Lecture / Ecriture
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Le Nom de la rose de Umberto Eco

Umberto Eco
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  Construire l’ennemi et autres écrits occasionnels

Umberto Eco est un érudit et homme de lettres italien né en 1932.

Le Nom de la rose - Umberto Eco

Une leçon de liberté
Note :

    Ce roman est une pure merveille. La quête de Guillaume de Baskerville et de son élève sont un des romans policiers les plus réussis que j'ai eu l'occasion de lire... Mais c'est bien plus que cela
   
    Un bref résumé tout d'abord: Nous sommes en 1327. Guillaume de Baskerville, ex-inquisiteur qui n'adhérait pas aux pratiques de l'Inquisition est amené à séjourner dans une abbaye avec son secrétaire Adso. Mais un meurtre se produit. En essayant de le résoudre Baskerville et son élève vont tomber sur la trace d'un mystérieux manuscrit....
   
    Parlons d'abord de l'aspect policier de l'oeuvre. Rien à reprocher à l'enquête mis à part peut-être certains éléments un peu compliqués néanmoins nécessaires. Pourtant, celle ci est particulièrement bien ficelée. On ne peut se plaindre ni du manque de rebondissements, ni de non-sens. Le livre est donc intéressant pour ceux qui aiment les policiers bien ficelés.
   
    Mais le vrai sens du roman est bien au- delà. C'est un véritable message de tolérance et de liberté mais aussi d'espoir. L'inquisition est merveilleusement dénoncée, ainsi que l'hypocrisie de la grande majorité du clergé de cette époque. La scène de la jeune fille qui est obligée de se donner aux moines pour vivre est saisissante. Mais surtout à travers le personnage de Guillaume, on rend hommage à tous les hommes qui ont su garder leur dignité et leur humanité lorsque la société hypocrite qui les entourait se détraquait complètement, et qui peut-être ont sauvé l'humanité... On ne peut rester insensible à la force de ce plaidoyer.
   
    Et puis parlons de l'amour, présent lui aussi dans ce monde de moines pouvant paraître si austère. La seule expérience amoureuse de notre cher Adso est splendide. Tout y est décrit la passion, le bonheur puis le remords... Il n'y a rien d'autre à dire de plus, c'est une pure merveille merveilleusement écrite.
   
    D'ailleurs parlons-en de l'écriture. Eco a un style prodigieux. La dernière scène du livre que je ne raconterai pas le prouve; en effet, il a réussi à m'y émouvoir aux larmes, à me donner envie de me précipiter dans les pages du roman pour faire quelque chose...
   
    Bref on a un roman où tout se mélange : suspense, cruauté, humour aussi, érotisme parfois mais surtout une grande leçon de liberté.
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critique par Moineau




* * *



La religion et moi, ça fait deux
Note :

    Résumé
   
   «Rien ne va plus dans la chrétienté. Rebelles à toute autorité, des bandes d’hérétiques sillonnent les royaumes et servent à leur insu le jeu impitoyable des pouvoirs. En arrivant dans le havre de sérénité et de neutralité qu’est l’abbaye située entre Provence et Ligurie, en l’an de grâce et de disgrâce 1327, l’ex-inquisiteur Guillaume de Baskerville, accompagné de son secrétaire, se voit prié par l’abbé de découvrir qui a poussé un des moines à se fracasser les os au pied des vénérables murailles. Crimes, stupre, vice, hérésie, tout va alors advenir en l’espace de sept jours.»

   
   
   Commentaire
   

   J’ai terminé ce livre il y a déjà quelques jours mais j’ai eu besoin d’y réfléchir avant d’écrire mon commentaire ou de lire autre chose. Je ne crois pas être bien originale en disant que j’ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture mais que je la qualifierais de difficile, du moins pour moi!
   
   Tout d’abord, la religion et moi, ça fait deux. Les pratiques religieuses n’ont accompagné ni mon enfance, ni mon âge adulte. J’y connais très peu de choses, à part ce que nous avons appris à l’école primaire et ce que j’en ai lu dans les romans par la suite. Il est donc facile d’imaginer à quel point j’étais «perdue» dans les premières pages, qui mettent en relief les contextes historiques et religieux de l’époque! Le début de ma lecture a avancé tranquillement; j’avais trop de notions à assimiler. Je crois d’ailleurs que la plupart de ces précisions au sujet de l’histoire, des personnages et des diverses interprétations religieuses en général étaient importantes pour bien saisir la portée et la motivation des actions qui sont posées dans le roman. En effet, il s’agit d’une mentalité tellement différente de la mienne et de celle du milieu dans lequel je vis que sans ces précisions, cette imprégnation continuelle de l’atmosphère dans lequel sont plongés les protagonistes que je n’aurais pas pu apprécier le livre et l’intrigue à leur juste valeur.
   
