Lecture / Ecriture
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Ma vie sans moi de Armand Robin

Armand Robin
  Ma vie sans moi

Ma vie sans moi - Armand Robin

Robin-la-liste-noire
Note :

   "Ma vie sans moi" suivi de "Le Monde d'une voix" et de "Le Programme en quelques siècles", préface d'Alain Bourdon
   
    Bien sûr, quand on pense à la poésie du XXe siècle, le nom d'Armand Robin ne vient pas immédiatement à l'esprit. Mais s'il est totalement absent du Dictionnaire de la poésie française de Jacques Charpentreau, Armand Robin n'est pas tout à fait un inconnu.
   
   C'est dans les livres consacrés à Brassens qu'on a pour la première fois entendu parler de lui : Armand Robin faisait partie, en compagnie du Sétois pas encore chantant, du groupe anarchiste du XVe arrondissement (André Breton vint d'ailleurs faire une causerie dans ce cénacle à l'invitation du premier) et tous deux écrivaient pour Le Libertaire dans l'immédiat après-guerre. Robin réapparaîtra même sous le nom de Robin-la-liste-noire comme contempteur de la "secte des masturbateurs frénétiques" dans La Tour des miracles, le roman que Brassens fit paraître en 1953.
   
    A cette époque, Robin a déjà publié "Ma vie sans moi", un recueil dans lequel on trouve trace de son parcours: huitième enfant d'une famille de cultivateurs bretons, étudiant à Paris, il tire ses maigres revenus de sa connaissance des langues (une trentaine) grâce à des traductions et à la rédaction d'un bulletin d'écoute des émissions radiophoniques internationales. "Ma vie sans moi" et les fragments posthumes rassemblés dans Le Monde d'une voix témoignent d'un constant déchirement entre le retour à ses origines rurales et la quête d'un ailleurs rimbaldien. A peine, comme il le dit, "surgi des illettrés", il s'interroge sur les bienfaits supposés de la connaissance, se demande s'il n'aurait pas dû rester dans la simplicité et l'ignorance : "Mon père, je vois bien que je me suis trompé/En voulant devenir un poète, un lettré [...] Je suis allé plus loin qu'à nous il est permis [...] Où je suis né j'aurais dû rester".
   
   Coincé dans cet entre-deux, le poète n'a plus d'existence propre et peut s'autoriser le titre "Ma vie sans moi". La poésie d'Armand Robin n'est pas une poésie de salon, elle est celle d'un homme dont la souffrance n'est pas feinte. Irrégulière mais semée de beaux alexandrins ("Surgi du fond du peuple armé du fouet des mots", "Le temps m'a rajeuni jusque dans mon enfance"), parfois répétitive dans son ressassement des mêmes thèmes et anathèmes, elle donne l'image d'un homme dur avec lui-même et pas tendre avec son lecteur.
   
    Curiosité. La maison d'édition Le Temps qu'il fait (qui compte deux notuliens* dans son écurie) tire son nom d'un recueil d'Armand Robin et a publié certains de ses textes.
   
   * Notulien= abonné aux Notules de P. Didion, (voir nos liens)

critique par P.Didion




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