Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le prisonnier de Thomas Disch

Thomas Disch
  Le prisonnier

Le prisonnier - Thomas Disch

Bonjour chez vous
Note :

   Patrick McGoohan est mort le 13 janvier 2009 à l'âge de 80 ans.
   
   Le numéro 6 est mort, vive le numéro 6.
   Le numéro 6 est mort, désormais nous dirons «Adieu chez vous!» Enfin cela ne nous rajeunit pas.
   
   Je fais partie des gens qui ont vu quelques épisodes en 1968, lors de sa première diffusion à la télévision. J’avais été à l'époque fortement impressionné par le côté futuriste et inventif de cette série. J'ai recherché dans ma bibliothèque ce vieux livre, qui date de 1979.
   
   Ce court roman a inspiré Patrick McGoohan, qui l'a fortement étoffé, mais en gardant la trame et surtout le côté étouffant et oppressant.
   
   Dans un luxueux restaurant renommé, un homme et une femme dînent en tête-à-tête. Il est question d'un départ en vacances, au pays de Galles où l'homme a réservé une maison. Ce départ est prévu pour le soir même, la femme n'est pas convaincue par la destination. Le repas terminé, ils quittent le restaurant, le serveur change la nappe et remet l'étiquette de la table, c'était la numéro six.
   
   Plus tard, sur le quai numéro six, l'homme monte seul dans un train. Il se réveille au petit matin dans une gare inconnue. Le panneau d'affichage des horaires indique une arrivée, mais aucun départ. Cette gare est anonyme. Il se renseigne du nom de cette ville; une dame charmante répond que ce n'est pas une ville, mais un village. Le nom de ce village, demande l'homme? «Le village» tout simplement, lui répond la femme! Commence alors pour l'homme baptisé numéro 6 un long cauchemar, avec un seul but en tête, s'évader de cet endroit mystérieux. Pour cela il devra apprendre la hiérarchie de cette société, ses us et ses coutumes. Dans ce décor de carton-pâte, vivent des gens étranges, résignés, apeurés, et liés par des liens mystérieux à cet endroit.
   
   Les premiers chapitres ont pour nom «Le village», «Les villageois», «Quelque chose de blanc». Il fera à ses dépens connaissance avec cette chose blanche, parfois appelée «le rôdeur», une sphère qui agit comme un chien de chasse, rapportant le fuyard au village à chaque tentative d'évasion.
   
   Mais quel est le but de sa présence dans ce lieu qui ressemble fort à une prison en plein air, où tout semble fait pour briser la volonté de chaque être humain?
   La seule chose que l'on semble lui demander tient dans cette phrase:
   - Nous voulons des renseignements!
   
   Le personnage principal est évidemment cet homme, seul contre tous. Dans cette société totalitaire, où plus aucune personne ne possède son libre arbitre, il est seul à se battre, au nom de la liberté individuelle. Les nombreux numéros deux, qui se succèdent, sont tous à la recherche de ces fameux renseignements, et tous les moyens sont bons. Pratiquement tous, ayant échoué, disparaissent mystérieusement.
   
   Une des très grandes qualités de ce livre, ce sont les dialogues montrant le duel entre le numéro 6 et les différents numéros 2. Un jeu du chat et de la souris, d'une grande précision entre deux personnes l'un voulant faire parler l'autre, l'autre voulant ne rien dévoiler. Des joutes oratoires pleines de subtilités, de ruses ainsi que de non-dits. Le temps passe, les tentatives d'évasion se succèdent, les numéros deux aussi! De traitement psychiatrique en lavage de cerveau, tous les moyens sont bons pour faire plier le numéro six. La femme du restaurant réapparaît; quel est son rôle véritable?
   
   C'est aussi, bien évidemment, un plaidoyer pour la liberté individuelle, bien menacée dans ce livre, et maintenant dans la vie de tous les jours. Ce semblant de démocratie est bien mis en exergue, dans de fausses élections, où l'on permet au numéro six de se présenter.
   
   Un excellent livre, qui est diffèrent de l'oeuvre télévisée sur certains points, mais qui possède une justesse de ton, de description et de dialogue. J'ai abandonné il y a très longtemps la lecture de la science-fiction, j'ai donné tous mes livres, je n'ai gardé que celui-ci, du moins il me semble.
   Dans ce livre, le numéro six brûle 17 bobines de films. La série télévisée compte 17 épisodes (J'ose espérer que personne ne les brûlera un jour). Hasard ou coïncidence voulue par Patrick McGoohan?
   
   Phrases célèbres, qui ont fait la gloire de ce feuilleton télévisé:
   - Je ne suis pas un numéro je suis un homme libre.
   
   - Bonjour chez vous! (Be seeing You!)

   
   Extraits :
   - C'est délicieux. Si le gibier est seulement moitié aussi bon, je vous épouse. Que diriez-vous de ça?
   
   - Oh, pas au pays de Galles! Il faut quand même établir une distinction très nette entre indépendance et ennui.
   
   - ... il plaça, à côté de nouvelles fleurs, la petite plaque de bois portant gravé et doré le numéro de la table: 6.
   
   - Il y a une arrivée à 6:30. Il n'y a pas de départ.
   
   - Pourriez-vous me dire le nom de cette ville, s'il vous plaît?
   Dites plutôt village.
   
   - Le chauffeur démarre et son passager remarque que la conduite est à droite.
   
   -... une espèce de Walt Disney sinistre lâché en liberté sur le monde de la vie quotidienne.
   
   - C'est comme si on avait mis des soldats de plomb de 10 cm dans un décor exigeant des acteurs d'une taille presque humaine.
   
   - Qu'est-ce qui est réel ?
   
   - Vous êtes prisonnier, numéro six, c'est aussi simple que cela.
   
   - C'est la liberté que je vise, pas le pouvoir.
   
   - Adieu, Numéro six. Pardonnez la part que j'ai prise à tout cela.
   

   
   Titre original: The Prisoner

critique par Eireann Yvon




* * *