   D’ailleurs, j’ai appris énormément dans cette lecture, que ce soit au sujet de l’histoire de la religion catholique, des oppositions entre l’Empereur et le Pape, de l’hérésie de l’époque, de l’émergence de la science et des différentes communautés de moines. J’ai pu réaliser à jusqu’à quel point les diverses interprétations des Écrits pouvaient influencer le monde socio-politique de l’époque et mieux comprendre ce que ces diverses interprétations de ce qui était «saint» et de ce qui était «hérétique» pouvaient impliquer.
   
   Lorsque j’ai eu bien assimilé «qui était qui» et «qui pensait quoi», j’ai vraiment pu plonger dans le roman et avoir de la difficulté à revenir de ce grand dépaysement. L’enquête de frère Guillaume est bien exposée, on nous mène sur de nombreuses pistes et l’angle sous lequel elle est menée (la religion, le savoir) est différent. J’avais deviné le «comment» et une partie du «pourquoi» mais j’avais des doute sur le «qui» et sur l’explication.
   
   Le seul petit bémol pour moi (en raison, probablement, de mes intérêts), c’est que certaines discussions théologiques auraient pu être légèrement écourtées (ici, j’en connais qui ne sont pas d’accord avec moi!). J’ai trouvé quelques passages, particulièrement au début, un peu ardus et répétitifs. Je n’aurais jamais, jamais cru que mon latin du secondaire me servirait un jour!!!!
   
   En résumé, un excellent livre, si on aime les romans érudits, théologiques et historiques… et si on a un peu de temps!
   
   Au fait… question ouverte de la fille qui ne connaît rien de rien en théologie… pouvez-vous bien me dire pourquoi le livre s’appelle «Le nom de la rose»??? J’ai beau chercher… aucune idée!
    ↓

critique par Karine




* * *



Premier d'une longue série
Note :

   Publié en 1980, le premier roman d'Eco fut traduit en français deux ans plus tard aux éditions Grasset. Il fut un succès de librairie et reçut le prix Médicis du meilleur livre étranger.
   Jusque là Eco, professeur de sémiologie à Bologne, n'avait écrit que des ouvrages de critiques littéraires utilisant les découvertes linguistiques, les plus lus étant "Lector in fabula" et "L'œuvre ouverte".
   
   Ce premier récit inaugurait une carrière de romancier prolixe, phénomène rare chez les linguistes. Actuellement, Eco a publié "La Reine Luana" toujours dans la même veine, mêlant les genres, aventure, histoire, et intrigue plus ou moins policière. Dans chacun de ses romans (il en a publié 5 ou 6) on est sûr de s'instruire sur un sujet donné.
   Je lis peu de romans historiques, celui-là pourtant fut un véritable régal.
   
   A la fin de sa vie, Adso de Melk, moine franciscain, rédige un épisode de son adolescence qui dura sept jours et le marqua pour toujours.
   En novembre 1327, il accompagne Guillaume de Baskerville, dont il est le novice, dans une abbaye bénédictine, en Italie du nord. L'ordre franciscain a envoyé Guillaume là-bas pour organiser une rencontre entre les envoyés du pape Jean XXII, et les représentants de l'empereur Louis de Bavière, qui doivent tenter de résoudre des conflits politico-religieux.
   Arrivé à l'abbaye, Guillaume explique au moine cellier comment retrouver son cheval, et lui fait la description de l'animal, qu'il n'a jamais vu, des raisons pour lesquelles il a dû partir, et du lieu où il s'est rendu. Le lecteur reconnaît alors Guillaume pour un détective. Ce passage parodie ouvertement le Zadig de Voltaire. "Baskerville" désigne aussi le livre de Sherlock Holmes.
   Le lecteur se trouve d'emblée dans un espace d'intertextualité ludique, contrairement au narrateur Adso qui restera le naïf de l'histoire.
   
