Lecture / Ecriture
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HHhH de Laurent Binet

Laurent Binet
  HHhH
  La septième fonction du langage

HHhH - Laurent Binet

Goncourt du premier roman
Note :

   Pas banal d’intituler un roman «HHhH»! Mais ces lettres énigmatiques sont en fait un message signifiant «Himmlers Hirn heiBt Heydrich», autrement dit «Le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich.», surnom donné par les SS à un des hommes les plus cruels du 3ème Reich.
   
   C’est effectivement de Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo et des services secrets nazis, planificateur de la solution finale dont il sera question tout au long de ce roman passionnant. Car dans le couple infernal qu’il forme avec Himmler, il est considéré comme la tête pensante.
   Cet homme parmi les plus craints du régime finira tué lors de l’opération «Anthropoïde» où deux résistants tchèques finissent par l’assassiner, alors qu’il est comme d’habitude dans sa voiture sans protection. C’est aussi cette mission extrêmement risquée que relate le romancier.
   
   Ce livre permet également à l’auteur de s’interroger sur le rapport entre réalité et fiction: car même si l’écrivain se doit lors d’une biographie d’être fidèle à l’histoire, il peut choisir de voir ses personnages calés contre un fauteuil ou debout, vêtus d’un uniforme bleu ou d’un manteau noir. L’auteur s’interroge ainsi tout au long du roman, en faisant de fréquentes incursions, et nous livre les réflexions de ses proches sur ce roman en train de s’écrire. Il m’a fait à cet égard penser à «Les faux monnayeurs» de Gide où le roman s’écrit devant nous.
   
   Ce livre est captivant et absolument pas ennuyeux malgré le sujet. Les recherches qui émanent tout le long de la rédaction du livre nous montrent aussi l’énorme documentation réunie par le romancier: «en pianotant sur internet, j’ai découvert l’existence d’un film». Il i n’hésite pas non plus à mettre à l’honneur les personnes qui ont contribué à l’élaboration de son livre, comme cette petite dame dont il ne connait pas le nom et à qui il aurait aimé dédicacer ce roman, car elle lui a donné un document extrêmement important pour l’écriture du livre.
   
   J’ai beaucoup aimé aussi les références auxquelles fait appel l’auteur, en citant d’autres romans comme «La part de l’autre» d’Erich Emmanuel Schmitt, qui a imaginé ce qu’aurait été la vie d’Hitler s’il n’avait pas raté son examen aux beaux arts, ou encore les références à Kundera s’interrogeant sur les noms dont il affuble ses héros.
   
   Bref ce roman peut à la fois être lu par un profane, qui apprendra beaucoup sur la vie de ce personnage clé du régime d’Hitler, mais aussi par les passionnés ou les érudits. Passionné et érudit, c’est ce qu’est certainement l’auteur, professeur de lettres et féru d’histoire, qui fait de ce livre à la fois un récit accessible et brillant. Bref c’est une réussite et le Goncourt du premier roman qui lui a été attribué est amplement mérité.

critique par Éléonore W.




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