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La politique a-t-elle encore un sens? de Hannah Arendt

Hannah Arendt
  La politique a-t-elle encore un sens?
  Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal

La politique a-t-elle encore un sens? - Hannah Arendt

Pensées sur la démocratie
Note :

   Au fil d'essais comme "Eichmann à Jérusalem" ou "Les origines du totalitarisme", Hannah Arendt s'est imposée comme une des références de la philosophie politique au XXème siècle. Après la parution en 1958 d'une autre de ses oeuvres majeures, "La Condition de l'homme moderne", elle avait formé le projet d'écrire une introduction à la politique, malheureusement restée inachevée à sa mort en 1975.
   
   De cette introduction à la politique, subsistent donc une série de fragments - deux d'entre eux constituent le corps de ce petit volume - et un programme d'ensemble qu'Hannah Arendt avait adressé à la fondation Rockefeller en 1959: "Le dessein du livre est double. Tout d'abord: un réexamen critique des principaux concepts traditionnels et des cadres conceptuels de la pensée politique - tels que les catégories de la fin et des moyens, l'autorité, le gouvernement, le pouvoir, la loi, la guerre, etc. [...]. En second lieu: un examen plus systématique de ces sphères du monde et de la vie humaine que nous appelons politiques à proprement parler, c'est-à-dire, d'un côté la sphère publique, et de l'autre l'action. Ici, je m'intéresserai essentiellement aux différentes modalités de la pluralité humaine et aux institutions qui leur correspondent." (pp. 7-8)
   
   Quel est le sens de la politique? La question est ancienne. Elle n'a pas cessé de préoccuper les hommes depuis l'émergence même du concept de politique dans l'Antiquité grecque jusqu'à nos jours. Le premier fragment présenté ici esquisse une étude du sens du politique au fil des âges. Partant de la naissance de la polis grecque où l'espace politique apparaît comme une fin en soi, comme un espace de liberté où les citoyens, tous placés sur un pied d'égalité prennent toutes les décisions de commun accord, Hannah Arendt s'attache dans un premier temps à retracer l'évolution de la notion de liberté. D'abord cantonnée à une discussion dégagée de toutes relations de contrainte ou d'autorité, celle-ci recouvre ensuite l'action, la liberté d'entreprendre, en d'autres mots, le pouvoir-commencer ou dans la formulation qu'en donnera Kant, la spontanéité. Avec la philosophie politique de Platon, la perspective change de fond en comble, et le politique devient un moyen qui doit se mettre au service de fins plus élevées, une vision qui a toujours cours aujourd'hui, si elle a connu - et connait encore - diverses variantes. Le second fragment, plus bref, reprend la question du sens de la politique dans une perspective contemporaine, marquées par les dérives totalitaristes et la course aux armements du XXème siècle.
   
   Côté pile, la lecture de ces deux fragments d'un livre inachevé a quelque chose d'un peu frustrant: on reste sur sa faim face à une réflexion qui n'est pas poussée tout à fait jusqu'à son terme. Mais côté face, l'exercice se révèle aussi salutaire que passionnant. En détricotant des concepts qui nous sont devenus trop - et peut-être faussement - familiers, et en partant à la recherche de leurs sources, Hannah Arendt nous amène à les considérer d'un oeil neuf, dégagé de certaines idées reçues, ce qui nous laisse ample matière à réflexion!

critique par Fée Carabine




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