Lecture / Ecriture
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Le meilleur des mondes de Aldous Leonard Huxley

Aldous Leonard Huxley
  Le meilleur des mondes
  Les Portes de la perception

Ecrivain britannique, né en 1894 au Royaume-Uni et mort en 1963 à Los Angeles.

Il a été lu dans le cadre des mois "L'Age d'or de la Science Fiction".

Le meilleur des mondes - Aldous Leonard Huxley

Diderot ou Voltaire du XXème siècle?
Note :

   Plus qu’un roman de Science-fiction, «Le meilleur des mondes» m’évoque, par l’exigence du propos et une certaine universalité, ce qu’auraient pu écrire un Voltaire ou un Diderot au XXème siècle. John, le «Candide» de la SF?
   
   Pas de déballage technologique dans ce roman de 1931 («Brave new world»): quelques prouesses à venir mais là n’est pas le propos d’Aldous Huxley. En fait «Le meilleur des mondes» n’est pas un roman de S.F., plutôt un essai philosophique sur ce que pourrait être le monde parfait, «le meilleur des mondes», au prix, dans ce cas précis, d’arrangements substantiels avec les libertés, la démocratie, le libre arbitre, … Et il se trouve qu’Aldous Huxley habille ceci d’un cadre futuriste, d’où … S.F..
   
   Un autre aspect apparait tellement important à Aldous Huxley que, conscient que la traduction va nuire à cet aspect, il va prévenir en préface à l’édition française que toutes les liaisons qu’il fait avec des textes shakespeariens tomberont probablement à plat:
   « Certains passages de ce volume appartiennent à la catégorie des choses intraduisibles. Ils ne sont pleinement significatifs qu’à des lecteurs anglais ayant une longue familiarité avec les pièces de Shakespeare et qui sentent toute la force du contraste entre le langage de la poésie shakespearienne et celui de la prose anglaise moderne. Partout où ces passages se trouvent j’ai ajouté le texte de Shakespeare dans une note au bas de la page. Des notes dans un roman – pédantisme insupportable ! Mais je ne vois pas d’autre manière d’appeler l’attention du lecteur français sur ce qui était, en anglais, un moyen littéraire puissant pour souligner le contraste entre les habitudes traditionnelles de penser et de sentir et celles de ce « monde possible » que j’ai voulu décrire.»
   
   C’est qu’en effet la dernière partie du roman, dans laquelle John, un «bon Sauvage», est exfiltré par un membre de l’élite de la société à titre de … spécimen(?) dans la dite société du meilleur des mondes, est un parallèle constant, une écriture en écho à des situations, des dialogues de pièces shakespeariennes citées par John qui ne dispose que de cet auteur pour toute référence culturelle.
   Et c’est que, dans ce «meilleur des mondes», justement, la culture est bannie. Et Shakespeare effacé.
   « Un homme civilisé n’a nul besoin de supporter quoi que ce soit de sérieusement désagréable. Et quant à faire les choses – Ford le garde d’avoir jamais cette idée en tête! Tout l’ordre social serait bouleversé si les hommes se mettaient à faire les choses de leur propre initiative.
   Et le renoncement, alors? Si vous aviez un Dieu, vous auriez un motif de renoncement.
   Mais la civilisation industrielle n’est possible que lorsqu’il n’y a pas de renoncement. La jouissance jusqu’aux limites extrêmes que lui imposent l’hygiène et les lois économiques. Sans quoi les rouages cessent de tourner.
   Vous auriez un motif de chasteté! dit le Sauvage, rougissant légèrement tandis qu’il prononçait ces paroles.
   Mais qui dit chasteté, dit passion; qui dit chasteté, dit neurasthénie. Et la passion et la neurasthénie, c’est l’instabilité. Et l’instabilité, c’est la fin de la civilisation. On ne peut avoir une civilisation durable sans une bonne quantité de vices aimables.»

