Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La Religion de Tim Willocks

Tim Willocks
  Green River
  La Religion
  Les douze enfants de Paris
  La mort selon Turner

Tim Willocks est né en 1957. Grand maître d’arts martiaux, il est aussi chirurgien, psychiatre, producteur et écrivain. Scénariste, il a travaillé avec Steven Spielberg et Michael Mann. Souvent comparé à James Ellroy ou Norman Mailer, il est l’auteur de six romans dont plusieurs sont traduits en français. Il vit en Irlande.
(source l'éditeur)

La Religion - Tim Willocks

Au temps de Soliman le Magnifique et des Chevaliers de Malte
Note :

   Après avoir lu Willocks une première fois j’étais déjà bien accrochée, avec ce roman je suis restée verrouillée à ma lecture pendant les 3 jours d’un week end par chance très pluvieux.
   
   Je vous embarque au temps de Soliman le Magnifique, des Chevaliers de Malte, des batailles entre la croix et le croissant, au temps des cimeterres, des épidémies de peste, des dames aux atours magnifiques, un temps où le fanatisme et la cruauté étaient monnaie courante. Apprêtez-vous car les aventures seront sanglantes, horribles, magnifiques, périlleuses et vous n’aurez aucune seconde de répit. Vous êtes prêt?
   
   Saluez Matthias Tanhauser le héros de cette épopée, un peu allemand, un peu hongrois, à cette époque-là les frontières sont floues, c’est le gentil de l’histoire, gentil mais n’hésitant pas à couper quelques têtes si nécessaire. Enlevé très jeune à sa famille, il a été élevé à la cour Turque et il a fait partie des redoutables Janissaires. Devenu un homme de tolérance il a des amis dans les deux camps.
   
   Un héros ne va jamais seul, Don Quichotte et Sancho, Sherlock et Watson ...Matthias est donc flanqué de Bors, anglais de souche, soiffard, trousseur de jupons, voleur à ses heures, trafiquant d’opium, mais ami fidèle et combattant féroce.
   
   Malte en 1565 est tenue par les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem dits «La Religion» mais que font nos héros ici, sur cette île, convoitée par Soliman qui va en faire le siège pendant 4 longs mois?
   Ils sont là pour les beaux yeux de Carla une belle comtesse qui cherche désespérément Orlandu, le fils qu’on lui a enlevé tout bébé et qui maintenant âgé de 15 ans est peut être à Malte. Elle est accompagnée d’Amparo, jeune et belle jeune femme aux pouvoirs inquiétants.
   Et comme dans tous les romans épiques il y a un méchant, il est rattaché à l’Inquisition, il est ignoble et fourbe et va tout faire pour empêcher le fils et la mère d’être à nouveau réunis.
   
   Willocks se sert très habilement de l’histoire de ce siège, qui vit s’affronter 40 000 turcs et 9000 chevaliers venus de toute l’Europe pour faire barrage aux Infidèles, pour nous faire courir du Fort Saint Elme au Fort Saint Ange, nous introduire la nuit sous les tentes de Soliman, visiter les cachots de l’inquisition, voir les têtes des chevaliers rouler dans la poussière, chercher un bateau pour fuir, soigner les blessés ... et de temps en temps s’accorder une pause romantique!
   
   Le récit est enlevé et coloré, cette vitalité et ce souffle font la force du roman dans lequel, malgré la furie guerrière, la poésie la tendresse ne sont pas absentes.
   
   Très efficace, de la très bonne littérature populaire au meilleur sens du terme avec des héros à la Dumas, des personnages attachants et vivants, des péripéties palpitantes, une construction sans faille Bref le livre à mettre de côté pour les vacances!
   
