Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Rosa Candida de Audur Ava Olafsdottir

Audur Ava Olafsdottir
  Rosa Candida
  L'embellie
  L' Exception
  Le rouge vif de la rhubarbe

Née à Reykjavik en 1958, Audur Ava Olafsdottir a étudié l’histoire de l’art à Paris et enseigné cette matière à l’Université d’Islande. Aujourd’hui elle en dirige le musée. Conférencière et organisatrice d’expositions, elle écrit depuis 1998.

Rosa Candida - Audur Ava Olafsdottir

Doux moments...
Note :

   Arnljotur a 22 ans, un frère jumeau autiste, un vieux père octogénaire qui le verrait bien biogénéticien ou quelque chose comme ça, une petite fille accidentelle et une passion dévorante pour le jardinage qui l'amène dans un village perdu pour restaurer la roseraie mondialement renommée d'un monastère. Histoire de remettre en place ses idées un brin confuses sur le monde et la vie. Mais même au bout du monde, on n'est pas à l'abri de quelques rencontres...
   
   Un petit bijou, un moment de bonheur confortable comme un vieux canapé recouvert d'un plaid douillet, un banc à côté d'une fontaine un jour de beau temps, un fruit mûr qu'on déguste... J'en ai encore plein comme ça pour qualifier ce joli roman initiatique aux dehors simples et avenants et au contenu plein de poésie. Rosa Candida est empli de ces petits moments qui rendent la vie plus belle et qui donnent envie d'avancer. Empli d'humour et de confiance dans l'humanité. De questions qui ne trouvent pas forcément de réponses mais qui vous construisent petit à petit.
   
   A sa manière, malgré ses doutes et ses interrogations existentielles, ou peut-être un peu grâce à elles, Arnljotur rend le monde autour de lui plus beau, change les gens en se trouvant une place dans le monde: celle d'un jardinier, celle d'un père et d'un fils, d'un frère. On suit ses tribulations avec le sourire, ses questionnements avec un sentiment d'empathie qui donne envie de l'entourer de ses bras pour le réconforter. La vie, la mort, l'amour, la paternité, il se pose de sombres questions Arnljotur, se heurte aux aléas de la vie, mais cela ne l'empêche pas de répandre autour de lui de la lumière, de la confiance et l'odeur des roses qu'il s'applique à faire revivre. On voudrait parcourir avec lui les routes, la forêt, les rues de ce village qu'on devine inondé de lumière, on voudrait regarder un film chinois sans les sous-titres avec une petite liqueur de cerise et un abbé dont la réponse à toutes les questions se trouve dans les films qui tapissent les murs de sa chambre. On voudrait le même vieux père et ses expériences culinaires, et découvrir la rosa candida et ses huit pétales, et contempler avec une petite fille aux boucles blondes et aux quelques dents un enfant Jésus qui lui ressemble étrangement.
   
   C'est un roman gourmand, plein de vie, d'odeurs, de couleurs, et de cuisine! Il m'est venu au fil des pages l'envie de cuisiner des boulettes de viande et de poisson, de la soupe de cacao, une paella et du pot-au-feu, du pâté nappé de sauce aux champignons, l'envie de me promener dans un jardin.
   
   Pas besoin de grandes envolées et de profondes réflexions pour regarder la vie en face. Parfois, un roman débordant de douceur suffit. Rosa Candida est de ceux-là. En ce qui me concerne je suis séduite. Il rejoint tous ceux qui me font du bien et vers lesquels je retourne les jours de grisaille.
   
   
   Grand Prix des lectrices de Elle 2011
   
    Rentrée littéraire 2010
    ↓

critique par Chiffonnette




* * *



Un voyage initiatique assez inégal
Note :

   Arnljótur, un jeune homme de 22 ans, décide de quitter le cocon douillet du foyer paternel où il vivait aux côté de Jósef, son frère jumeau autiste. Sa mère est tragiquement décédée dans un accident de voiture. Elle lui a légué un héritage, celui de l’horticulture et notamment de la culture d’une magnifique rose à huit pétales. Il s’exile loin de la terre d’accueil paternelle dans un monastère qui abrite une roseraie réputée. Malgré son exil, ses responsabilités se rappellent à lui.
   
