Lecture / Ecriture
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Orlando de Virginia Woolf   

Virginia Woolf
  La maison de Carlyle et autres esquisses
  Mrs Dalloway
  Une chambre à soi
  La chambre de Jacob
  Orlando
  La Scène Londonienne
  La promenade au phare
  Correspondance - Virginia Woolf / Vita Sackville-West
  Nuit et Jour

Virginia Woolf, née Stephen, est une romancière anglaise, née à Londres en 1882 . Elle fut élevée dans une ambiance aisée, cultivée et littéraire. Elle publia de nombreux romans et essais. Son premier roman fut "The Voyage Out" et parut en 1915.

Psychologiquement fragile, elle fit plusieurs dépressions et, parce qu'elle craignait de devenir folle, s'est suicidée à Lewes en 1941.

Geneviève Brisac et Agnès Desarthe ont consacré à Virginia Woolf un excellent ouvrage intitulé "V.W. (Le mélange des genres)"; tandis que Michèle Gazier et Bernard Ciccolini nous livraient une biographie de 90 pages en bande dessinée, et Richard Kennedy, un témoignage vécu.

On peut aussi s'intéresser à l'ouvrage intitulé "Les heures" de Michael Cunningham.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Orlando - Virginia Woolf

Transposition multiple
Note :

   Première date de parution en 1928.
   
   
    «Cette biographie que je vais m’amuser à esquisser rapidement pendant une semaine… »
écrit Virginia Woolf, le 5 octobre 1927 dans son Journal à propos d’"Orlando".
   L’œuvre en question fut publiée un an après. Ce récit dont elle comptait faire un divertissement de plume était devenu un chant d’amour à son amie Vita Sackville-West «belle, brillante et inconstante aristocrate» qui lui plaisait jusqu’à la fascination.
   Dans son Journal, elle précise «Une biographie qui commence en 1500 et se poursuivra jusqu’à notre époque, intitulée «Orlando: Vita »; mais avec un changement en cours de route».
   
   
   En 1927, Virginia vient de publier «To The Lighthouse»,(dont le sujet est la mère, en particulier la sienne) et deux ans plus tard, sortira «Une Chambre à soi» (Consacré aux problèmes de la condition féminine). Orlando s’inscrit entre les deux, et se situe à la hauteur de ces grands romans même si ce ne devait être qu’une escapade ou une fantaisie.
   
   L’histoire: Orlando a seize ans en 1500, c’est un aristocrate, favori de la reine Elizabeth. Sous le règne de Jacques Stuart, son successeur, se produit le Grand Gel. La Tamise est prise dans les glaces, un immense carnaval est donné. Orlando y rencontre Sacha, fille de l’ambassadeur de Moscou. Ils vivent une grande passion jusqu’à la fonte des eaux qui autorise les navires à lever l’ancre et à repartir vers leur pays natal. Sacha part sans remords et Orlando se sent trahi. «Les eaux tourbillonnantes s’emparèrent des mots que je hurlais et rejetèrent à mes genoux mouillés un pot brisé et un petit fétu de paille».
   Cet épisode est transposé et autobiographique: c’est Virginia qui, en l’occurrence est représentée par Orlando et Vita par Sacha.
   
   Deux siècles plus tard, Orlando est toujours en deuil de sa passion. Le roi Charles lui offre le poste d’ambassadeur à Constantinople (Vita elle-même y avait vécu avec son ambassadeur d’époux). Un soulèvement met la ville à feu et à sang. Orlando, lui s’endort d’un sommeil comateux, une longue léthargie dans une chambre à l’écart, protégée des conflits. Il se réveille transformé en femme; et cette mutation, dénouement de son chagrin, il la reçoit sans surprise, sans peine et sans souffrance.
   «A tous égards, vous demeurez le même […] le changement de sexe, bien qu’il change l’avenir, ne change en rien l’identité»

   
   Lady Orlando rentre en Angleterre: elle prend la mesure des différences de conduites envers elle-même et de celles que les mœurs de la société lui enjoignent d’observer. Une société qui s’étend sur plusieurs siècles et qu’elle traverse du haut de sa position d’aristocrate lettrée, observant les mœurs avec un détachement amusé et ironique, qui n’empêche pas les réflexions amères sur la condition féminine à laquelle elle ne se plie pas sans mal.
   Nous voilà rendus à l’aube du vingtième siècle, Orlando est mariée à un navigateur qu’elle voit à intervalles lointains ( «Il passe son temps à doubler le cap Horn» ). Elle joue le rôle de l’épouse qui attend, adossée à un chêne, qui dès le début de l’histoire est son principal confident, évoquant «toute la variété de moi » qu’elle a vécu à travers les siècles.
   Le roman s’achève sur cette phrase: «Mais je suis seule».
   Traversé de périodes de gaieté et de tristesse qui se métamorphosent rapidement, le récit s’achève sur la mélancolie.
   
   Dans sa vie, Virginia fut atteinte de dépression au terme d’Orlando.
   Orlando ne ressemble à rien de ce que Virginia a écrit auparavant.
    C’est un roman fantastique (dans le sens de «merveilleux») proche du conte (éternelle jeunesse du héro/ïne, transformation magique) qui épouse au fil des siècles que traverse Orlando beaucoup de formes de récits (picaresque, amoureux, intimiste, comique, psychologique, social…).
   
   Cet hommage à l’amie (même trompeuse) est infiniment plus juste et attrayant que l’hommage à la mère («To The Lighthouse» la Promenade au phare ).
   
   
   PS: Isabelle Huppert a interprété le rôle au cinéma.
   Orlando a également fait l'objet d'une mise en scène théâtrale remarquée.

critique par Jehanne




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