Lecture / Ecriture
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Manhattan nocturne de Colin Harrison

Colin Harrison
  Manhattan nocturne

Colin Harrison est un écrivain américain né à Philadelphie en 1960.

Manhattan nocturne - Colin Harrison

Page turner
Note :

   Porter Wren est chroniqueur de faits divers dans un journal new yorkais. Rien à voir avec la rubrique des chiens écrasés parce que comme chacun sait,. Et des dangers, il va en rencontrer après avoir croisé la route de la très belle Caroline Crowley, jeune femme énigmatique qui le séduit et devient l’objet de son premier adultère. Mais que veut-elle vraiment? Elle a été l’épouse d’un très célèbre réalisateur d’avant-garde, Simon Crowley, dont le corps a été retrouvé dans les décombres d’un immeuble démoli. L’enquête n’a jamais abouti. Il a légué à Caroline une série de cassettes vidéo qu’elle tient enfermées dans un coffre et qu’elle décide de montrer à Porter Wren. Par dizaines, il a filmé des instants de vie, souvent violents, sexuels, mettant en scène les ratés de la société, ou son gratin.
   
   Séduit par Caroline autant que par le mystère qui plane autour de la mort de son défunt époux, Wren plonge dans cette histoire qui va l’emmener très loin, vers d’autres cassettes et vers des personnages qui ont beaucoup à cacher et sont pour cela prêts à tout. Et le lecteur de le suivre dans cette enquête minutieuse, passionnante et extrêmement bien construite. Dès les premières phrases du roman, le voilà accroché sans espoir de pause avant de savoir le fin mot de l’histoire:
   «Je vends le meurtre, la mutilation, le désastre. Et ce n’est pas tout: je vends la tragédie, la vengeance, le chaos, le destin. Je vends les souffrances des pauvres et les vanités des riches. Les enfants qui tombent des fenêtres, les rames de métro qui flambent, les violeurs qui s’éclipsent dans la nuit. Je vends la colère et la rédemption.»

   
   La narration est très bien maîtrisée et les petites phrases traditionnelles faites pour appâter le lecteur (du genre «j’ignorais alors que, plus tard, j’allais avoir besoin de son aide» ), si maladroites dans les romans médiocres, sont ici autant de stimulations qui poussent à ne pas interrompre sa lecture. Les fils de l’histoire s’emmêlent, semblent en former plusieurs, pour finalement nouer plusieurs destins, ceux des riches et des pauvres, comme en ricochet, comme dans la vie.
   
   Les personnages sont tous très justes, des principaux aux secondaires, comme Joséphine, la femme noire qui garde les enfants des Porter ou Ralph, l’ermite philosophe. Tous ont une histoire et en acquièrent une épaisseur telle qu’il semble qu’on pourrait les rencontrer en se promenant dans les rues de cette ville fascinante, que l’on découvre à travers ses dîners chics, ses quartiers sombres et jusque ses souterrains où la vie grouille aussi. Mais c’est bien sûr le narrateur, Porter Wren, qui tient tout le roman par son verbe, ses doutes, ses investigations. Ni désabusé ni désespéré, c’est juste un homme qui cherche la vérité et qui va découvrir bien plus sur lui-même et la nature humaine qu’il ne l’aurait au départ souhaité. Il est attachant cet homme-là, malgré ses faiblesses ou à cause et même s’il décide, au final, dans la plus parfaite mauvaise foi masculine de ne pas parler de sa liaison à sa femme: «peut-être suis-je foncièrement lâche, mais je préfère garder ma culpabilité pour moi plutôt que d’obliger ma femme à l’affronter» . Ben voyons…
   
   J’ai dévoré ce livre, captivée par l’ambiance et les personnages.
   
   
   Titre original : Manhattan nocturne, publication aux Etats-Unis : 1996
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critique par Yspaddaden




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Peuvent-ils tout se permettre?
Note :

   Ne sommes-nous plus désormais qu’une société d’assassins et de complices?
   
    C’est la question finale que nous lance Porter Wren, le journaliste new yorkais, père de famille et époux modèle, narrateur de cette histoire peu reluisante où se mêlent comme d’habitude dans les romans noirs actuels, grandes fortunes et bas-fonds, pouvoir, haute finance, sexe, drogues, orgies et meurtres en direct et en vidéo sur fond de Manhattan nocturne, d’où l’on s’échappe au plus vite, au bon moment, vers d’autres cieux plus anonymes et où l’on reviendra quand les feux éphémères de l’actualité se seront apaisés. Le tout grâce à la passivité des foules blasées et impuissantes dans ces grandes mégapoles internationales où se réfugient les puissants du moment pour faire oublier leurs turpitudes et mieux resurgir quelques mois après leurs méfaits, plus forts et plus méprisants que jamais.
   
   L’intrigue est celle d’un journaliste heureux dans son métier et dans sa vie familiale. Il est estimé par ses collègues, suivi par ses lecteurs. Il aime et admire sa femme, chirurgien réputé, il adore ses deux enfants, seulement voilà il tombe fou amoureux d’une femme fatale forcément dangereuse qui l’entraîne dans une poursuite de vidéos compromettantes où l’on voit des meurtres récents de policiers et d’hommes d’affaires. Il met évidemment sa famille et son entourage en danger, il en est conscient mais sous l’emprise de la belle tentatrice dont le métier est de piéger les hommes de pouvoir, il perd véritablement la tête. En ce sens ce n’est pas vraiment un personnage très sympathique!
   
   Heureusement l’essentiel du livre est ailleurs et si je l’ai beaucoup aimé, c’est parce que j’y ai trouvé des pages éblouissantes sur la ville la nuit, ses atmosphères, ses vagues à l’âme, les êtres solitaires qui s’y regroupent, ses monstres et ses morts, l’angoisse emblématique des soirées vides et des petits matins blêmes, les excès et les manques et par-dessus tout cette célérité et cette frénésie de chaque instant.
   
   "Où commence et où finit toute cette histoire? Est-ce l’histoire de Simon? L’histoire d’un jeune garçon devenu un brillant réalisateur devenu un cadavre? L’histoire d’un homme d’affaires coréen traînant en justice un vieil avocat juif et son épouse? D’une chirurgienne qui prit la peine de déposer un smoking dans la voiture de son époux pour qu’il puisse assister à une réception? D’un pauvre truand de Ray Ridge qui, parce qu’il a un jour tiré sur un enfant de dix-huit mois, a fini poussé par la police dans un escalier, se cassant les deux bras et quelques dents? Ou bien est-ce l’histoire de la veuve de l’agent Fellows, qui, après avoir appris par la police qu’on venait d’appréhender l’assassin de son époux est allée sangloter dans sa cuisine? Ou encore l’histoire d’un milliardaire obèse et vieillissant qui a ouvert son cœur à une ravissante femme un soir dans une chambre d’hôtel de New York et a fini un jour par le regretter?
   Il ne s’agit que d’une seule et même histoire."

critique par Mango




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