Lecture / Ecriture
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Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia

Jean-Michel Guenassia
  Le club des incorrigibles optimistes
  La vie rêvée d'Ernesto G.
  Trompe-la-mort
  La valse des arbres et du ciel

Jean-Michel Guenassia est un écrivain français, né en 1950 à Alger.

Le club des incorrigibles optimistes - Jean-Michel Guenassia

Un premier roman très réussi
Note :

   Prix Goncourt des Lycéens 2009
   
   
   Mais qui sont ces optimistes qui hantent les 750 pages de ce premier roman? Tout simplement des immigrés fuyant l'Europe de l'Est au temps de la guerre froide, lorsque les écrivains -Camus, Sartre, Kessel- commençaient à se poser des questions face à la rigueur du communisme soviétique -une belle idée il est vrai-, et qu'ils se retrouvaient dans l'arrière salle d'un café parisien pour écrire ou jouer aux cartes.
   
   C'est en suivant la vie de Michel, âgé de 12 ans en 1959, que nous savourons cette épopée d'un temps et d'un monde bel et bien révolu, l'époque du rock'n roll et de la guerre d'Algérie.
   
   Lecteur compulsif et fan de baby-foot "le baby foot c'est comme le vélo, cela ne s'oublie pas", cet attachant jeune garçon, lycéen à Henri IV, rencontre des gens qui ont tous passé le rideau de fer pour sauver leur vie, en abandonnant travail, famille, amis, patrie. Et à Paris c'est auprès des intellectuels, grâce à qui ils trouvent parfois des traductions à faire, de quoi gagner un peu d'argent pour pouvoir manger, que ces réfugiés politiques vont tenter de survivre, en faisant de mémorables parties d'échecs et en gardant un optimisme à toute épreuve. L'heure n'est pas à l'amertume ni aux regrets mais plutôt aux regards tournés vers l'avenir et vers un monde meilleur.
   
   Un premier livre très réussi, qui reconstitue bien cette époque, fait le portrait d'une génération bien différente de celle d'aujourd'hui et des préoccupations actuelles, tout en ayant un regard bienveillant sur la période de l'adolescence qui, elle, est universelle: les relations de Michel et son frère avec leurs parents aux milieux si différents, son incompréhension face aux choix politiques et amoureux de ce frère à la fois si proche et si lointain, son premier coup de cœur amoureux -superbe-, les conflits de génération, la découverte d'un monde qu'il essaie de comprendre. On s'y croirait, on aurait envie d'y être.
   
   Livre politique qui ne fait pourtant pas de politique, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, dont je trouve le titre par ailleurs magnifique. Je l'ai savouré par petites touches, sans jamais perdre le fil des magnifiques personnages et moments qui le parcourent.
   
   Prix Goncourt des lycéens 2009
    ↓

critique par Clochette




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De l’Optimisme à doses initiatiques
Note :

   « Je préfère vivre en optimiste et me tromper, que vivre en pessimiste et avoir toujours raison »( Anonyme)
   
   Cet exergue en guise de préliminaire pourrait suffire à résumer la «substantifique moelle» de ce roman. Mais ce serait vous priver de moments délicieux passés en tête à tête avec le narrateur et la riche compagnie dont il s’entoure… Mieux vaut prendre le temps de lire ces pages en les dégustant comme il convient.
   
   Il s’agit là encore d’un premier roman édité par un auteur de 59 ans! En réalité Jean Michel Guenassia n’est pas un débutant en écriture, puisqu’il a signé au cours de sa carrière quelques scénarii pour la télévision ainsi que des pièces de théâtre, sans compter un roman policier publié en 1986. En cela, son écriture est celle d’un écrivain confirmé, au style direct, au poids des mots justement pesé; au fil des sept cent cinquante pages l’ensemble coule avec beaucoup d’aisance, le roman se quitte à regret.
   
   Le récit s’organise comme la chronique de la vie d’un jeune garçon, d’Octobre 1959 à Juillet 1964. Michel Marini, le narrateur, revient sur les années décisives de son adolescence, après les retrouvailles tardives d’un ami perdu de vue. Cette rencontre ravive le souvenir d’une période capitale dans la formation du narrateur, quatre années riches d’événements historiques et familiaux…
   
    Michel habite avec sa famille le quartier latin et suit les cours du fameux lycée Henri IV. Sa mère intransigeante «porte la culotte», son père, plus souple, arrondit parfois les angles, et Michel souffre d’une éducation où les préoccupations professionnelles de ses parents sont accentuées par la rigueur ambiante. Il affiche sa rébellion précoce en escapades buissonnières qui le mène de son lycée, H IV, jusqu’à ce bistrot de la place Denfert- Rochereau, le Balto, où il rencontre les membres de ce mystérieux Club aux règles tacites et incontournables. Cependant, la vie du jeune Michel n’est pas seulement consacrée au baby-foot et aux échecs, ainsi qu’aux efforts pour éviter le surveillant général de son sélect lycée; comme tout jeune homme, d’autres émotions le guettent: histoires de famille compliquée,concernée directement par la tournure des événements en Algérie . Michel a un grand frère, Franck, qu’il admire infiniment, comme tout cadet qui se respecte. Pourtant, le parcours de cet aîné et la fréquentation de ses amis Pierre et Cécile constituent également pour le narrateur une ouverture sur le monde en même temps que la confrontation aux circonstances historiques qui bouleversent la France en cette période particulière. L’adolescent explore les multiples facettes de l’amitié, expérimente à la fois la solidarité et la complicité compassionnelles, la trahison et les meurtrissures de l’amour, autant d’initiations grandeur nature qui forgent son passage à la maturité.
   
