Lecture / Ecriture
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Le Chaudron de Kiyoko Murata

Kiyoko Murata
  Le Chaudron

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le Chaudron - Kiyoko Murata

Où il est beaucoup question de petits pois...
Note :

   Tamiko, que sa famille surnomme plus familièrement Tami, son petit frère Shinjiro et leurs cousins Tateo et Minako, passent leurs vacances d'été à la campagne chez leur grand-mère pendant que leurs parents se trouvent au chevet d'un grand-oncle malade, à Hawaï. Et dès le premier repas, les quatre adolescents découvrent que la principale - et pour tout dire la seule - qualité de la cuisine de la vieille dame est de ne pas mettre son dentier à trop rude épreuve, tout en compensant une consistance uniformément mollassonne à grands renforts d'épices et de sauce de soja. En un mot, c'est si affreux que Tami, qui "depuis toute petite, étai[t] du genre à insister auprès de [sa] mère pour couper les pommes de terre." (p. 21), s'empresse de prendre en mains la préparation des repas...
   
   Autour du vieux chaudron où frémit le repas du soir, les quatre petits-enfants se plongent dans les souvenirs quelque peu embrouillés de leur grand-mère. Ils partent ainsi à la découverte du passé familial, à la rencontre d'êtres disparus depuis longtemps - pour certains dans des circonstances tragiques -, et dont ils sont, qu'ils le veuillent ou non, les héritiers. Les secrets qui mijotent au chaudron de l'hérédité, des lois de Mendel et de ses petits pois, se font aussi inquiétants que les effluves de la cuisine de Tami ne sont aguichants. Et Kiyoko Murata a su tremper sa plume d'autant de force que de délicatesse pour évoquer les émotions qu'éprouve tour à tour chacun des quatre adolescents: la peur ou l'angoisse que suscitent certains lourds secrets familiaux, les doutes qui subsistent autour de ce passé déjà lointain, perdu dans la brume de la mémoire de leur grand-mère, et la tendresse aussi par-delà les générations.
   
   Couronné par le prestigieux prix Akutagawa à sa parution au Japon en 1987, puis porté à l'écran - très librement semble-t-il - par Akira Kurosawa sous le titre de "Rhapsodie en août", ce "Chaudron" a mis près de vingt ans à nous parvenir en traduction française. Et il serait bien dommage d'attendre encore pour découvrir cette petite merveille de saveurs et d'intelligence...
   
   
   Extraits:
   
   "Etrangement attendris, nous regardions Shinjiro. A travers lui se profilait Jikuro l'adolescent qui avait perdu sa tête." (p. 28)
   
   "Quelle drôle de famille nous avions. Je me souvenais de ce que Tateo avait raconté sur les fleurs violettes et blanches des pois de Mendel. Et j'ai pensé que c'était une chance que la fleur violette de Jikuro ne soit pas revenue planer au-dessus de nous." (pp. 29-30)

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critique par Fée Carabine




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Il manque l'empathie
Note :

   Eh oui, je continue dans la courtitude des pages (et des notes) : ce n'est pas faute d'y croire, surtout lorsque ledit bouquin (Le Chaudron de Kioyko Murata) a reçu le prix littéraire japonais Akutagawa et l'histoire a été adaptée au cinéma par Akira Kurosawa (Rhapsodie en août). Face à de tels arguments, en général, je n'attends pas pour me jeter sur le roman. Je l'ai lu en entier (116 pages), il y a des moments très jolis et doux entourés de totale platitude. Bref, en demi-teinte, encore une fois.
   
   Le temps d'un été, une grand-mère recueille ses quatre petits-enfants quasi-adultes. Il y a quatre cousins que tout rapproche : l'âge, les études, les centres d'intérêt. Un couple fraternel (Tami - l'héroïne - et son cadet Shinjiro), deux singletons (le musicien Tateo, la défrisée Minako). Le huis clos rural se prête aux confidences et aux interférences culinaires, sensorielles, mémorables ou pas.
   
   Au-delà de la thématique de la transmission, "Le chaudron" est un roman familial où un clan n'a jamais paru aussi divisé en sous-entités (au nombre de treize, un numéro qui a du mal à s'afficher et s'affirmer) éloignées au gré de la géographie ou des mœurs.
   
   Il y a une vraie douceur dans les confrontations C'est tout le talent de Kiyoto Murata : poser la délicatesse dans l'évocation des anecdotes passées. Chaque secret se distille à l'occasion d'un repas, d'une scène ou d'un souvenir. La hiérarchie familiale se trouve ébranlée et l'aïeule reste en dehors de la conscience des chocs ressentis, et moi avec ! C'est bien là le problème.
   
   A cette légèreté prosaïque affichée, il manque une réelle profondeur : les scènes essentielles suggèrent plus qu'elles ne décrivent et laissent systématiquement un goût d'inachevé : le duel entre Tami et Tateo riche en promesses éclot d'une poussière ; les hérédités ne sont pas menées à leur terme ; les liens entre les aspirants sont dilués, leur âge (autour de 17 ans) est mal défini puisque de par leurs réactions, on a le sentiment d'avoir face à nous des préados voire des enfants (notamment Shinjiro) ; même, l'élément culinaire pourtant mis en avant se révèle sans appétence.
   
    Il manque l'empathie, la sincérité des sentiments et le choc des émotions : le trop de retenue gêne l'adhésion. L'écriture (ou la traduction ou les deux) participe à ce détachement ; même, les échanges épistolaires ou de sûtras ne nourrissent en rien l'histoire et délivrent une écriture plate. Il y a peut-être un facteur culturel indéniable (un choc des civilisations). Pourtant, d'autres auteurs asiatiques ont davantage humanisé leurs personnages. Kiyoto Murata narre des faits indiscutables, sans pathos, et ne s'encombre pas de chichis. Pourtant, c'est l'intrinsèque de l'humain d'être touché. Là, on y voit des ados découvrant des anecdotes hallucinantes au point d'ébranler leur identité et rien n'y fait sous prétexte de sénilité. Pire, deux jours après avoir fermé le livre, il ne me reste que de très vagues souvenirs : c'est mal barré, je vous dis !

critique par Philisine Cave




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