Lecture / Ecriture
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Carrefour des nostalgies de Antoine Laurain

Antoine Laurain
  Fume et tue
  Carrefour des nostalgies
  Ailleurs si j'y suis
  Le chapeau de Mitterrand
  La femme au carnet rouge

Antoine Laurain est un auteur français né en 1970.

Carrefour des nostalgies - Antoine Laurain

Que sont-ils devenus?
Note :

   En cette soirée d'élections municipales, François Heurtevent est consterné. Il vient de perdre son siège de maire de Perisac et c'est son adversaire, Pierre-Marie Alphandon qui l'emporte avec 202 voix d'écart. Ayant déjà dû abandonner son poste de député lors des dernières législatives, François Heurtevent redevient, au lendemain du scrutin, un citoyen lambda, sans projets d'avenir et – qui plus est – sans aucune activité.
   La déprime s'installe: le voici contraint à faire usage de somnifères et d'anxiolytiques. Sans but, il erre dans sa maison, passe ses journées à dormir, calquant en cela sa conduite sur celle d'Archipattes, le chat de la famille.
   
   Vient le moment de mettre fin à quinze ans de mandature en débarrassant le bureau occupé pendant toutes ces années à la mairie de Perisac, et de faire place nette au vainqueur des élections.
   En fouillant dans les cartons et les dossiers empilés, reliquats appartenant désormais au passé, François Heurtevent met la main sur une vieille photo. Il s'agit d'une photo de classe, prise trente ans auparavant, lorsqu'il était élève de terminale, à la fin des années 70.
   Et voici que remontent à la surface de très vieux souvenirs, les visages de cette photo de groupe retrouvent une identité. Les noms accolés à ces jeunes visages, les avait-il oubliés? Ou bien étaient-ils profondément enfouis dans sa mémoire, n'attendant que ce moment pour réapparaître à la surface?
   
   Et voici qu'une étrange lubie va s'emparer de François Heurtevent: retrouver ces visages trente ans plus tard, savoir ce que sont devenus ces adolescents qui souriaient à l'objectif et qui avaient alors toute la vie devant eux. Qu'est devenu Clément Jacquier qui rêvait de devenir réalisateur de cinéma et qui ne jurait que par François Truffaut? Qu'est devenue la jolie et inaccessible Marjorie Levart? Et le taciturne Cédric Pichon? Et Daniel Célac, Delphine Poisson, Jérôme Auberpie, Dominique Pierson et tous les autres élèves de la terminale A du cours Levert? Où sont-ils aujourd'hui? Que font-ils de leur vie?
   
   Pour retrouver d'anciens camarades de lycée, il existe bien sûr des sites internet mais François Heurtevent a décidé d'agir autrement. Pour cela, il va faire appel à une ancienne connaissance des services secrets qui ne pourra pas lui refuser ce petit coup de main, eu égard à leur vieille amitié.
   
   Autre lubie: Heurtevent va s'installer à Paris dans l'ancien appartement d'André Dercours, son mentor aujourd'hui décédé, vieux briscard de la politique, ancien député-maire, sénateur et ministre, ami intime de François Mitterrand. C'est là, dans cet appartement vide que François Heurtevent va mener à bien ses recherches concernant ses anciens camarades de lycée.
   Ce qu'il va découvrir ne manquera pas de le surprendre et il ira de surprise en surprise. Toutes ces rencontres vont en effet avoir une incidence sur son propre destin et quand le hasard se met de la partie, il y a fort à parier que la conclusion de ces recherches va aboutir à un résultat plus que surprenant.
   
