Lecture / Ecriture
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Les silences sauvages de Karin Serres

Karin Serres
  Monde sans oiseaux
  Les silences sauvages

Née en 1967, Karin Serres est auteur et scénographe. Elle a écrit près de vingt-cinq pièces de théâtre dont la liste des titres se décline comme un poème. Karin Serres écrit aussi pour le jeune public.
(Source éditeur)

Les silences sauvages - Karin Serres

Trois femmes, trois histoires
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   
   "Le soleil s'est couché, les oiseaux se sont tus. Un avion passe haut dans le ciel, suivi par sa moustache de lait. Elle déteste ce moment, chaque jour, quand la nuit gagne, envahissant les pièces à l'électricité coupée, la repoussant devant les fenêtres, dans les lueurs du lampadaire, pour finir par l'envoyer au lit comme les poules, comme les bébés. Elle remonte le drap jusque sur son visage pour ne plus voir la pénombre vide qui l'entoure. Son lit, un radeau perdu au milieu d'un océan de plancher d'ombre".
   

   Trois femmes, trois histoires captées à un moment significatif de leur vie. Elles ont en commun la solitude, une certaine incompréhension du monde qui les entoure, une manière personnelle de faire face.
   
   Dans la première nouvelle, une femme en prise avec une perte insupportable va essayer de se recomposer une vie complètement différente et va presque y arriver avant d'être rattrapée par l'absurdité de la violence à l'état brut.
   
   La seconde nouvelle est de loin la plus poignante et la plus magistrale. Une femme seule vit dans un appartement avec son chien. Elle travaille, mais est complètement démunie. Plus d'eau, plus d'électricité, plus de meubles, tout ce qui était vendable a été vendu et par-dessus tout des ruses à n'en plus finir pour cacher à son entourage son état de dénuement. Seule échappée dans cette vie sinistrée, les visites à sa grand-mère dans une maison médicalisée.
   La narratrice est amenée à des extrémités éprouvantes pour manger à peu près tous les jours. La chute de cette nouvelle réserve une surprise que je n'avais pas vu venir. Rien de spectaculaire, mais la démonstration que perdue dans son monde intérieur, on peut passer complètement à côté de ce que sont les autres.
   
   Le dernier texte est plus léger en apparence, avec une femme qui part à l'étranger pour son travail et s'attache à des détails concrets pour être à la hauteur de ce que son employeur attend d'elle. Evidemment derrière cette apparence, se dissimule un dilemme qui trouvera peut-être sa solution devant des sortes de "poêles à frire" au bord de l'océan.
   
   L'auteure le dit elle-même "Je partage ma vie entre deux sortes de mondes : celui dans lequel j'existe physiquement et celui que j'habite plus intérieurement, à travers mes fictions". Son monde intérieur est foisonnant, frôle parfois le fantastique et l'étrange et décrit admirablement les pensées qui nous assaillent, les états d'âme qui nous traversent.
   
   Assez différent de "Monde sans oiseaux" ce recueil confirme le talent singulier de Karin Serres. A suivre...
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critique par Aifelle




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Des portraits bouleversants
Note :

   "...elles font partie de celles qu'on ne regarde pas."
   

   En butte à l'hostilité du monde pour des raisons principalement économiques, mais pas que, elles puisent dans leurs ressources intérieures, mais aussi dans leur rapport à la nature, de quoi tenir bon.
   Un triptyque de textes donc, pour trois femmes dont le destin serre le cœur pour des raisons différentes.
   
   Il y a d'abord l’héroïne de Sirène, à qui semble s'offrir une seconde chance mais qui sera rattrapée par la violence imbécile . Elle préfèrera confier son destin à l'eau et au brouillard.
   
   Puis, la jeune femme de Chien qui ruse pour qu'on ne se rende pas compte de sa situation dans une société qui feint d'interpréter comme ça l'arrange les indices de plus en plus visibles de sa détresse. Récit central, il comporte des scène qui m'ont juste broyé le cœur, tant elles sont insoutenables.
   
   Quant à la dernière, c'est celle qui semble la mieux insérée dans la société, mais qui ne possède pourtant qu’un seul tailleur pour assister à une réunion à l'étranger, l'occasion de s'ouvrir au monde et de s'intéresser à un animal océanique étrange, la Limule. Une échappée belle qui clôt ces récits sur une respiration bienvenue.
   
   Entre onirisme, poésie et réalité brute, Karin Serres dépeint avec acuité et sensibilité un univers qui est à la fois le nôtre et pas tout à fait. Des portraits bouleversants. Une belle découverte.

critique par Cathulu




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