Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Juliet, Naked de Nick Hornby

Nick Hornby
  Vous descendez?
  Haute fidélité
  Juliet, Naked
  31 songs
  A propos d'un gamin
  Funny Girl

Nick Hornby est un écrivain anglais né en 1957 dans le Surrey.

Juliet, Naked - Nick Hornby

Groupies
Note :

   J’aime les bouquins de Nick Hornby pour plein de bonnes raisons, entre autres parce que je les lis avec un petit sourire du début à la fin. Bon d’accord, ça ne doit pas être marrant pour une femme de vivre avec un ado de trente ans pour compagnon, mais les héros de Hornby, dans les livres, ils me font craquer.
   
   Juliet, naked commence comme on s’y attend: Annie, la quarantaine, conservatrice dans le petit musée d’une improbable station balnéaire du nord de l’Angleterre vit avec Duncan depuis quinze ans. Ça n’a jamais été l’amour fou, juste deux pièces de puzzle qui s’emboîtent et se conviennent. Duncan lui, voue un culte au chanteur américain Tucker Crowe qui n’a plus rien sorti depuis vingt ans, alors qu’il a brusquement mis fin à sa carrière après un épisode mystérieux dans les pissotières d’un bar de Minneapolis. Duncan et Annie ont fait des milliers de kilomètres pour visiter ces pissotières et bien d’autres lieux cultes du même tonneau sur les traces de leur idole. Enfin plutôt de l’idole de Duncan car Annie elle, sait raison garder. Elle aime oui (sinon, comment Duncan aurait-il pu vivre avec elle?), mais elle sait aussi être critique.
   
   C’est bien pour ça que quand arrive un jour par la poste, une version démo du dernier album de Tucker Crowe, «Juliet», c’est Annie qui va trouver les mots justes pour expliquer sur le site dédié à l’ex-star que cette version «naked» ne vaut pas la version achevée. Mais Duncan lui, aveuglé et rendu fou par ce tant attendu signe de vie de son idole, se répand en éloges. Et c’est à Annie que Tucker Crowe, depuis les Etats-Unis, envoie un mail.
   
   Et le lecteur va franchir l’Atlantique pour découvrir ce Tucker Crowe, plus star du tout, empêtré dans ses affaires de famille compliquées (cinq enfants de quatre femmes différentes) et plus Hornby que jamais. Et c’est là qu’on s’aperçoit que le héros a vieilli, qu’il se remet plus en question, qu’il a peur de l’avenir et de la mort. Ça n’est plus le rock et les filles d’abord, comme dans "Haute Fidélité", c’est plus sombre, sans pour autant tomber dans le noir total, juste le gris, le gris clair, comme le ciel de Gooleness la déprimante.
   
   Hornby est excellent quand il décrit les activités du groupe de fans qui partent dans des délires de suppositions à la moindre étincelle. Les relations Annie – Duncan sont très bien exprimées, comme d’habitude, et où il fait vraiment fort, c’est quand il parvient à restituer toute l’amertume d’Annie, ce gâchis qu’elle ressent et ses envies de vivre:
   « Elle pouvait aller frapper à la porte de Duncan – la porte de Gina – et exiger une compensation pour tout le temps qu’elle avait perdu avec lui, mais l’addition serait difficile à établir, et de toute façon Duncan était fauché. Elle ne voulait pas d’argent, cela dit. Elle voulait récupérer ce temps, le consacrer à autre chose. Elle voulait avoir à nouveau vingt-cinq ans.»

   
   C’est le sentiment d’une vie ratée qui envahit Annie qui n’aime vraiment ni son boulot ni son conjoint. Elle a l’impression d’être passée à côté de tout et surtout du meilleur, d’un enfant. Tout ça par manque de volonté, de vitalité, mais aussi à cause d’un homme immature.
   
   Le portrait de Duncan est vraiment féroce: irresponsable, égoïste, on ne peut plus fade. Alors que Rob, le héros de "Haute Fidélité" était attendrissant, Duncan est juste pathétique. Alors qu’au début du roman son côté ado attardé (a slacker, en anglais) pouvait faire sourire, il ne fait rapidement plus cet effet tant son attitude est à l’origine d’un grand gâchis sentimental. Le mâle ne sort pas grandi de ce personnage. Tucker Crowe en face, n’a rien de glorieux mais au moins il s’interroge et est plus que jamais conscient de ses failles et faiblesses, c’est d’ailleurs pour ça qu’on l’aime le vieux rocker! Il n’a bien sûr rien à voir avec tous les fantasmes que ses fans projettent sur lui, il est juste humain et à la tête d’une famille extrêmement complexe qu’il n’a jamais voulu gérer, fuyant les responsabilités.
   
   Si tout commence donc comme dans un roman de Nick Hornby, l’auteur prend me semble-t-il un virage (léger), vers la réflexion et la sagesse. Les héros ont vieilli et les personnages inconsistants qui faisaient rire donnent maintenant à penser que la vie est courte. Profitons-en pour lire Nick Hornby.
   