   Voilà les éléments qui nourrissent ce récit vif et coloré, sensible et dense. Si Jean Michel Guenassia saisit le point de vue d’un adolescent, il démontre habilement comment la fréquentation des membres du Club des Incorrigibles Optimistes constitue un contrepoint déterminant dans son initiation à la complexité du monde. Il parvient à embrasser sans fausse naïveté les arcanes de ce groupe d’hommes lestés d’expériences amères, qui tentent de transmettre leur Optimisme, comme un ultime sursaut contre l’adversité… De ce fait, le déracinement des membres du Club est traduit avec véracité aux limites du cynisme et d’une autodérision qui rafraîchit le récit et nous attache à ces personnages originaux.
   
   En filigrane de ce récit personnel, Jean Michel Guenassia dresse un tableau percutant de la période, de la fascination pour le rock’n roll aux sursauts engagés des intellectuels, des drames de la décolonisation aux fractures politiques du bloc de l’Est, tout est humainement rapporté par le regard généreux d’un écrivain qui était alors à peine plus jeune que son personnage.
   
    Je vous invite donc à la lecture de cet ouvrage dense qui se lit avec passion.
    ↓

critique par Gouttesdo




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Une gentille chronique…
Note :

   Ce roman a reçu le prix Goncourt des lycéens, et c’est ce qui m’a incitée à le lire. J’aime bien savoir ce que ces chères têtes blondes que je fréquente tous les jours apprécient en matière de lecture. Vous me direz que je n’ai qu’à leur poser la question, mais par malchance, mes élèves ne lisent quasiment pas de LIVRES, les lectures obligatoires pour le bac mises à part… et encore!
   
   Que le jury des lycéens ait choisi ce roman ne m’étonne guère car le personnage principal et narrateur, Michel Marini, nous raconte son adolescence parisienne avec tout ce que cela comporte de découvertes, influences, déceptions et autres galères familiales ou scolaires.
   Ce qui est intéressant, c’est que cette adolescence se déroule au début des années soixante, sur un fond de guerre d’Algérie qui vient perturber la vie de la famille de Michel. Plaisant également, le "club des incorrigibles optimistes", un club de joueurs d’échec, tous réfugiés de pays de l’Est (d’Union soviétique surtout) et qui a comme quartier général le "Balto", un café fréquenté sporadiquement aussi par Sartre ou Joseph Kessel.
   
   Notre Michel devient en quelque sorte la mascotte de ces gens. Il nous raconte leur destinée souvent tragique et dont il ne comprend pas toujours les tenants et les aboutissants. Ce n’est qu’en vieillissant et en mûrissant qu’il arrive à assembler doucement les morceaux du puzzle.
   
   Une gentille chronique donc, une lecture distrayante qui ne demande pas beaucoup d’efforts. Mais pour moi, cela s’arrête là. Pas de quoi fouetter un chat.
   ↓

critique par Alianna




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Le titre est plus gai que l'histoire
Note :

   Je ne reprendrai pas l'histoire cela ayant déjà été fait plus haut, pour entamer sans plus attendre mon commentaire de lecture.
   
   La première réflexion, une fois tournée la dernière page, est que j'ai vraiment passé d'excellentes heures avec ce roman dont les plus de 700 pages ne m'ont jamais paru trop longues. C'est que l'imagination de J-M Guenassia est suffisamment vigoureuse pour les approvisionner toutes de peintures, d'aventures, de réflexions et de découvertes les plus diverses. A travers le récit de toutes ces vies peu paisibles et pleines de drames et de passions, ainsi que de la sienne propre, le jeune héros nous fait découvrir toute l'histoire du 20ème siècle de cette Mitteleuropa qui y fut si agitée. C'est d'une part le monde des Français de métropole et celle des Pieds-Noirs qu'il nous montre, du côté de sa famille. Et du côté du café de lycéens qu'il fréquente (ça se faisait alors, cela ne se fait plus je crois) le monde des émigrés russes (les blancs, les rouges), tchèques, polonais, roumains, hongrois... j'en oublie peut-être, exilés plus ou moins volontaires, pauvres, nostalgiques, et tous jouent aux échecs (ce qui est communément considéré comme un signe d'intelligence).
   
   Michel pourtant, lui, joue aussi -et mieux- au babyfoot, c'est qu'il va nous présenter de son côté cette génération qui connaitra tant de bouleversements sociétaux et arrivera bientôt à 1968... Ah! On revoit le vieux Teppaz, les jukebox, les pions (espèce disparue il me semble et on se demande pourquoi il y a du chahut dans les collèges...)
   
   Ce roman étonne par la richesses et le nombre des univers mis en place. Il comble le lecteur le plus gourmand.
   
   On aurait pu envisager que J-M Guenassia, pour son second roman, reprenne le personnage de Michel en le faisant vieillir un peu pour nous le présenter justement en 1968, mais cela aurait été très casse-gueule car il aurait dû le situer parmi les clivages politiques de l'époque et s'enliser dans ces sectarismes exacerbés qui n'ont plus de sens aujourd'hui tout en gardant leur pouvoir toxique. Le lecteur de notre 21ème siècle n'aurait pu l'y suivre de bon cœur. Heureusement, le second roman est tout autre, mais on y retrouve notre Europe de l'Est dont l'auteur semble tout connaître.
   
   
   Citation :
   
   "On ne raconte pas aux enfants ce qui s'est passé avant eux. D'abord ils sont trop petits pour comprendre, ensuite ils sont trop grands pour écouter, puis ils n'ont plus le temps, après c'est trop tard."

critique par Sibylline




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