Lecture / Ecriture
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Nuage et eau de Daniel Charneux

Daniel Charneux
  Norma, roman
  Une semaine de vacance
  Recyclages
  Nuage et eau
  Vingt-quatre préludes
  Maman Jeanne

Nuage et eau - Daniel Charneux

Vie et mort de Ryôkan
Note :

   «Ce roman retrace librement la vie du moine bouddhiste zen japonais Ryôkan (1758 -1831). Les évènements "réels", tels en tout cas qu’ils apparaissaient dans les biographies, y alternent avec des épisodes "fictifs" tirés de l’imaginaire de l’auteur.»
   
   Tiré de «Note de l’auteur», on ne saurait mieux décrire la philosophie de ce «Nuage et eau»: «unsui». Une «biofiction» en quelque sorte. Une biographie revisitée au fil de l’imaginaire de l’auteur ou un roman ancré dans des éléments de biographie avérés.
   
   Daniel Charneux, on le sait, n’est pas japonais. L’aisance avec laquelle il se coule, pour autant, dans ce monde extrême-oriental et ces mœurs bouddhiste zen, n’en est que plus confondante! Je dois avouer que c’est quelque chose qui m’est impensable, surtout quand, comme ici, on ne crée pas une pure fiction mais une «biofiction», vous obligeant par essence à être le plus rigoureux et respectueux possible de la réalité. Je n’ose imaginer la somme de documentation préalable que ceci dût nécessiter. (Autre explication, mais peu rationnelle; Daniel Charneux serait une réincarnation de Ryôkan!)
   
   On y retrouve le style de Daniel Charneux; fluide (au sens de l’eau qui contourne les obstacles), propre et sans déchets, poétique le plus souvent, lumineux …
   
   «De jour en jour, il se sentait décliner, pitoyable, assistant impuissant à la métamorphose.
   Déjà, le visage rose était devenu gris, les sourcils noirs avaient blanchi, la peau s’était ridée, fripée. L’échine s’était voûtée ainsi qu’un arc tendu. Les oreilles encombrées de poils bourdonnaient toute la nuit; le jour, les yeux voyaient voltiger d’obscures étoiles. Il peinait à s’asseoir, souffrait à se lever. Depuis le dernier petit voyage à pied avec Teishin, il avait encore perdu en mobilité, marchait péniblement, même appuyé sur sa canne. Elle était bien révolue, l’ époque des pélerinages, quand il sillonnait sans cesse les routes en moine itinérant, unsui, nuage et eau.
   Il se sentait gagné par un grand froid qui le figeait, le glaçait, branche sous la gelée blanche, et le printemps n’arrangeait plus rien. Le renouveau était pour les oiseaux, pas pour lui qui les aimait tant. Le renouveau était pour les enfants, plus pour l’ami qui avait dû abandonner leurs jeux.»

   
   
   Et donc Daniel Charneux nous fait défiler la vie de Tachibana Eizo, qui prendra une fois moine le nom de Ryôkan, de sa naissance à sa mort dans une pure linéarité. Mais il ne s’agit pas d’un simple récit d’une vie. Il insère des éléments en apparence anodins, poétiques à coup sûr, pour nous amener à comprendre l’éveil de la vocation puis la foi du moine bouddhiste zen. Entreprise des plus délicates, on l’admettra. C’est que Tachibana Eizo était plutôt destiné à un avenir plus… séculier: «myoshu», qui, on nous l’explique, dans l’administration des shoguns remplissait les offices de maire et de collecteur des impôts. Daniel Charneux parvient donc, en quelques chapitres spécifiques à suggérer le détournement d’Eizo de ce destin vers celui de Ryôkan, celui de moine.
   
   Il y a du Saint François d’Assise dans ce Ryôkan là!
   
   On pourrait craindre que ce genre d’ouvrage n’intéresse potentiellement que les amateurs d’extrême-orient, de ses philosophies… Eh bien non, Daniel Charneux transcende le sujet pour en faire une histoire de portée humaine, humaine au sens genre humain!
   
   Sérénité, humilité, transparaissent à chaque détour de l’œuvre. Et signalons les traductions- interprétations(?) des nombreux haïkus de Ryôkan dont Daniel Charneux parsème le récit.
   
   L'impression que "Nuage et eau" n'a pas dû être son roman le plus facile à écrire?

critique par Tistou




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