   
   Titre original : Juliet, Naked, Parution en Grande-Bretagne : 2009
    ↓

critique par Yspaddaden




* * *



La goutte d'eau...
Note :

   Annie et Duncan, la quarantaine, vivent ensemble depuis 15 ans, dans une petite station balnéaire déprimante du nord de l'Angleterre. Ducan voue une passion sans bornes à Tucker Crowe, un chanteur-compositeur américain célèbre dans les années 80 et qui a brutalement cessé d'écrire il y a plus de 20 ans, au point que toute la vie de Duncan tourne autour de cet homme qui l'obsède. Annie, en mal d'enfant et en mal d'amour, regarde s'agiter Duncan avec une consternation qui finit par se muer en colère quand sort un album inédit de Tucker, "Juliet, naked", qui est une ébauche de son album phare, "Juliet" et qui va faire voler ce couple dysfonctionnel en éclat. 
    
   Voici le roman qui m'a sortie de la panne de lecture saisonnière qui s'est abattue sur moi la semaine dernière, chers happy few (c'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi qui étais engluée dans un roman que je n'ai finalement pas terminé, contrainte de me soigner à coup de colineries et de davideries, ce fut la fin du marasme) (non, je n'exagère pas, ce n'est pas dans ma manière, of course).
   
   "Juliet, naked" est un très bon roman: l'histoire de ce couple banal qui ne s'est jamais aimé et qui a érigé la passivité au rang d'art (passivité dans tous les domaines de leur vie, y compris dans le domaine professionnel) est à la fois juste, drôle et déprimante, à l'image de Gooleness, la ville grise et moche dans laquelle ils vivent. La façon dont la mécanique bien huilée de leurs relations se dérègle parce qu'ils ne sont pas d'accord sur un album, qui sera le catalyseur de leurs divergences plus profondes, est décrite de manière très fine, de même que Nick Hornby analyse parfaitement le fonctionnement d'internet et son influence dans certains domaines: Duncan, avant d'ouvrir un site et un forum consacrés à son idole, ne pouvait pas s'immerger autant dans sa passion chronophage, faute de personnes avec qui la partager. Internet permet de relier les fans, et, revers de la médaille, la toile rend les délires interprétatifs plus importants, chacun étant en droit d'ajouter sa pierre à l'édifice (les fans de Tucker analysent en détail toutes les paroles de ses chansons afin de décrypter un sens qui leur a manifestement totalement échappé, la réalité étant aux antipodes de ce qu'ils croyaient avoir compris). Mais Internet permet aussi de nouer des liens, et c'est contre toute attente, ce que vont faire Tucker Crowe et Annie, de manière plutôt réaliste (pas de romance de conte de fées ici, on n'est pas dans une comédie romantique américaine). 
   
   Ce roman qui met en scène des personnages en crise dans une réalité terne est aussi une réflexion sur la musique, son influence sur le public et les rapports entre musique et autobiographie, le tout dans un style nerveux bourré d'humour à froid. Une réussite.
    ↓

critique par Fashion Victim




* * *



Mimétisme conjugal
Note :

   Et dire que je l'ai lu en grand format... Et qu'il est sorti en poche depuis quelques semaines... Enfin, c'est toujours l'occasion, vu la période, de recommander un sacrément bon roman pour les vacances.
   Mais résumons un petit peu ce qui se passe: "Juliet, naked", contrairement à ce que laisse supposer le titre, raconte ce qu'il advient d'Annie et Duncan dont la vie s'effiloche à Gooleness, station balnéaire britannique dont la période faste est passée depuis belle lurette. Entre eux, quinze ans d'habitude, de peur de la solitude, pas ou peu d'amour, mais des goûts communs, une même manière de penser... Jusqu'à ce que la sortie d'une version inédite d'un album de Tucker, chanteur dont Duncan est un fanatique révèle le fossé béant qui s'est creusé entre eux... Pour le couple, c'est le début de la fin.
   
   Crise de la quarantaine, musique, vie de couple, amour et désamour, Nick Hornby brasse quantité de thèmes avec une ironie et un sens de la situation qui ne lui font jamais défaut. J'ai adoré découvrir le petit univers névrotique de Duncan, prêt à tout pour se rapprocher de son idole, adoré détester sa bêtise et son arrogance, pour me découvrir presque triste de le laisser. Quant à Annie, et Tucker qui se révèlent progressivement, ce sont des personnages tout aussi attachants et irritants à leur manière. Voilà donc le lecteur face à un triangle qui se découvre amoureux, rock'n roll en diable, et surtout, face à une analyse au scalpel d'un certain monde musical, d'Internet, des fans, des relations de couple, de la vie de province et j'en passe. Ça pourrait être triste et sordide, mais c'est Hornby et on ne peut pas s'empêcher de sourire, de rire, même si parfois un peu jaune et de savourer chaque rebondissement, chaque invention de l'auteur et la justesse avec laquelle il croque le portrait de gens comme vous et moi, avec leurs passions, leurs manies, leurs questionnements, leurs ridicules.
   
