Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Mardi de Herman Melville

Herman Melville
  Moby Dick ou le cachalot
  Bartleby
  Taïpi
  Omoo
  Mardi
  Moi et ma cheminée
  M comme: Moby Dick
  Redburn

Herman Melville (1819 - 1891) est un romancier, essayiste et poète américain.

Mardi - Herman Melville

Un voyage philosophique
Note :

    "Il y a peu de temps, après avoir publié deux récits de voyage dans le Pacifique qui avaient été accueillis en maint endroit avec incrédulité, l'idée me vint d'écrire un pur roman d'aventures polynésiennes et de le publier comme tel, afin de voir s'il ne serait pas possible que la fiction passât pour vérité : dans une certaine mesure, l'inverse de mon expérience précédente. Cette idée en engendra d'autres, qui ont abouti à Mardi."
    Dans sa déclaration d'intention, Melville annonce donc sa volonté de rompre avec ses deux premiers romans, "Taïpi" et "Omou".
   
    L'ouverture est cependant semblable à celle d'Omou : c'est le récit d'un marin embarqué sur un baleinier qui cherche à quitter le navire. Melville déroule les scènes du roman maritime (vie à bord, désertion, survie à bord d'une chaloupe, tempête, naufrage, abordage...) avec une virtuosité admirable, c'est passionnant, haletant, parfait. Mais si Melville démontre cette habileté, c'est avant tout pour faire ses adieux à un genre qui (pour l'instant) ne l'intéresse plus.
   
   Rapidement, après un intermède insulaire, le narrateur repart en mer, en quête d'une jeune fille qui lui a été ravie. Il est accompagné de trois personnages : le roi de l'île, un philosophe, un historien et un poète. Le quatuor va visiter toutes les îles de l'archipel mardien à la recherche de la bien-aimée. Chaque escale, chaque île visitée sert de prétexte à une description du système de gouvernement qui y a cours (monarchie absolue, théocratie, anarchie...) et à de longues discussions sur la politique, l'histoire, la condition humaine, la providence, la religion, la guerre et bien d'autres sujets. Melville passe donc du roman exotique au banquet philosophique, du traité ethnologique à l'écriture symbolique : l'archipel est une représentation du monde à haute teneur allégorique qui permet à l'auteur de discourir par personnages interposés et à mots couverts sur des problèmes de son temps comme l'esclavage, l'expansionnisme américain, la ruée vers l'or ou la révolution de 1848 qui vient d'avoir lieu en France.
   
   Le problème, c'est que Melville change aussi de calibre : là où ses deux premiers romans tenaient en trois cents pages, il en livre ici le double, sur cent quatre-vingt-quinze chapitres et le pudding est bien indigeste. Là où les contes de Voltaire, qui participaient un peu de la même démarche, passaient sans problème, "Mardi" se révèle d'une lecture beaucoup plus difficile et ennuyeuse. C'est qu'il a voulu tout y mettre, ses idées mais aussi ses lectures, les rappels de Rabelais, de Montaigne, de Swift, de Burton, de Thomas Browne qui finissent par écraser l'humour et la légèreté qu'on lui connaissait. Mais si l'on en croit les critiques, il n'y aurait jamais eu Moby-Dick sans Mardi... Il fallait donc bien en passer par là, pour le lecteur aussi.

critique par P.Didion




* * *