Lecture / Ecriture
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L'Affaire des Poisons de Jean-Christian Petitfils

Jean-Christian Petitfils
  L'Affaire des Poisons
  Le frémissement de la grâce

Jean-Christian Petitfils est un historien et écrivain français né en 1944.

L'Affaire des Poisons - Jean-Christian Petitfils

Poison running through my veins
Note :

   Je lis assez peu de livres historiques (à savoir un par an les années de pointe), mais j'ai le don de choisir des sujets pour le moins particuliers, comme l'affaire des poisons qui a largement occupé bourreaux et autres tortionnaires au temps du Roi Soleil. Car voilà l'un des aspects marquants de ma lecture de L'Affaire des Poisons, Crimes et Sorcellerie au temps du Roi-Soleil, où les procès-verbaux sont souvent détaillés.
   
   Jean-Christian Petitfils y rend tout d'abord compte de plusieurs faits divers, avec les procès retentissants de plusieurs empoisonneurs, précurseurs d'une enquête aux ramifications interminables.
   
   Le 16 juillet 1676 est exécutée en place de Grève la Marquise de Brinvilliers (qui, par égard pour sa condition, aura simplement la tête coupée). Coupable d'avoir envoyé son père et ses frères au Paradis avant l'heure, la marquise est un personnage assez fascinant, dont les crimes ont été mis au point avec une rigueur et un calcul qui feront sans doute sourire les plus cyniques: ayant expérimenté un poison sur des animaux, "elle se fit alors infirmière bénévole, rendant visite aux pauvres de l'Hôtel-Dieu, s'asseyant à leur chevet, sourire aux lèvres, et les réconfortant avec des tisanes aux vertus calmantes, des pâtés, un peu de vin ou des friandises, comme de la confiture de groseille" (p36). Lorsqu'elle peut enfin mettre en pratique ses talents d'empoisonneuse sur un sujet plus intéressant, la marquise se rend au chevet de son pauvre père et l'assiste avec une piété toute filiale alors qu'une maladie l'emporte brutalement, lui laissant tout de même le temps de "coucher sur son testament sa chère enfant". Plus tard, lorsqu'elle est arrêtée, elle tente de mettre fin à ses jours par divers moyens, dont un des plus curieux: "Elle s'était fichée un bâton, devinez-où, écrivait Emmanuel de Coulanges à Mme de Sévigné" (p44).
   
   Ce cas constitue en quelque sorte une introduction avant que n'éclate le scandale de l'affaire des poisons. Suite à plusieurs arrestations et quelques séances de question extraordinaire, les langues se délient et les empoisonneurs dénoncent leurs complices, leurs rivaux et leurs clients, accusant plusieurs membres de la noblesse, y compris une suivante de Madame de Montespan, de s'être approvisionnés chez eux pour parvenir à leurs fins et, dans certains cas, pour s'approcher de la couche du Roi. Suivie par une commission d'enquête spéciale, l'affaire prend une importance inattendue.
   
   Outre l'affaire en elle-même, qui ne manque pas d'intérêt, ce livre permet de découvrir l'époque de Louis XIV sous un autre angle, plus sociologique. On découvre ainsi une société extrêmement superstitieuse, qui se montre à l'Eglise le dimanche pour se rendre le lundi auprès d'une diseuse de bonne aventure quelconque, où l'alchimie est "pratiquée" au sein des différentes couches de la société. Les messes noires ne manquent pas et les complots familiaux sont eux aussi légion. Puisqu'il est facile de se procurer du poison, le règlement des conflits familiaux et l'élimination des rivaux ont une solution toute trouvée.
   
   "Lorsque les prières se révélaient inefficaces, on recourait à la magie blanche pour forcer le destin. Les devins (...) concoctaient des philtres d'amour composés de substances provenant du corps de celui ou celle dont on voulait obtenir les bonnes grâces: rognures d'ongles, sang, sueur, urine, sperme. Les militaires appréciaient un talisman qui leur permettaient de revenir sains et saufs du combat. Pour conjurer le mauvais sort, les joueurs se procuraient «une main de gloire», c'est-à-dire la main coupée et desséchée d'un pendu" (p20).

   
   Plusieurs anecdotes amusantes ponctuent également le récit: "Un garçon étant tombé en apoplexie au faubourg Saint-Antoine, la justice soupçonna qu'il était mort empoisonné. Elle voulut le faire autopsier mais, au premier coup de rasoir, l'homme revint de son assoupissement" (p125).
   
   Quelques termes employés par l'auteur pour qualifier les criminels et les habitants des quartiers populaires m'ont gênée par leur parti pris (si le but est de rendre compte des termes de l'époque, la tournure laisse penser qu'il s'agit ici de termes choisis par l'auteur): "ces gueux qui faisaient bouillir du mercure au fond d'un misérable bouge", "ce sinistre bouffon", "qui vivait publiquement avec deux traînées".
   
   Au final, un livre qui se lit très facilement et qui offre un panorama assez complet sur le contexte dans lequel s'est déclenchée l'affaire des poisons, et sur les tenants et aboutissants de l'affaire en question. Si le sujet vous intéresse, n'hésitez pas à vous procurer ce texte!

critique par Lou




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