   L'abbé Abbon, chef de l'abbaye, qui les reçoit, est affolé: le jeune moine Adelphe d'Otrante a été retrouvé mort au pied de la tour.
   L'abbaye comprend une tour carrée dont chaque angle est interrompu par une tourelle octogonale.
   Ces données nous orientent vers le roman gothique (Otrante, château, mort mystérieuse...)
   Adelphe était enlumineur.
   Guillaume s'intéresse vivement au crime, ainsi qu'à la bibliothèque de l'abbaye au-dessous des cuisines, où travaillait Adelme l'enlumineur. Dans le scriptorium, il apprend, du moine Béranger, qu'Adelme s'est jeté du mur d'enceinte et qu'un éboulement l'a fait glisser au pied de la tour.
   Avec le vieux Jorge, conservateur aveugle de cette bibliothèque, l'atmosphère est tendue: cet homme ferme sa bibliothèque de l'intérieur, refuse l'accès à certains livres qu'il juge "impies" et qui, par exemple, font l'apologie du rire. Le rire vient du Malin.
   Venantius, moine traducteur de grec, affirme, contre l'opinion de Jorge, qu'il existe un traité du rire dont l'auteur est Aristote. Guillaume confie à Adso qu'il a accepté la mission diplomatique afin de consulter ce livre qu'il recherche depuis longtemps...
   Le lendemain un autre moine est découvert mort, dans une cuve emplie du sang d'un porc tué la veille... et ce n'est pas fini!
   
   La suite de cet article intéressera surtout ceux qui ont lu le livre.
   
   En plus de son enquête, Guillaume reçoit les visiteurs dont il doit organiser la rencontre. Parmi eux, Bernard Guidoni, inquisiteur de renom, s'enchante de ces crimes, et désigne comme hérétiques deux moines de l'abbaye. Ce personnage est un obstacle de taille à l'enquête, et force Guillaume à préciser ses idées dans le domaine de l'éthique.
   En effet il fut lui aussi un inquisiteur "qui se trompait" et a révisé ses positions. A présent il est opposé aux actes de bravoure inutiles, et ne défend pas le moine, que Guidoni fera brûler, même s'il le juge innocent.
   Au terme des sept jours, Guillaume réussit à faire éclater la vérité sur les crimes de sang, et à en empêcher d'autres, au prix de mille tribulations, mais n'obtient pas ce qu'il désirait avant tout...
   Adso reçoit de lui plusieurs messages à méditer de l'aventure, d'abord un fort penchant pour le scepticisme. La passion de l'assassin pour une vérité unique, son fanatisme, le transforme en antéchrist alors qu'il croit servir Dieu. L'unique vérité est d'apprendre à nous libérer de toute passion pour nous approcher de la vérité.
   Le lecteur est un peu surpris qu'Aristote fasse figure de danger public. Dante, qui était chrétien, le considère comme un de ses maîtres. Mais Guillaume se méfie des fictions et n'aime pas l'auteur de la Divine comédie. Guillaume a lui aussi ses limites.
   Le vieux Jorge est à mon sens le vrai héros du livre, un héros tragique. La machine dramaturgique en œuvre dans le roman, le pathétique, l'émotion (tout ce qu'Aristote exige d'un héros tragique) sont assumés par le vieux Jorge.
   Adso de Melk est un personnage secondaire et essentiel. Il a "tout enregistré de ce qui s'est passé" et le redit fidèlement, y incluant ce qu'il ne comprend pas, et même ce qui ne peut l'intéresser, dans un souci d'objectivité. Pour lui donner consistance, Eco lui invente une amourette avec une fille du village.
   Le roman est à grand spectacle avec de longues descriptions: scènes vues par Adso sur le portail de l'église évoquant des toiles de Bosch.
   
   Dans "l'Apostille au nom de la rose"( livre de poche biblio), Eco prétend livrer en même temps que ses réactions à la sortie du roman, les secrets de fabrication de son œuvre. Il reconnaît avoir pris Borges pour modèle du vieux Jorge. Ce personnage est très négatif...
   
   Titre : le nom de la rose, c'est " tout ce qu'on veut" dit Eco, la "structure ouverte " du titre. "la rose" est un signifiant "ouvert" qui peut recouvrer une infinité de contenus ( celui qui conviendra au lecteur).
   Mais ce n'est pas comme si Eco avait écrit "Sans titre"...
   On peut penser à la Rose de Paracelse de Borges (histoire très curieuse d'un alchimiste qui ne veut plus de disciples...).
   