   De la trilogie "Mattias Tannhauser", nous n'avons encore que 2 volumes:
   La Religion (Malte)
   Les Douze Enfants de Paris (Saint-Barthélemy)

   ↓

critique par Dominique




* * *



M.Willocks je vous accuse
Note :

   M. Tim Willocks, écrivain, je vous accuse d'avoir du talent et de l'imagination. Je vous accuse d'avoir écrit un très bon livre, La Religion. Mais, car il y a un mais, je vous accuse aussi d'emportement, de débordement, de scriptorrhée. Et je vous accuse d'avoir abusé de la chose qui m'est la plus précieuse, mon temps. Vous croyez que je n'ai que ça à faire, de lire vos 951 pages sur les quelques mois du siège de Malte par les Turcs en 1565? Et ce n'est pas parce que votre roman est formidable que vous allez vous en sortir comme ça.
   
   La Religion, c'est le nom que se donnait l'ordre des Chevaliers de Malte, des moines-soldats aussi à l'aise dans la prière que dans l'éviscération. Tannhauser est le guerrier que l'on suit pendant ces évènements, Allemand enlevé très jeune par les Ottomans pour devenir janissaire. Devenu commerçant c'est comme expert en art militaire que le Grand Maître de l'ordre, La Valette, le mande sur l'île de Malte pour aider à sa défense. Les Chevaliers sont en nombre très inférieur aux Turcs. Passionné d'histoire j'ai trouvé, Tim Willocks, que vous dynamitiez le genre un peu ronronnant. Mais tout de même ça m'a bouffé pas mal de temps.
   
   Cela dit c'est du grand art pour lequel il faut être armé comme un chevalier, ce qui est parfois lourd, pour apprécier cette magistrale aventure. D'estoc et de taille ça démembre et ça décapite sérieux, tant côté turc que côté chrétien. Très documenté mais aussi associant verdeur poétique et réflexion tant sur le pouvoir que sur Dieu, "La Religion" mérite le détour et l'on comprend mieux les enjeux méditerranéens de l'Histoire. Evidemment la charogne plane sur tout le roman, naufrage d'entrailles et de sang, dont vous M.Willocks, ne nous épargnez aucun détail. Vous étiez chirurgien, ai-je lu? Il en reste manifestement quelque chose. Mais ne m'en veuillez pas, cher docteur auteur, si je ne vous accompagne pas pour le deuxième tome de votre trilogie qui traite de la saint Barthélémy, Les douze enfants de Paris, ni pour le troisième, encore à venir, je crois. Matthias Tannhauser est pourtant une belle figure romanesque. Mais voyez-vous, le temps, ce barbare, m'oblige à choisir entre vous... et le reste du monde. Et bravo pour cette œuvre fleuve, cet ouragan sur Malte, etc.
    ↓

critique par Eeguab




* * *



Aimez-vous les uns, les autres
Note :

   "La Religion, c'est le nom que se donne l'ordre des Hospitaliers, mais c'est aussi la bannière sous laquelle se rallie parfois la folie des hommes. En 1565, claustrés sur leur petit archipel au sud de la Sicile, les chevaliers de Malte s'apprêtent à recevoir les furieux assauts de l'armée ottomane. A un contre cinq, les chrétiens tiennent le siège au prix de combats effroyables. un déchaînement de violence dans lequel se trouve entraîné Mattias Tannhauser, un ancien janissaire qui a connu les deux camps. Pour les beaux yeux de la comtesse Carla La Penautier, le trafiquant d'armes et d'opium embarque pour l'enfer." (Quatrième de couverture)
   

    Dans son roman La Religion, Tim Willock s’attache à nous relater le terrible siège de Malte qui eut lieu en 1565 et fut l’une des plus terribles et spectaculaires batailles du siècle. Elle oppose les armées turques de Soleyman le Magnifique aux chevaliers hospitaliers de Saint-Jean. Malte, sous la domination des chevaliers, est un lieu stratégique qui permettrait aux Ottomans l'invasion de toute la chrétienté, via la Sicile et l’Italie.
   
