Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Mygale de Thierry Jonquet

Thierry Jonquet
  Mon vieux
  Le manoir des immortelles
  J comme: La vie de ma mère
  La bête et la belle
  Mygale
  Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte
  Le bal des débris
  400 coups de ciseaux

Thierry Jonquet est un écrivain français de romans policiers, né à Paris en 1954 et mort en 2009.

Mygale - Thierry Jonquet

Arachnophobie
Note :

   Après "La bête et la belle", je continue ma découverte tardive de Thierry Jonquet avec ce titre qui lui a valu beaucoup de bons billets ces derniers temps. Aussi étais-je prévenue: avec "Mygale", c’est l’aller simple pour le cauchemar.
   
   Trois fils narratifs ouvrent ce roman: Richard Lafargue, médecin spécialisé en chirurgie esthétique vit avec Eve qu’il maltraite et insulte; Vincent, jeune motard, est suivi une nuit en forêt, enlevé et séquestré par un inconnu; Alex, blessé par balle et planqué en Provence suite à un cambriolage doublé d’un meurtre. Ces trois histoires vont se rejoindre, pour leur plus grand malheur à tous.
   
   Il n’est pas aisé d’écrire sur ce roman car il ne faut pas en dire trop pour laisser au lecteur le plaisir de la découverte, d’assembler le puzzle que nous propose Thierry Jonquet. Les détails s’accumulent, et petit à petit, on comprend. Le ressort principal est la vengeance mais l’intérêt est ailleurs. Thierry Jonquet expose une fascination malsaine pour les corps et la mutilation qui met mal à l’aise. Et pourtant, le lecteur ne ferme pas le livre, il n’obéit pas au sentiment de répulsion qui le saisit car comme Vincent, il est pris dans les rets de Mygale, cet homme-araignée qui tisse sa toile autour de lui, son plan machiavélique. Forte de mon expérience avec "La bête et la belle", je m’attendais à quelque chose dans ce goût-là, ayant de plus écouté l’émission hommage de «Mauvais genre» qui lui a été consacré il y a peu.
   
   "Mygale" est une histoire de souffrance et de folie, celles qui ne se voient pas, cachées par la fortune et le statut social, la folie froide, enfermée dans un cerveau malade mais encore assez fort pour continuer à paraître. C’est glaçant et très inquiétant. Dérangeant aussi.
   ↓

critique par Yspaddaden




* * *



Pervers et tordu
Note :

   Film de Pedro Almodóvar : La piel que habito
   
   
   Almdovar s'inspirant de Thierry Jonquet, voilà un duo assez inattendu et intrigant. Pour garder toute la saveur des deux œuvres, j'ai décidé de démarrer par le livre de Jonquet avant de voir le film d'Almodovar. Et si les deux œuvres racontent à peu près la même histoire (avec un ajout dans le film), les deux sont empreintes des lubies des deux artistes : une œuvre à suspens, très perverse chez Jonquet, quelque chose de plus doux, avec l'introduction de la figure de la mère, thème cher à Almodovar. Mais pour les deux, un vrai plaisir pour le lecteur ou le spectateur.
   
   Il va être compliqué de parler des deux œuvres, de leurs ressemblances et différences sans dévoiler tout l'intérêt de l'intrigue. Mais essayons tout de même, et de manière chronologique.
   
   Chez Jonquet, on trouve au centre de l'histoire le personnage de Mygale, Richard Lafargue,chirurgien esthétique qui séquestre chez lui une femme. C'est cette femme qui lui a donné ce surnom, lors des premiers jours de son enfermement. Le médecin a une fille (on se sait rien, il me semble, de sa femme), internée en asile psychiatrique. Peu à peu, on découvre les raisons de la maladie de sa fille, et la véritable identité de cette femme enfermée. En parallèle, on suit les déboires d'un paumé qui cherche à se faire de l'argent, et jette son dévolu sur celle qu'il prend pour la femme de Mygale. Il cherche donc à l'enlever pour récupérer une rançon. Deux histoires qui finissent par se rejoindre pour se finir assez abruptement, laissant le lecteur en plein questionnement face aux choix complexes des personnages. Un roman troublant.
   
   Almodovar choisit d'ajouter une suite à l'histoire de Jonquet et transforme assez radicalement le personnage de la femme enlevée. Elle perd de son aspect manipulateur, très présent chez Jonquet, mais conserve une rage de vengeance. Autre changement, Almodovar adoucit le fin de cette histoire, avec une pointe d'optimisme. Surtout, il donne au médecin une raison d'agir, cherchant à créer une peau résistante aux brûlures, et il introduit deux personnages, celui de la mère de Mygale, et celui de sa femme, à l'origine de cette funeste histoire.
   
   Au final, ce sont deux œuvres bien différentes qui sont présentées, à la fois dans leur fond, mais aussi dans la forme. Chez Jonquet, on ressent un univers poisseux, sombre, avec beaucoup de scènes se déroulant la nuit. Almodovar donne à son film un aspect beaucoup plus clinique, chirurgical, avec un médecin qui fait de vraies interventions, et un détachement des personnages. Almodovar a pris chez Jonquet la trame pour la transposer dans son univers (il n'y a pas chez Jonquet de frère bandit déguisé en tigre, mais bien un petit escroc qui a une toute autre fonction dans la narration). Jonquet est au final bien plus pervers et tordu et son livre risque de laisser plus d'images au lecteur que le film, très intéressant et bien fait, mais presque un peu trop mélo.
   
    Néanmoins, ne boudez pas votre plaisir si vous pouvez associer les deux œuvres!

critique par Yohan




* * *