   Antoine Laurain, qui nous revient après l'excellent et machiavélique «Fume et tue», nous offre ici un roman teinté de nostalgie et d'humour, un récit qui oscille entre la comédie de mœurs, la satire sociale, le polar et le thriller politique. D'une construction remarquable, le récit semble au premier abord partir dans tous les sens avant que le lecteur ne comprenne que tous ces éléments disparates finiront par s'accorder et mèneront progressivement l'intrigue jusqu'à sa conclusion.
   L'ensemble forme un roman diablement efficace, sans temps mort, mettant en scène une galerie de personnages parfois cocasses, souvent émouvants, décrits avec beaucoup de tendresse et d'humanité. Mais cela ne doit pas nous faire oublier qu'Antoine Laurain, à l'instar d'autres auteurs tels que Pascal Garnier, aime à nous décrire avec un humour souvent corrosif la réalité de notre société de manière grinçante. Un fait, aussi anodin soit-il, peut se révéler porteur de conséquences inattendues, voire dramatiques, et le lecteur, suivant à l'aveuglette au fil des pages le personnage principal, se retrouve, comme celui-ci, entraîné dans une succession d'évènements inattendus dont la portée restera incalculable jusqu'à la fin du récit.
   
   Habile, surprenant, jubilatoire, «Carrefour des nostalgies», ce roman doux-amer, offrira aux lecteurs un moment de lecture riche en émotions et en surprises de toutes sortes. Et, en cette période de rentrée scolaire, propice à l'évocation de souvenirs plus ou moins lointains, comment ne pas penser à toutes celles et à tous ceux que nous avons côtoyé pendant les années de lycée? Comment ne pas se poser la question de savoir ce qu'ils sont devenus? Comment ne pas se poser la question de savoir ce que nous-mêmes sommes devenus?
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critique par Le Bibliomane




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Les copains d'avant
Note :

   Dans cette énième rentrée littéraire, qui est comme d'habitude aussi excitante qu'un bol d'ovomaltine, il n'y a qu'un auteur, chers happy few, dont j'attendais le roman avec impatience. Oui, un seul petit veinard (ou pas): Antoine Laurain, dont j'avais beaucoup aimé "Fume et tue".
   
   François Heurtevent, vient de perdre les élections: il n'est plus le maire de Perisac. Déstabilisé, brusquement désoeuvré, François est perdu dans la nouvelle vie qui lui tombe dessus. Alors qu'il réceptionne les cartons d'archives en provenance de la mairie, il tombe sur une vieille photo de classe, celle de sa classe de Terminale du cours Levert. Curieux, vaguement nostalgique, François, qui a loué par hasard l'appartement de son ancien mentor en politique, André Dercours, mort depuis des années, demande à un de ses amis des services secrets de retrouver la trace de ses anciens camarades. En parallèle, il ouvre, dans l'appartement de Dercours, un placard dissimulé dans le mur et qui contient une trace du passé. Voilà François lancé dans deux enquêtes qui le mèneront plus loin que prévu. Ou qu'espéré.
   
   Décidément, chers happy few, Antoine Laurain est un excellent raconteur d'histoires. Il a le don pour tricoter sans avoir l'air d'y toucher, avec une étonnante fluidité, des intrigues bien ficelées qui entraînent toujours le lecteur dans des endroits insoupçonnés. Si la nostalgie sert de point de départ et de trame de fond à ce roman, il apparaît rapidement qu'elle n'est nullement gratuite et qu'elle motive une quête qui aura des répercussions de taille dans la vie de François. Tout l'art d'Antoine Laurain est de partir d'un point de départ à la fois intime et universel (que celui qui n'a jamais googlisé ses camarades de classe se dénonce sur le champ, chers happy few), et de le mêler à une autre enquête, qui semble politique pour se révéler rapidement toute différente.
   
   François, personnage très attachant malgré (ou à cause de) ses défauts, retrouve ses camarades dans des scènes tour à tour drôles (les rencontres avec Clément Jacquier, réalisateur de films X, ou Cédric Pichon, concepteur hors-normes de jeux vidéo) ou émouvantes (les vies de Marjorie Levart que la vie a menée sur d'étranges chemins de traverse ou Jérôme Auberpie devenu prêtre par amour). Parfaitement construit, ce roman qui a de faux airs de roman policier est un roman sur le temps qui passe, narré dans un style à la fois enlevé et chaleureux. La rentrée est bonne, finalement, chers happy few.

critique par Fashion Victim




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