    Le Grand Maître, La Valette, va tenir tête avec ses 500 chevaliers et ses 7000 combattants, à une armée puissante, bien organisée, possédant une flotte navale impressionnante et dotée de quarante mille guerriers, janissaires, soldats, esclaves, alliée à des pirates. Les chevaliers, eux, attendent du renfort de la part du Pape et des nations chrétiennes mais il n’arrivera que bien tard, après leur victoire !
   
    Des deux côtés le fanatisme est le même. On se bat au nom de la foi, en opposant avec violence les figures du Christ et d’Allah, la Croix et le Croissant. Mais aux yeux des chevaliers de Malte, La Religion, c’est évidemment la religion chrétienne et elle ne peut être vaincue. Commence alors un siège sanglant, cruel, sans merci, un combat de titans, tant il ne paraît plus être à l’échelle humaine. C’est cette impression que nous laisse le style de Tim Willock, visionnaire, qui conte ici à travers des personnages historiques et aussi fictifs, un moment de l’histoire que l’auteur hisse au niveau de l’épopée. Les chevaliers et les habitants de Malte développent une résistance à toute épreuve contre leurs assaillants allant jusqu’au dernier degré de l’épuisement, de la faim, du sacrifice de leur vie, soutenue par une foi qui n’admet aucune faiblesse. Il faut dire que La Valette est là pour rallumer la flamme des défaillants ou mettre à mort ceux qui veulent se rendre !
   
    On ne peut pas aller à Malte sans avoir lu ce livre. Il nous fait voir d’un autre œil les lieux dont nous foulons le sol, il nous fait chercher à travers le présent, les vestiges où s’est déroulée l’histoire ! C’est avec jubilation que l’on retrouve tel site, le fort Saint Elme, Le fort saint Angelo, les auberges des huit langues du moins celles qui ne sont pas détruites, le palais de l’Inquisition, les trois cités face à la Valette (ville qui n’existait pas encore en 1565). La Valette qui prit le nom du plus vaillant défenseur de Malte fut construite sur le mont Sciberras après le siège, grâce à l’argent envoyé de toute la chrétienté éblouie par la victoire si improbable et si prestigieuse des chevaliers.
    Quant à ceux qui ne vont pas à Malte, ils trouveront, j’en suis sûre, de l’intérêt à suivre la petite histoire - dans la Grande- de Mattias Tannhauser*, et de la comtesse Carla La Penautier*, personnages de caractère, tout en s’initiant à ce fabuleux récit, racontée par un écrivain qui sait de quoi il parle et dont le style a un pouvoir évocateur impressionnant. L’idée d’avoir fait de Matthias un enfant chrétien devenu janissaire après avoir été enlevé à sa famille décimée par les turcs permet de voir et de comprendre la mentalité, les mœurs, la religion des deux partis ennemis et de montrer, à travers leurs ressemblances, l’inanité de la guerre et l'horreur du fanatisme religieux quel qu'il soit, au cours d'une réflexion intelligente qui permet de donner de l'étoffe à son personnage..
   
   Extraits:
    "La Valette avait décrété qu'un musulman serait pendu chaque jour que durerait le siège. Tannhauser trouvait le stratagème brillant, pas seulement parce que son horreur était une parfaite réplique à la splendeur du Turc, mais aussi parce qu'il affirmait aux deux armées que ce conflit n'aurait d'autre issue que l'extinction complète de l'une ou de l'autre. "
   
   "Puis, en sombrant dans le sommeil, il se remémora qu'il ne faillait pas se laisser séduire par la fraternité rare et noble des chevaliers car, en fin de compte, c'était un culte de la mort, et il avait eu plus que son content de telles amitiés. "
   

   
    *Je dois ajouter pour ceux que cela effraierait que c'est un pavé de 900 pages mais qui se lit très bien.
   
    *Personnages que l’on peut retrouver dans deux autres romans de la Trilogie, La Religion étant le premier tome.

critique par Claudialucia




* * *