Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Loving Frank de Nancy Horan

Nancy Horan
  Loving Frank

Loving Frank - Nancy Horan

"Oui, l'espace d'un instant, j'ai été vraiment vivant"
Note :

    Etats-Unis, 1907. Frank Lloyd Wright, architecte américain d'avant-garde, a une trentaine d'années quand il fait la connaissance de Mamah Bouton Borthwick, féministe et intellectuelle. Entre eux, c'est le coup de foudre, aussi bien spirituel que physique. Malgré le poids de la société puritaine, ils décident de vivre leur amour au grand jour et d'afficher leur liaison, abandonnant leurs conjoints respectifs et leurs enfants. Livrés à la vindicte populaire, traînés dans la boue par une presse déchaînée, ils vivront leur amour envers et contre tout...
   
   Inspiré d'une histoire vraie, la liaison scandaleuse de Frank et Mamah au début du XXè siècle, "Loving Frank" est un roman émouvant et dense tout entier tendu vers un dénouement terriblement tragique. J'ai été très touchée par le destin de Mamah, une femme qui paie au prix fort sa trop grande avance sur son temps. Féministe, militante pour les droits de la femme (notamment le droit de vote), intellectuelle, cultivée, elle finit par épouser tardivement un homme avec qui elle ne partage rien. Edwin l'idolâtre et lui fournit tout ce qu'il lui faut sur un plan matériel mais la rencontre avec Frank lui fait prendre brutalement conscience de tout ce qui lui manque.
   
   C'est avec beaucoup de réticences et après avoir soigneusement pesé le pour et le contre que les deux amants décident de quitter leurs familles respectives et rien ne sera facile pour eux. Nancy Horan ne trace pas un tableau idyllique de cette passion qui leur fait renoncer aux enfants (si Frank peut voir les siens, sa femme ayant décidé de lui refuser le divorce et de faire comme si de rien n'était, Mamah ne peut prétendre à aucun droit sur les siens puisqu'elle est la femme adultère), à leur statut social (ils vivent en parias, reniés par tous), au travail de Frank (plus de commandes pour celui qui défraie la chronique)... Ils connaîtront les doutes, la culpabilité, les remords mais aussi un amour qui ne sera miraculeusement pas rattrapé par la routine du quotidien.
   
   Un roman lucide et fort, qui fait mesurer à sa manière à quel point certaines femmes ont souffert et se sont battues pour que nous connaissions la liberté d'agir et de penser.
    ↓

critique par Fashion Victim




* * *



Pessimiste
Note :

   "Quelle perte cela aurait été de ne pas l'avoir rencontré ou de ne pas avoir connu son amour ! pensa Mamah."
   
   Quand Mamah Borthwick Cheney quitte son mari et ses enfants pour vivre son amour avec l'architecte Frank Lloyd Wright, lui même marié et père de six enfants, c'est le scandale. La presse s'en donne à cœur joie et l'Amérique puritaine se repait de ces articles outranciers. La vérité est toute autre: les amants sont certes emportés par la passion mais aussi taraudés par la culpabilité. Le tout se terminera d'une manière tragique et brutale, presque invraisemblable.
   Rien n'a beaucoup changé entre le début du XXème siècle et notre époque. La presse est toujours à l'affût des histoires d'amour lucratives et semble toujours prête à tout pour vendre ses feuilles de choux. Mais c'est surtout le portrait, tout en nuances, que brosse ici Nancy Horan dans cette fiction historique de Martha (dite Mamah) Borthwick Cheney qui a retenu toute mon attention.
   
   Trilingue dès la maternelle, ayant fait de solides études, ayant enseigné, dirigé une bibliothèque, cette femme disposait d'un potentiel et d'une personnalité que son mariage semble avoir complètement mis sous cloche. Pourtant comme le lui dira sa sœur "Tu avais tout. Un mari fantastique qui t'adorait, deux beaux enfants en bonne santé. La liberté. Aucun souci financier. Une gouvernante et une bonne. Tu n'avais pas besoin de travailler et Edwin n'exigeait jamais rien de toi. As-tu conscience de tout ce que tu as abandonné pour Fank Wright? Le genre d'existence dont rêvent la plupart des femmes, y compris les féministes!".
   
   Mais à vouloir vivre selon ses convictions, Mamah, en tant que femme et en tant que mère, devra payer le prix fort, car être la compagne d'un génie de l'architecture ne va pas sans contreparties négatives...
   
   Un livre puissant , plein de vie, mais aussi très pessimiste...
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Une histoire vraie
Note :

   Je termine ce livre bouleversée après être passée par toute la gamme possible des réactions d’une lectrice lambda qui, tout en connaissant l’architecte Frank Lloyd Wright et ses belles réalisations, ignorait tout de sa vie privée. Autant dire que je suis passée par bien des émotions durant la lecture de ces 540 pages (Buchet/Chastel éd.). Tout d’abord, j’ai failli abandonner dès la première partie tellement l’histoire de l’infidélité du couple Frank Lloyd Wright et Mamah Borthwick Chesney, chacun marié de son côté avec 9 enfants à eux deux, me semblait convenue et désormais banale, mais l’intérêt est venu dès leur fuite en Europe et s’est accru avec la rencontre entre Mamah et la féministe suédoise Ellen Key dont elle voulait devenir la traductrice au point de ne pas suivre son amant lors de son retour en Amérique. Quant à la troisième partie, le divorce de Mamah et les retrouvailles avec ses enfants, la construction de Taliesin, leur maison commune à elle et Frank mais près de la famille de celui-ci et la fin surtout, je l’ai trouvée d’une grande intensité dramatique. J’ai avalé ce récit, le cœur battant, d’autant plus que je savais l’histoire vraie puisque, comme journaliste, la romancière avait fait de sérieuses recherches avant de se lancer dans son récit.
   
   La grandeur de ce roman tient avant tout pour moi au fait que ce ne soit pas une simple histoire d’amour contrarié, violemment rejeté par la société et la presse de l’époque mais c’est surtout l’évocation plus ample de la difficulté d’être une femme libre en ces premières années du XXe siècle qui est au centre du récit.
   
   J’ai longtemps été partagée entre deux sentiments contradictoires: le rejet et l’agacement devant la légèreté des personnages quant à l’abandon de leurs enfants. Ceux de Mamah n’avaient alors que deux et sept ans si je me souviens bien. Pour moi, il n’y a rien à faire, excuser un tel comportement m’est difficile. D’un autre côté j’ai admiré la prise de position féministe qu’elle a adoptée par la suite et son courage pour affronter tous les moments de détresse éprouvés au cours des nombreuses épreuves vécues dans la solitude la plus complète. Le personnage de Frank Lloyd Wright ne sort d’ailleurs pas grandi de cette histoire me semble-t-il. Je l’ai ressenti comme trop égoïste et léger pour être attachant. Ceci dit, j’ai beaucoup aimé ce livre et je vais poursuivre avec quelques recherches sur ces personnalités remarquables mais fragiles, aux destins si tragiques.

critique par Mango




* * *