   
   Et la confrontation entre John, le Sauvage, et Mustapha Menier, un des dix administrateurs de cette société idéale, tourne réellement au débat philosophique sur l’intérêt ou la nécessité de faire le bonheur des individus sans leur demander leur avis, au prix d’un décervèlement et d’un conditionnement entrepris dès la naissance, sur l’existence de Dieu et la place de cette croyance dans les relations sociales, sur le pouvoir que peut s’arroger une société de décider à la place des individus, pour leur bien.
   
   C’est beaucoup plus de la philosophie que de la S.F. finalement. Très actuel aussi j’ai trouvé, pour certaines dérives de nos sociétés que nous pouvons observer.
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critique par Tistou




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Stabilité ou liberté
Note :

   Désormais un classique de la littérature, ce roman avait reçu un accueil mitigé de la critique lors de sa publication, notamment pour la pauvreté de la trame et des personnages. Il s’agit également d’une des œuvres souvent incluse dans les listes de titres à bannir par les groupes de pression qui souhaitent protéger les étudiants des influences négatives. Ces derniers expliquent leur position par le fait que le roman présente un gouvernement qui offre plaisirs charnels et drogues à ses citoyens.
   
   «On ne peut avoir une civilisation durable sans une bonne quantité de vices aimables.»

   
   Pourtant, il y a beaucoup plus que des thèmes susceptibles de heurter la morale. Huxley imagine une société en apparence idéale dont la stabilité repose sur la soustraction des libertés et des responsabilités individuelles. Personne ne s’oppose au système de caste en place afin de préserver le bien de la collectivité. Ford est le Dieu tout-puissant.
   
   «Nous ne nous appartenons pas plus à nous-mêmes que ne nous appartient ce que nous possédons. Nous sommes la propriété de Dieu.»

   
   L’exercice permet de soulever de nombreuses questions et démontrer qu’une simplification et une homogénéisation de l’expérience humaine, en éliminant les choses désagréables, éradique aussi les vrais plaisirs de la vie et tue la passion.
   
   Le monde conditionné et contrôlé élaboré par Huxley n’est qu’une extrapolation de concepts existants sans rien réinventer, mais demeure encore d’actualité à l’heure du clonage. Bien que l’ensemble tienne du génie, j’avais un souvenir tiède de cette lecture de collège. En relisant le livre, j’ai conservé la même impression. La motivation profonde des personnages est mal définie. Le mélange de philosophie et de science est lourd.
   
   Lorsque le protagoniste principal visite une réserve de ‘sauvages’, le contraste entre les deux types de sociétés manque de subtilité et il apparait clairement que l’auteur désire que son lecteur rejette en bloc le modèle des classes supérieures, comme si il insistait pour nous dire que notre civilisation actuelle est préférable et que celle imaginée doit être méprisée dans sa totalité. Cette manière de torpiller son message est navrante, particulièrement au sujet de la religion.
   ↓

critique par Benjamin Aaro




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Il ne doit pas être ici bas *
Note :

   J'ai été, et ce pendant plusieurs décennies, un fan de science-fiction! Maintenant je n'en lis pratiquement plus, mais cette année je vais revisiter certains ouvrages qui ont marqué mes jeunes années de lecteur, années qui sont très loin, et cet ouvrage en fait partie.
   
   Nous sommes en l'an 600 de Notre Ford, la terre a changé, le monde et le mode de vie également. L'existence commence par la naissance et ici c'est la science qui gouverne, de la Salle de la mise en flacons où œuvrent les Garnisseurs de flacons, puis les Immatriculateurs, ensuite vient l'étape du Dépôts des Embryons et encore la Salle des Prédestinations Sociales... etc. Ni l'homme ni la femme n'interviennent dans ce long processus. Les habitants de cette entité sont: des Alphas, des Bêtas, des Deltas, des Epsilons Gammas reproduits à l'identique quasiment à l'infini. Chaque caste a sa fonction et son endoctrinement (comment nommer cette éducation autrement?) spécifique.
   
