Lecture / Ecriture
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Winter, notes from Montana de Rick Bass

Rick Bass
  Winter, notes from Montana
  Oil Notes
  L'Ermite
  Le livre de Yaak
  Le ciel, les étoiles, le monde sauvage
  Le journal des cinq saisons
  La décimation
  Dans les Monts Loyauté

Rick Bass, écrivain et écologiste américain, est né en 1958 à Fort Worth dans l'état du Texas. Il a étudié la géologie à l'Université d'Etat de l'Utah. Émule de Jim Harrison, il a commencé à écrire de courtes histoires alors qu'il travaillait comme géologue pétrolier à Jackson, au Mississippi... En 1987, il s'installe avec sa femme, l'artiste Elizabeth Hughes, à Yaak Valley, à l’extrême nord-ouest du Montana, près de Troy, où il œuvre à la protection de sa région d'adoption. Rick Bass siège au conseil d'administration du Conseil Yaak Valley Forest and Round River Conservation Studies.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Winter, notes from Montana - Rick Bass

L'épreuve de l'hivernage
Note :

   Avec "Oil Notes", Rick Bass alors âgé de 27 ans nous avait donné un premier texte autobiographique, un peu brouillon mais terriblement sympathique, sous une forme qui évoquait de courtes notes détachées d'un carnet. Deux ans plus tard, il revient à l'autobiographie avec ces "Notes du Montana". Rick Bass et sa compagne (Elizabeth Hugues, qui signe à nouveau les illustrations de "Winter", comme elle l'avait fait pour "Oil Notes") viennent de réaliser leur rêve et de s'installer dans une ferme isolée de la vallée de Yaak, dans le nord du Montana. "Winter" est le récit du premier hiver qu'ils y passent, le journal tenu par Rick Bass depuis leur installation à la ferme à la mi-septembre jusqu'au début du printemps (à la mi-mars). Un premier hivernage qui a tout d'une épreuve initiatique pour ce couple venu du Sud, et qui a tout à apprendre: comment couper du bois (sans se blesser!), comment faire son pain soi-même, comment refermer une clôture dont les fils de fer se sont contractés sous l'effet du froid... Rick Bass nous confie sans fausse honte ses maladresses, et surtout il nous fait partager son enthousiasme pour cette région sauvage et pour ses habitants, les humains bien sûr - les voisins sur qui il faut pouvoir compter - et les animaux, les oiseaux innombrables, les daims et les ours... qu'il vaut mieux ne pas croiser de trop près. Et malgré les soucis d'intendance et les difficultés pratiques, il y a le bonheur d'écrire, de pouvoir consacrer beaucoup de temps à l'écriture.
   
   "Winter" est un livre plus structuré que ne l'était "Oil Notes", il est écrit dans un style plus maîtrisé et l'on perd ce petit côté "chien fou" qui rendait ce premier texte si sympathique. Rick Bass, l'homme comme l'écrivain, a muri. Mais c'est toujours un bonheur de le retrouver. Et la vie, les beautés de la nature et le plaisir de la lecture sont toujours au rendez-vous.
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critique par Fée Carabine




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Un coin perdu au Montana
Note :

   Tout au nord-ouest du Montana, à proximité de la frontière canadienne, imaginez une poignée d'habitants dans une vallée perdue entourée de forêts immenses : c'est Yaak. Après avoir envisagé des séjours plus méridionaux, c'est là que, fuyant le Texas, Rick Bass et sa compagne Elizabeth choisissent de s'installer, sans électricité ni téléphone.
   
