Lecture / Ecriture
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Reposer sous la mer de Riikka Ala-Harja

Riikka Ala-Harja
  Reposer sous la mer
  Le géant
  Tom Tom Tom
  Un hiver aux Canaries

Riikka Ala-Harja est une auteur finlandaise née en 1967.
Elle a écrit des romans, des pièces de théâtre et collabore à l'écriture de scénarios de bandes dessinées.

Reposer sous la mer - Riikka Ala-Harja

La folie et la bravoure, aider et encourager
Note :

   Un coup de cœur tout à fait inattendu pour ce roman arrivé entre mes mains par hasard.
   
   Riikka Ala-Harja est une auteur finlandaise installée en Normandie depuis quelques années. "Reposer sous la mer" est son second roman, écrit alors qu’elle vivait encore en Finlande. Elle nous y raconte l’histoire d’Ida, jeune femme noire adoptée par Kati, militante syndicaliste, femme solitaire et libre. C’est Ida qui parle. Elle a trente ans. Elle pratique depuis peu la plongée sous-marine, elle est sans homme, sans emploi, un peu paumée mais pas dépressive, courageuse et honnête plutôt.
   
    Un livre m’a rarement permis d’enfiler aussi bien la personnalité et l’histoire de quelqu’un d’aussi différent de moi. C’est, je crois, ce qui m’a le plus bluffée dans ce roman. J’ai été pendant quelques heures une jeune femme noire couturière, moi qui ne suis ni jeune, ni noire, ni capable de coudre un ourlet de façon satisfaisante. Je ne parle pas de l’expérience de plongée y compris sous glace, que j’ai faite avec un réalisme totalement crédible, moi qui ne nage même pas. Riikka Ala-Harja a vraiment un don étonnant pour nous faire pénétrer et voir de l’intérieur le monde de ses personnages. Je le répète, c’est bluffant. Normalement, comme la plupart des lecteurs, j’ai tendance à rechercher et m’intéresser plutôt à ce qui m’est proche; là, je me suis retrouvée ailleurs et autrement, affrontant une problématique qui d’ordinaire m’échappe… et fort satisfaite de ce qui m’arrivait.
   
   A noter en clin d’œil qu’Ida va vivre à Berlin où elle doit s’adapter alors qu’elle ne parle absolument pas la langue… et que c’est exactement ce qui arriva aussi plus tard à l’auteur elle-même quand elle vint vivre en France.
   
   Pour l’instant, deux autres romans de cette auteur sont traduits en français et je ne vais pas tarder à les lire. Il y a quelque chose de tout à fait singulier et intéressant dans sa manière d’écrire et dans la vision du monde qu’elle nous présente, et je ne vais pas m’arrêter là dans mon exploration.
   
   Ce livre, "Reposer sous la mer" a inspiré un film du même titre que j'ai pu voir 2 ou 3 semaines après avoir lu le roman, ce qui est la conjoncture idéale à mes yeux. J'ai été très mécontente de ce film que j'ai vu comme une totale trahison du roman. L'histoire n'est pas respectée, ni même les personnages (pourquoi dans ce cas conserver le titre qui n'a d'ailleurs plus aucun sens?) et toutes les modifications vont dans le sens d'un appauvrissemnt de la vision du monde et d'un manichéisme simplificateur. Beurk!
   
   
   Extraits :
   
   - Chez nous, on vit en solo, ce n’est pas dans les mœurs de la famille d’avoir un compagnon attitré, pour moi non plus, donc. Est-ce si bizarre ou si extravagant? Dans les magazines et à la télé, tout le monde est soit en train de vivre soit sur le point de vivre une relation de couple, d’un genre ou d’un autre, mais moi pas. ( p. 16)
   
   - Kati n’a que ça à la bouche, un paradis terrestre à portée de main si tout le monde se rendait compte que c’est dans l’égalité des êtres humais que se trouve la clé de son accomplissement.
   Ceci dit, je n’aime pas les idées collectives, j’aime mieux gamberger en solo. ( p. 64)
   
   - Tout ne se déroule pas non plus à merveille pour les autres. Les histoires de ce genre font tourner le monde, irrationnelles, futiles, absurdes. ( p. 160)
   
   - Plonger, se sentir réconfortée: légère, muette, en apesanteur. Si on pleure, ça ne se voit pas. Dans l’eau tout est léger, froid et silencieux. ( p. 202)
   
   - Sans aide, je ne serais pas sortie vivante de la plongée sous glace. Sans le thé et la sollicitude de F, je n’aurais pas tenu le coup. ( p. 226)
   
   - Il est possible d’approcher du paradis. Avec de la folie, de la bravoure et des encouragements. ( p. 243)

critique par Sibylline




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