, pour avoir travaillé après la guerre à réhabiliter les Allemands sur la scène internationale, action qui a été saluée par le Général de Gaulle.
   
   Le scientifique a déjà préparé son discours, visualise le déroulement de la journée qui doit être sa journée. Sa femme, Édith, se prépare, elle-aussi, dans la pièce voisine. Pourtant, les deux ont en tête une seule personne, absente, Lise Meitner, qui a été la collaboratrice de Otto Hahn, pour toutes ses expériences, pendant trente ans. On ne parle pas d’une simple assistante, mais bien d’une collaboratrice essentielle : elle est titulaire d’un doctorat de physique, elle a cosigné la plupart, voire tous les articles scientifiques d’Otto Hahn. Sauf que Lise Meitner est une femme, autrichienne et juive. En 1938, après l’Anschluss, cela n’était plus tenable pour elle de rester à Berlin. Otto Hahn l’a aidée à fuir in extrémis, à Stockholm, où elle a pu passer la guerre, sans être inquiétée et même continuer à travailler. Elle est partie en 1938, juste avant la découverte de la fission nucléaire. Otto Hahn signe l’article sans elle, pour la première fois depuis trente ans. Il n’est pas difficile de s’imaginer que cette découverte n’a pas pris quelques mois, qu’Otto Hahn avait commencé à travailler dessus avec Lise Meitner avant qu’elle soit obligée de fuir. D’autant, qu’elle est la première (en collaboration avec son neveu) à avoir fourni une explication théorique de la fission nucléaire, en 1939 : on comprend donc qu’elle avait une totale maîtrise du sujet.
   
   Vous me voyez venir : elle habite à Stockholm, le prix Nobel est remis à Stockholm. Bien évidemment, elle va venir dans la chambre d’Otto Hahn pour s’expliquer et surtout demander des comptes. Tout le roman consiste en la confrontation entre Lise Meitner et Otto Hahn, en tête à tête. En effet, Édith, qui a remarqué le changement de comportement de son mari après la fuite de sa collaboratrice, soutient cette rencontre, mais restera dans la pièce d’à côté.
   
   Les deux personnages échangent des arguments. Otto Hahn soutient que la fission nucléaire est une découverte de chimie, et non de physique (discréditant l’apport éventuel de Lise Meitner, qui était elle-même physicienne), qu’il était difficile à cette époque de permettre à une femme juive de signer un papier scientifique. Le lecteur pense facilement qu’Otto Hahn n’était tout simplement pas un héros. Il a travaillé jusqu’à la fin, sur la bombe allemande. Il s’est retrouvé à Farm Hall (dont Jérôme Ferrari avait parlé dans Le principe). Il n’a jamais été cité comme nazi convaincu. Lise Meitner réplique à Otto Hahn en citant le passé. Mais rien ne convainc Otto Hahn qu’il a tort. Lise Meitner est forcément très en colère et surtout déçue par un homme, qu’elle estimait être une âme sœur. De plus, elle a, à un moment, l’occasion de lire le discours d’Otto Hahn, et elle n’y est même pas citée alors que maintenant, il n’y a plus de danger. Il y a une incompréhension qui perdure tout le roman : elle veut qu’il reconnaisse leur passé commun, alors que lui est déjà dans l’avenir, dans l’après-guerre. En effet, le thème principal de son discours pour le Nobel n’est pas la chimie nucléaire, mais bien le sort des Allemands de l’après-guerre.
   
   C’est typiquement le type de roman qui aurait dû être un coup de cœur. Je ne connaissais pas Lise Meitner et son rôle dans la découverte de la fission nucléaire. Elle est souvent citée comme exemple d’effet Matilda* (et visiblement cela dure encore aujourd’hui). Cela m’a beaucoup intéressée d’apprendre tout cela.
   
   De plus, le roman est très bien écrit. Cyril Gely est également un auteur de théâtre. Le livre est, en grande partie, dialogué. L’auteur maintient une tension constante entre les deux personnages. Les éléments du passé sont parfaitement amenés, l’argumentation est solide et plausible.
   
   Cyril Gely précise, d’ailleurs, à la fin du livre que cette conversation a bien eu lieu. Otto Hahn décrit, dans ses mémoires, "une conversation plutôt désagréable avec Lise Meitner. Cette dispute était probablement le fait d’une certaine déception. Car moi seul recevais le prix". Lise Meitner a, elle, écrit à une amie : "J’ai trouvé cela très douloureux que Hahn, dans ses interviews, n’ai jamais dit un mot de moi ou de nos trente années de travail en commun". Les deux protagonistes n’en ont pas dit plus. L’auteur livre donc bien ici un roman, et donc une version des faits.
   
   Je n’ai pas pu m’empêcher d’être un peu déçue tout de même. Cyril Gely a choisi de conclure l’histoire sur un plan personnel. Intérieurement, je me suis dit qu’il n’était pas obligé. Un scientifique qui s’implique autant dans des expériences, dans l’idée qu’il va faire une découvre, n’a pas besoin de rancœurs ou d’explications personnelles, quand il se fait voler son travail par un scientifique de son labo ou quelqu’un de très proche. C’est comme son bébé, il a mis toute sa personne dans ce projet. L’explication scientifique suffit. En fermant le livre, je me suis dit que c’était cela qui m’avait manqué dans ce livre : la flamme scientifique, la compréhension de ce qui fait que ce métier est une passion, mais aussi un sacerdoce. C’est ce qui m’a toujours plu dans les romans présentant ou vulgarisant la vie de grands scientifiques.
   
   En conclusion, une bonne lecture, mais sans plus. Une Lise Meitner très intéressante, que l’on aurait aimé connaître, un Otto Hahn qui ressemble, de loin, tout de même à un sacré c**, surtout quand on pense à Pierre Curie, qui a insisté auprès de l’Académie Nobel, pour que sa femme reçoive elle aussi le prix, vu qu’il n’y aurait pas eu de résultats sans elle.
   
   
   * L’effet Matilda désigne le déni ou la minimisation récurrente sinon systémique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche, dont le travail est souvent attribué à leurs collègues masculins.(Wikipédia)

critique par Céba




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