   Bref, un chouette roman à emporter dans votre valise, ou à savourer au retour pour se consoler!
    ↓

critique par Chiffonnette




* * *



Intrusion de la réalité
Note :

   Annie et Duncan vivent ensemble depuis une quinzaine d'années dans la petite station balnéaire de Gooleness. Leur couple est à l'image de la station, terne, fade et plutôt à l'abandon. Il faut dire qu'il n'a pas vraiment été question d'amour entre eux, plutôt une alliance par défaut. Il s'entendaient bien intellectuellement, partageaient les mêmes valeurs, du moins le croyaient-ils.
    Duncan est un fan borné, maniaque et obsédé de Tucker Crowe, un ex-chanteur des eighties, lequel chanteur n'a rien produit depuis plus d'une décennie et a disparu de la circulation. Duncan est à l'origine d'un site Web qui n'a cessé d'échafauder des théories et des suppositions sur cette disparition, ce qui a pu la motiver et ce qui s'est passé depuis.
    Or, voilà qu'un nouvel album se retrouve soudain en possession de Duncan. C'est la maquette du fameux "Juliet, Naked", seul disque du chanteur a avoir trouvé un public. Il mettra le feu aux poudres et provoquera un mini-séisme dans la vie du couple et accessoirement dans celle de Tucker.
   
   Je craignais un peu le côté "fan de chanteur", ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, j'ai rapidement compris qu'il s'agissait d'autre chose. Même si l'attitude des fans indécrottables est bien disséquée, le vrai sujet m'a paru l'érosion du couple, les ravages liés aux illusions que l'on entretient et ce que la vie peut faire de nous au fil des décennies.
   
   Je me suis surtout attachée au personnage d'Annie. L'irruption du disque dans sa vie provoque une crise de lucidité aigüe, analysée avec un humour à froid dont je raffole. Elle s'aperçoit brutalement qu'elle n'a rien à faire avec Duncan, qu'elle a perdu quinze ans de sa vie et que c'est le moment de bouger. Le fait que Tucker lui envoie un mail à elle (suite à des circonstances précises) va déclencher un réveil tout-à-fait salutaire et jubilatoire pour le lecteur et cristalliser tous ses manques, notamment celui de maternité.
   
   De son côté, Tucker n'est pas en reste de lucidité et depuis un bon moment. Très loin de l'image du chanteur véhiculée par le site web, c'est un type plutôt lamentable, alcoolique repenti, fuyant, père de cinq enfants de mères différentes, piètre compagnon pour ses femmes successives et incapable d'écrire et de composer quoi que ce soit depuis longtemps. Contrairement à Duncan, exaspérant, Tucker dégage lui aussi quelque chose de hautement sympathique, malgré ses côtés pitoyables.
   
   La rencontre de tout ce petit monde va donner lieu à des situations plus ou moins burlesques ou dramatiques, avec toujours une réflexion mordante et drôle sur les motivations de chacun. J'ai vu avec un plaisir certain au fur et à mesure des pages Annie se libérer du carcan qui lui pesait et comme une midinette j'ai espéré que ses fantasmes amoureux allaient se réaliser. Je n'en dis pas plus, il faut le lire vous-même. Un petit extrait pour vous convaincre :
   
   "Une chose était claire : la soirée du vendredi s'était mal terminée pour Duncan. Annie fut tentée de le cuisiner pour glaner des détails, mais même sous l'emprise de sa colère, elle reconnaissait que cette tentation était malsaine. Il était aisé d'imaginer, cependant, à quel point cette autre femme avait dû être déconcertée en découvrant Duncan sur son paillasson, si tant est que c'était chez elle qu'il était allé. Il n'avait jamais recélé des trésors de diplomatie, d'intuition ou de charme, même à l'époque ou Annie et lui avaient commencé à sortir ensemble, et le peu qu'il possédait avait dû être érodé par quinze ans de sous-emploi. A l'évidence, cette pauvre fille souffrait de solitude - il était quasiment impossible d'échouer à Gooleness sans laisser derrière soi une traînée de malheur et d'échec -, mais quelqu'un d'assez désespéré pour accueillir Duncan dans sa vie à onze heures un vendredi soir serait inemployable, voire peut-être sous contrôle médical. Annie était prête à parier qu'il avait passé la nuit sur un canapé, sans pouvoir fermer l’œil".
   

   De Nick Hornby, je connaissais "à propos d'un gamin" et "la bonté mode d'emploi" que j'ai aimés de la même façon, mais pourquoi donc n'ai-je pas encore lu tous les autres?

critique par Aifelle




* * *