   J’ai lu ce livre dans le cadre du Prix littéraire des lecteurs Angevins et des Inter-CE 2011. J’avais beaucoup entendu parler de ce roman islandais. Il m’a semblé plutôt inégal: j’ai beaucoup aimé les deux premiers tiers et me suis beaucoup ennuyée au dernier tiers. L’écriture est simple, les phrases sont concrètes. Si cet aspect séduit de prime abord, le côté prosaïque des faits narrés peut lasser au final.
   
   Je me suis beaucoup attachée au début au narrateur, le jeune Arnljótur. Sa naïveté, sa candeur campent un sympathique personnage. Il découvre la vie loin de ses parents: de son père tout d’abord dont il quitte le foyer douillet, même s’il l’appelle très souvent; de sa mère ensuite, par la force des choses: elle est décédée brutalement dans un accident de la route et l’a appelé juste avant de mourir. Il découvre ses responsabilités, notamment celle de père. Son aventure avec Anna semble peu crédible; malgré cela, j’ai adhéré à ce fil conducteur. J’ai beaucoup aimé la tendresse d’Arnljótur pour sa petite fille. Les sentiments affleurent dans ce roman.
   
   J’ai aimé les explications d’horticulture que donne le narrateur aux moines du monastère où il est accueilli. Cela donne sens au titre du roman:
   - Rose à huit pétales ; ce sont huit pétales soudés au fond de la corolle et puis deux fois huit autres à l’extérieur, vingt-quatre pétales en tout, en trois rangs qui forment le bouton, presque toujours humide de rosée, dis-je en guise d’explication. C’est exact qu’elle est apparentée à Rosa candida, à ceci près qu’elle n’est pas blanche. Il s’agit d’une souche plus robuste, probablement le seul spécimen au monde, dis-je. Bien que j’aie parcouru d’innombrables livres sur les roses, je n’ai encore jamais trouvé de variété comparable (p. 161).

   
   J’ai également apprécié un certain sens de l’humour chez l’auteur, perceptible dans cette phrase :
   Lorsque la sage-femme fut partie et qu’Anna se fut endormie pour la nuit, je tirai le berceau de plexiglas jusqu’au canapé et me penchai au-dessus pour regarder la toute petite. J’étais seul avec elle. Elle était éveillée et me regardait aussi. L’incarnation de ma négligence en matière de contraception me regardait en face. (p. 125)

   
   Mais le dernier tiers du livre m’a semblé ennuyeux: l’auteur accumule les détails prosaïques, décrivant les tourments culinaires du narrateur: on y apprend de nombreuses façons d’accommoder les plats, mais on s’ennuie beaucoup tant l’action est réduite à néant. La relation avec Anna se transforme, mais on n’y croit plus guère.
   
   Un livre en demi-teinte, un peu décevant, que des adolescents pourraient apprécier. Un roman un peu trop long (plus de 300 pages) qui nous fait réfléchir sur les vertus initiatiques du voyage et la paternité.
    ↓

critique par Seraphita




* * *



La simplicité du compliqué
Note :

   En ces temps de grisaille, un livre lumineux. En ces temps superficiels, un ouvrage empli de profondeur. En ces temps tape à l’œil, une ode à la simplicité et au «vivons caché».
   Un livre doux et optimiste sans être gnan gnan la praline.
   
   On y traite de la filiation. Arnljotur, jeune homme de 22 ans, nous contant sa vie, montre le rôle joué par père et mère dans ses choix. Puis père attentionné à son tour, il vit cette paternité non souhaitée avec tout le respect dû au petit être qui n’a pas demandé d’arriver au monde.
   
   On y traite du nécessaire voyage. Pour grandir, pour se développer, pour choisir, il faut partir, quitter le nid, rencontrer les autres, se retrouver avec soi-même, déconnecter (le mot n’est pas à la mode de notre époque hyper connectée).
   
   On y traite de passion. Passion des roses et des plantes qui poussent notre héros vers une région reculée, vers le jardin d’un monastère à la Roseraie abandonnée et pour laquelle le jardinier passionné qu’il est va faire des miracles. Un jardin destiné à recevoir la Rosa Candida à huit pétales transportée amoureusement depuis son pays natal par le jeune homme. Héritage d’une mère disparue trop tôt.
   