   La société de consommation atteint son paroxysme, la nature est gratuite, alors les gouvernants créent des jeux de plus en plus sophistiqués et donc rentables pour l'industrie. Le cinéma est en quatre dimensions et même plus, avec odeurs et son, les transports sont ultra confortables, rien n'est trop beau pour les castes dominantes.
   
   Les mœurs sexuelles sont très libres, il est même incongru de rester en couple trop longtemps, toutes les émotions sont canalisées par différents moyens pharmaceutiques,  comme les "Succédané de Passion Violentes " ou "Succédané de Grossesses " ou de la gomme à mâcher à base d'hormones sexuelles. Et par-dessus tout le remède miracle "Le soma ".
   Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, la stabilité règne, les femmes sont "pneumatiques " et accueillantes, les hommes sains et sportifs, les classes laborieuses travaillent et produisent sans rechigner. Parmi les classes dirigeantes, la punition est une mutation sur une île, Islande ou Falkland (que sont devenues les îles paradisiaques?), où vivent les marginaux du système, victimes de légers incidents d'incubations, car cela arrive parfois...
   Il existe aussi des réserves de sauvages, lieux d'observation ou de vacances pour certains privilégiés, comme au Nouveau-Mexique, par exemple. Et c'est là que Bernard, un chercheur se rend avec Lenina en voyage d'études qu'il espère également amoureux. Mais là un grain de sable va changer la destinée de plusieurs protagonistes de ce livre, la rencontre avec John, le fils de Linda qui un jour, il y a très longtemps...
   
   Les personnages de ce roman sont en général des êtres en marge de la société dans laquelle ils vivent. Seule Lenina est le parfait prototype de son époque, mais parfois le cœur a des inclinaisons peu orthodoxes. John, le Sauvage, et Linda, sa mère, sont archaïques et complètement dépassés, avec une conception de la vie et de la morale qui n'a plus cours, surtout pour John qui a toujours vécu dans la réserve. La scène où Lenina s'offre à lui avec fougue est complètement surréaliste, elle, habituée à une liberté absolue et lui, à l'opposé, rigide dans ses convictions. Helmhotz et Bernard sont chacun à leur manière des erreurs de laboratoires ayant un reste de dignité humaine et de joie de vivre pour Helmhotz ou de jalousie et de lâcheté pour Bernard.
   
   Ce livre n'a pas pris une ride. J'ai en plus découvert un aspect que je n'avais pas remarqué ou alors oublié, les nombreuses citations de l’œuvre de Shakespeare dans la conversation de John.
   
   Dans tous les livres que j'ai lus sur le sujet, l'avenir n'est pas très rose, ni très réjouissant.
   Avec le recul des années, j'avais sans doute espoir d'un avenir meilleur à l'époque de ma première lecture, maintenant je me rends compte que ce monde est venu plus vite que prévu et ce n'est pas réellement une bonne nouvelle.
   
   Désolé je vous quitte, c'est l'heure de ma pilule de soma...
   
   
   Extraits:
   
   - Tel était le but de tout conditionnement: faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper.
   
   - Le retour à la culture. Oui, vraiment, à la culture. On ne peut pas consommer grand-chose si on reste tranquillement assis à lire des livres.
   
   - Tous les avantages du christianisme et de l'alcool; aucun de leurs défauts.
   
   - En réalité, et au fond, il s'intéressait à autre chose. Mais à quoi? À quoi?
   
   - Je suis contente de ne pas être une Epsilon, dit Lenina avec conviction.
   
   - J'aurais voulu que cela ne se termina pas par le coucher, spécifia-t-il.
   
   - Les questions que posa Bernard créèrent une diversion. Qui? Comment? Quand? D'où?
   
   - La beauté attire, et nous ne voulons pas qu'on soit attiré par les vieilles choses. Nous voulons qu'on aime les neuves.
   
   - Sept heures trente d'un travail léger, nullement épuisant, et ensuite la ration de soma, les sports, la copulation sans restriction, et le cinéma sentant. Que pourraient-ils demander de plus?
   
   

   Titre original: Brave New World. (1932)
   
   * ni plus haut non plus !

critique par Eireann Yvon




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