   Sous la forme du journal, assez irrégulièrement tenu de septembre à mars, “Winter” relate une forme d'acclimatation, incertaine, puis réussie. L'auteur, géologue de formation, s'est métamorphosé en bûcheron durant l'automne pour stocker tout le bois nécessaire afin de passer l'hiver dans une sorte de ferme isolée à quelques miles de Yaak dans un comté où le thermomètre descend jusqu'à -40°C. Pour assurer le chauffage, le bois du mélèze a ses préférences. Couper du bois, stocker du bois : c'est un hymne permanent à la tronçonneuse ! On en connaît les qualités et les faiblesses, les dangers aussi. La tronçonneuse est l'héroïne bruyante du livre, plus encore que la vieille Ford Falcon et le 4x4 Nissan dont la transmission a lâché. En revanche, rien sur le livre que le diariste dit écrire ni sur ce qu'Elizabeth peint, pas plus que sur leurs relations intimes, pudiquement passées sous silence.
   
   Les fréquentations des nouveaux ermites ? Outre les bêtes de la forêt, tels les wapiti curieux qui mettent parfois leur museau à la fenêtre, outre la visite non désirée d'un couple de prédicateurs maladroits, c'est au magasin général (la traductrice n'ayant pas gardé “general store”) où l'on boit quelques bières entre voisins, tous plus expérimentés que ce couple de horsains, que la sociabilité montagnarde se révèle devant des jeux de hasard. À en croire l'auteur, les "valeurs américaines" se résument à l'art de conduire le 4x4 sur la neige, solidement fermer les clôtures, et bien manier la tronçonneuse, évidemment... C'est grâce à elle au moins autant qu'à sa machine à écrire, que Rick Bass est ainsi devenu un glorieux représentant de ce que l'on a baptisé “nature writing”.
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critique par Mapero




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L'hiver de notre plaisir
Note :

   C'est en pleine canicule que j'ai lu Winter, récit de Rick Bass sur son installation fin 1987 dans le Montana. Et rien que voir la couverture du livre semblait rafraichissant. J'aime bien cet écrivain dont j'ai déjà savouré cinq autres œuvres, dont Le ciel, les étoiles, le monde sauvage et La décimation. Avec son épouse Elisabeth, et Homer et Ann dont il faut préciser qu'ils sont chiens, ces premiers mois au Nord-ouest sont un peu difficiles pour ce Texan. Le climat, à deux miles du Canada, n'est pas précisément le même qu'à Houston. Et ce journal de bord de septembre à mars est une ode à cette saison si marquée. Rick Bass n'est lui-même qu'en hiver. C'est ce que l'homme découvrira dans ce pays extrême, sans électricité ni portable, où une poignée d'hommes vivent l'essentiel.
   
    L'essentiel c'est le bruit de la tronçonneuse, amie quotidienne quand il s'agit de faire la fête à ces mélèzes géants, déjà morts mais indispensables sous ces latitudes. Rick Bass nous fait vibrer comme ces engins parfois dangereux. Les gens de là-haut n'y pratiquent pas le célèbre massacre avec cet instrument mais emmagasinent soigneusement le bois. L'essentiel c'est la trace d'un ours dodelinant vers l'hibernation, celle des wapitis, ces grands cerfs se raréfiant, le bruit d'enfer des rameaux d'orignal dans la forêt. L'essentiel c'est le doux bruit, bien que graisseux, de la camionnette hors d'âge qui permettra in extremis de ne pas passer la nuit dehors. Winter n'est cependant pas un précis de géographie, botanique ou zoologie. Plutôt un constat de la vie ensemble en milieu naturel, ou presque. Enfin ensemble avec des voisins pas trop proches. Ce qui n'empêche pas une solidarité discrète et presque muette car le silence fait partie du décor. Une vie à hauteur d'hommes, à scruter les environs, avec un sens du corps et de l'effort physique, alors même que Rick Bass, dans sa serre mal chauffante, écrit cette saison blanche au jour le jour.
   
    On peut bien sûr rattacher si l'on veut Rick Bass à l'école dite du Montana, la Montana connection, et à la Nature writing. Ce genre de tiroirs a peu d'intérêt. Disons simplement que j'ai lu avec pas mal de plaisir beaucoup d'auteurs qui ont traîné leurs boots dans ces coins-là. Certains sont des Indiens, d'autres non. Vous voulez quelques noms? Welch, McGuane, Harrison, Crumley, O'Brien, Watson, Alexie.

critique par Eeguab




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