Lecture / Ecriture
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Adam et Cassandra de Barbara Pym

Barbara Pym
  Des femmes remarquables
  Une demoiselle comme il faut
  Crampton Hodnet
  Adam et Cassandra
  Un brin de verdure
  La douce colombe est morte
  Comme une gazelle apprivoisée
  Jane et Prudence
  Quatuor d'automne

Barbara Mary Crampton Pym est une écrivaine britannique née en 1913 et morte en 1980.

Adam et Cassandra - Barbara Pym

Des choux et des carottes
Note :

    Avec "Adam et Cassandra", j’ai passé un très bon moment au pays des vieilles filles, des pasteurs célibataires ou non, des veuves et des couples mal assortis. Le tout en Angleterre, of course!
   
   Barbara Pym est souvent comparée à Jane Austen, dont elle serait la digne héritière. Cela me hérisse autant que lorsque je lis une comparaison similaire au sujet d’un roman iranien qui parle d’agences immobilières et de cuisine*, ou encore lorsque les éditions de Jane Austen mettent en avant des critiques dignes de The Devil wears Prada, histoire de racoler le lecteur innocent («tellement drôle», «hilarant», «la meilleure comédie jamais écrite», oui, je vous parle bien de "Pride and Prejudice"!). Pour en revenir à nos joyeux moutons, comparer Barbara Pym et Jane Austen est bien sûr chose possible, tout comme on peut comparer la carotte au chou-fleur. Ce sont deux légumes, qui peuvent se manger crus ou se déguster à la vapeur, en gratin, en soupe ou que sais-je? On peut même les combiner dans une même recette, ce qui est beau, avouons-le! De là à confondre la carotte et le chou-fleur, n’y a-t-il qu’un pas?
   
    Eh bien pour quitter le plan horticole ou légumineux de mon illustration, Barbara Pym et Jane Austen ont elles aussi des points communs: un esprit plus ou moins critique, un ton plus ou moins ironique et moqueur; une prédilection pour un milieu social qu’elles connaissent bien; des intrigues de salon (mariage, héritage, bienséance, scandales vite étouffés et tués dans l’œuf); et justement, beaucoup de scènes cruciales au sein du foyer, où se nouent beaucoup de petits drames et triomphes la vie en société (avec tous ses commérages). Ajoutons leur nationalité et le fait qu’elles ne se sont jamais mariées, et voilà pour le rapprochement entre ces deux écrivains!
   
   Pym est pour moi comme une petite grand-mère littéraire, dont l’ironie ne va jamais bien loin. Ce serait plutôt une charmante vieille dame au regard malicieux qui aime observer ses congénères et se moquer d’eux sur un ton finalement bienveillant. Les personnages pymiens sont souvent antipathiques car leur créatrice prend un malin plaisir à glisser innocemment quelques commentaires qui ne tardent pas à mettre en valeur les travers de chacun. Vanité, prétention, ennui, jalousie, voilà les petites faiblesses qui ponctuent tout le récit d’Adam et Cassandra. Adam est un auteur médiocre qui se prend trop au sérieux; il est choyé par sa tendre épouse, une femme riche et belle qui aimerait parfois que son mari lui accorde un peu plus d'attention. Arrive un jour M. Tilos, Hongrois charmeur qui s’éprend de Cassandra et forme avec le couple un trio qui ne manque pas de faire jaser le voisinage. Malgré les petits rebondissements et les insinuations de Barbara Pym qui laissent entrevoir un minuscule ouragan dans la communauté bien établie d’Up Callow, le retour à la normale semble incontournable (du moins je n’en attendais pas moins après avoir lu deux autres Barbara Pym). Au final, j’ai passé un délicieux moment à savourer ce petit bonbon acidulé, me délectant des remarques amusantes et prenant plaisir à participer à quelques conversations de salon, sans parler d’un petit détour par la Hongrie.
   
   Pour en revenir à Jane Austen, il faut se défaire de cette idée d’un lien réel entre ces deux écritures pour aborder sereinement Barbara Pym. La prose de la première est bien plus fine et complexe lorsqu’on prend le temps de la lire attentivement. Les sujets ne sont pas les mêmes car plus d’un siècle sépare ces deux univers et, quoi qu’on en dise, la société a beaucoup évolué depuis le début du XIXe. Ce qui n’enlève pas à Barbara Pym son charme suranné et ses légers traits d’humour. L’état de ma PAL pymesque montre bien que je l’ai placée dans la catégorie suivante: A consommer sans modération!
   
   
   * Zoyâ Pirzâd, "On s’y fera"

critique par Lou




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