    Eco explique le choix du contexte historique:
   
   -Guillaume a reçu les leçons du philosophe anglais Roger Bacon, il le cite et porte des lunettes inventées au treizième siècle.
   
   -Pour que Guillaume, franciscain, puisse se conduire en détective, il faut dit Eco que "les signes soient interprétés, non pas en tant que symboles, mais en tant que traces du réel". Cela nécessite que l'on soit au moins au quatorzième siècle, vu l'évolution de la pensée.
   
   -Adso doit pouvoir rapporter les discussions entre Guillaume et les émissaires du pape ainsi que les argumentations théologiques. Il ne le peut qu'à partir du 14eme siècle.
   
    On apprend quel conflit divise alors les franciscains. Les uns "les petits frères des pauvres" aussi appelés les ordres mendiants, adoptent une conduite sévère et vivent dans la pauvreté... Attitude que Guillaume condamne comme fanatisme.
   
   Les trompettes de l'Apocalypse : l'assassin a copié des détails de ce livre de la Bible, pour perpétrer ses crimes et montrer qu'il exécute la vengeance de Dieu.
   
   Ce petit opuscule est intéressant mais ne répond pas à toutes les questions.
   
   
   Cela reste un bon livre. Peut-être est-ce à lui que l'on doit cette avalanche de romans utilisant l'enquête policière, un contexte historique donné, et l'ésotérisme, car Eco a lancé une mode. Certains sont excellents, d'autres, comme les Da Vinci code, ne sont pas du tout à la hauteur...
   ↓

critique par Jehanne




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Lecture raccourcie
Note :

    Italie, 1968, un narrateur évoque la possession d'un manuscrit écrit plusieurs siècles auparavant par un certain Adso de Melk ; celui-ci y relate des évènements de 1327 auxquels il prit part alors que, novice chez les moines bénédictins, il devint le secrétaire du moine franciscain Guillaume de Baskerville. A peine arrivés dans l'abbaye où doit se dérouler une entrevue de médiation entre deux confréries de moines qui ne reconnaissent pas l'autorité d'un même chef de l'église, ils sont mandatés pas l'abbé pour trouver la cause de la mort du jeune aide-bibliothécaire qui vient d'être retrouvé dans le précipice que surplombe l'Edifice, un très ancien bâtiment qui abrite la cuisine, le scriptorium et enfin la bibliothèque dans l'étage supérieur mais où personne n'est admis à pénétrer, exception faite des deux bibliothécaires : le responsable et son aide. Bientôt, d'autres cadavres sont retrouvés, sans que Guillaume réussisse à deviner l'identité du ou des coupables... si seulement la bibliothèque pouvait livrer son secret !
   
    "Un livre est fait de signes qui parlent d'autres signes, lesquels à leur tour parlent de choses. Sans un oeil qui le lit, un livre est porteur de signes qui ne produisent pas de concepts, et donc il est muet. Cette bibliothèque est née peut-être pour sauver les livres qu'elle contient, mais maintenant elle vit pour les enterrer. Raison pour quoi elle est devenue source d'impiété." (p.498)
   

   Ceci est ma deuxième lecture du roman, 20 ans après la première fois. Mon avis est mitigé : si j'ai été heureuse de retrouver la matière d'une bonne enquête policière j'y ai aussi subi les descriptions interminables des divisions entre confréries de moines, manigances pour le pouvoir etc. sans parler de nombreux passages en latin non traduits qui alourdissent un tantinet la lecture, personnellement j'ai survolé de nombreuses pages.
   
   J'avoue ne pas avoir été très attentive aux motifs de divisions autour de la religion, "Jesus a t-il rigolé" oui ou non, "a-t-il été pauvre ou riche", etc. Tout cela dépasse mon entendement ! Par contre tout ce qui concerne la vie dans l'abbaye, le rythme d'une journée, la découverte des cadavres, les observations et déductions faites par nos deux limiers, très bien.
   
    Donc une lecture appréciée, mais raccourcie par la suppression (survol) pure et simple des passages sur la théologie et tous ceux en latin !

critique par Wictoria Wentworth




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