Lecture / Ecriture
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Si par une nuit d'hiver un voyageur de Italo Calvino

Italo Calvino
  Si par une nuit d'hiver un voyageur
  Les villes invisibles

Si par une nuit d'hiver un voyageur - Italo Calvino

Vade Retro Italo
Note :

   Il m'est arrivé une aventure pas croyable: je me suis engueulée avec un livre! Une espèce de "je-te-déteste-moi-pareil" qui s'est terminée par une bouderie somme toute très infantile mais que j'assume! Revancharde et sournoise, j'ai donc décidé de régler mes comptes ici même, au vu et su du monde entier! (sachant que le monde qui me lit est, je l'avoue, très restreint).
   
   C'est donc l'histoire d'un livre qui m'a boutée hors de ses pages avec une extrême violence, un extrême dégoût !
   
   Attention, je ne vous parle pas du livre qui vous tombe des mains, de celui qui ennuie, de celui qui endort... Non je vous parle de celui qui vous rejette, qui se complique au fur et à mesure pour vous montrer à quel point vous n'êtes pas prêt(e) à lire ses lignes.
   
   Quand lire devient un calvaire, une mission impossible, un chemin de croix: quand on déteste le bouquin que l'on vient d'acheter! Quand on en vient à se demander comment les autres ont fait. Oui comment? Serais-je la seule, l'unique à avoir autant souffert avec Italo Calvino et son "Si par une nuit d'hiver un voyageur"?
   
   Sur le Net, les compliments fusent. On se sent alors vraiment, vraiment très seule.
   
   Italo Calvino a une facilité d'écriture assez époustouflante et c'est sans nul doute de la très belle littérature. Mais cette histoire... oh my god, cette histoire... !
   Un cauchemar!
   
   Cela commençait mal de toute façon...
   "Tu vas commencer le nouveau roman d'Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur. Détends-toi. Concentre-toi. Écarte de toi toute autre pensée. Laisse le monde qui t'entoure s'estomper dans le vague. La porte, il vaut mieux la fermer; de l'autre côté, la télévision est toujours allumée. Dis-le tout de suite aux autres : «Non, je ne veux pas regarder la télévision!» Parle plus fort s'ils ne t'entendent pas: «Je lis! Je ne veux pas être dérangé.» Avec tout ce chahut, ils ne t'ont peut-être pas entendu: dis-le plus fort, crie: «Je commence le nouveau roman d'Italo Calvino!» Ou, si tu préfères, ne dis rien; espérons qu'ils te laisseront en paix. Prends la position la plus confortable: assis, étendu, pelotonné, couché. Couché sur le dos, sur un côté, sur le ventre. Dans un fauteuil, un sofa, un fauteuil à bascule, une chaise longue, un pouf. Ou dans un hamac, Si tu en as un. Sur ton lit naturellement, ou dedans. Tu peux aussi te mettre la tête en bas, en position de yoga. En tenant le livre à l'envers, évidemment."
   
   J'ai tout de suite eu un mauvais pressentiment Calvino me parle comme s'il me connaissait... mais s'il me connaissait, il saurait que je ne suis pas un homme et donc qu'un participe passé agrémenté d'un petit "e" en fin de course aurait été le bienvenu. C'est bête je sais, mais cette insistance à me parler comme si j'étais un bonhomme m'a tout de suite agacée.
   
   A moins que Calvino ait décidé que LE Lecteur était un être asexué. Ce qui de toute façon m'aurait également énervée car je ne crois pas qu'il y ait UN lecteur, comme il existerait LA femme, LA mère etc...
   
   Bon, je vous l'ai dit, ça commençait très mal.
   Cela dit, je me suis tout de même pliée à la méthode et me suis confortablement installéE.
   Mais même au mieux de ma forme, ça ne passait toujours pas!
   
   L'histoire... justement il y a bien UN lecteur mais il n'y pas UNE histoire... il y a DES histoires.
   
   C'est étrange d'ailleurs qu'Italo Calvino ait voulu à ce point nous rendre, nous tous lecteurs, un et un seul alors que son propos est de démontrer que les livres sont une multitude... Bref, me voilà partie pour l'histoire car au départ j'étais partie en lecture comme on part en voyage avec un départ et une arrivée. Mais au beau milieu du chemin, changement de train, on reprend ses bagages, on descend, on poireaute sur le quai et on repart dans une autre direction: seconde histoire.
   
   Et ainsi de suite, on descend, on remonte, on redescend... il n'est pas inutile d'avoir son petit sac en papier à portée de main. Donc moi, LE lecteur, j'ai tout simplement reposé le livre en me disant, on verra cela demain.
   
   Le lendemain, re-dispersion à tout va, j'en suis au énième début d'histoire, rien ne se termine, tout recommence et la nausée avec. On repose, on (re) verra cela demain.
   
   Troisième jour, beaucoup moins d'entrain, ce livre est en passe de devenir une punition, dernier essai après je lâche.
   
   Trois petits tours et puis s'en vont, j'ai abandonné non sans trouver que cette frustration imposée était faite pour les masochistes et que je n'avais donc que faire de cet instrument de plaisir pour certains, de torture pour moi.
   
   Avec le recul et lorgnant de côté l'objet qui est resté sur ma table de nuit pour me rappeler qu'il faut toujours rester modeste en littérature et que parfois l'heure n'est pas encore arrivée pour certaines rencontres, je trouve assez ironique de n'avoir pu terminer un livre qui justement parle de ces romans que l'on entame et qui ne finissent pas... Aurais-je parfaitement compris le propos de Calvino (sans l'avoir fait exprès je vous l'accorde)?
    ↓

critique par Cogito




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Tout simplement génial
Note :

   Un roman dont vous, lecteur, vous, lectrice, êtes le personnage principal. Avouez que ce n'est pas tous les jours que ça vous arrive! Un jour, vous découvrez dans une librairie le dernier roman d'Italo Calvino, "Si par une nuit d'hiver un voyageur". Vous l'achetez, le commencez, mais, malheur, le 2e chapitre se trouve être le 1er chapitre d'un autre roman, tout aussi intéressant... Vous courez à la librairie chercher la suite du 1er roman, mais vous tombez une nouvelle fois sur un autre début de roman, et ainsi de suite, à la poursuite de l'insaisissable roman d'Italo Calvino, jusque dans les bras de la lectrice, elle aussi en quête de ce roman introuvable...
   
   
    Un livre certes très célèbre, mais unique en son genre. Brillant, passionnant, reprenant le motif des contes des Mille et Une Nuits mais en le dépassant, avec une foule d'interprétations et de lectures possibles. Un jeu permanent entre auteur et lecteur, entre livre et non-livre, entre livre réel et livre dans le livre... Un régal inspiré par les Oulipiens mais portant bien la marque d'Italo Calvino. Vraiment enthousiasmant, mais peut-être un peu difficile pour les lecteurs qui ne seraient pas familiers de ce style d'écriture, proche de Michel Butor dans "La Modification". En bref, tout simplement génial, dans tous les sens du terme.
   
   A découvrir si ce n'est pas déjà fait!

critique par Elizabeth Bennet




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