   On y traite d’amitié et d’amour. Et des limites des deux sentiments. Du passage de l’un vers l’autre. De l’incertitude des sentiments, de la certitude des doutes. Du corps. Des corps. De la vie à deux. Des petits moments heureux et des regards qui touchent.
   
   De multiples questions, quelques essais de réponses, tout en simplicité.
   
   Mine de pas grand-chose, le passage à l’âge adulte du narrateur, accéléré par la disparition de la mère, le départ choisi vers l’avenir et la paternité tombée du ciel, est traité sans grands mots, sans grande phrase, avec un réalisme touchant dans le mille.
   
   J’ai apprécié la cascade d’ondes intelligentes.
    ↓

critique par OB1




* * *



Reflexion sur la paternité
Note :

   De nombreux prix ont couronné ce roman dont le Prix Page des libraires, en 2010.
   
    Rosa Candida, une rose à huit pétales soudés que la mère de Lobbi a élevée dans sa serre avant d’être tuée dans un accident de voiture. A 22 ans, Lobbi quitte son pays pour rejoindre la roseraie en friche d’un monastère qu’il doit remettre en état. Après un passé de marin, il s’est tourné vers la culture des roses, une passion héritée de sa mère qu’il avait l’habitude, dès son plus jeune âge, d’accompagner dans la serre. Il part laissant derrière lui son père déboussolé par la perte de sa femme, son frère jumeau retardé mental et sa petite fille de neuf mois qu’il a conçue par hasard, un instant d’imprudence, un accident qui ne le concerne pas. Lobbi ne se sent pas responsable, les choses arrivent, c’est tout. Dans ce voyage, il emporte trois plants de Rosa Candida qu’il espère voir fleurir dans ce jardin étranger. Un voyage en voiture de plus de deux mille kilomètres, des rencontres, une nouvelle vie dans ce village perdu dominé par la grande église, le travail au milieu de la communauté monastique. L’Islande est loin, Lobbi s’organise jusqu’à ce qu’il reçoive une lettre d’Anna, la mère de son enfant.
   
   Le personnage de Lobbi n’est pas sans rappeler celui la jeune femme de "L’embellie" qui ne se sentait pas concernée par la maternité. Silencieux, introverti, il semble subir les événements du hasard. La paternité lui est étrangère, son rapport aux femmes ambigu, "elles sont imprévisibles, elles surgissent devant vous". Toujours en recherche de réponses sur la naissance, la mort, le désir, le corps et ses exigences, le corps "comme une tache d’encre au milieu d’une nappe blanche."
   
   Un conte initiatique, mystique, un temps hors du temps.
   ↓

critique par Michelle




* * *



Un regard de poète
Note :

    Le jeune Arnljotur va quitter sa maison et l'Islande, pour être jardinier dans un pays éloigné où il aura à remettre en état un jardin et une roseraie magnifiques, célèbres par leur beauté, mais partiellement abandonnés depuis des années. Il laisse son père, très âgé et un peu dépassé, son frère jumeau autiste. Sa mère vient de mourir d'un accident de voiture, cette mère qu'il aimait tant et avec qui il partageait un même amour pour le jardinage et leur serre. Il laisse aussi une petite fille, bébé née d'une nuit d'amour rapide et sans suite, avec Anna qu'il connaissait à peine. Arnjoltur emporte avec lui - des boutures de Rosa Candida, une rose à huit pétales, pour les transplanter dans son jardin du bout du monde. Le récit raconte son voyage, ses rencontres, puis son installation dans ce village pittoresque au pied du monastère où Arnjoltur va travailler. Il ne sait pas encore que Anna et son bébé vont venir le rejoindre…
   
   Quel livre agréable ce Rosa Candida, à lire comme une friandise qui fait du bien, comme une bulle de douceur et de tendresse dans un monde qui ne l'est pas tellement!
   
    Ce qui fait l'intérêt du roman, ce sont les personnages attachants comme le jeune Arnljotur qui est à peine sorti de l'adolescence et déjà père, bien qu'il ne réalise pas très bien ce que cela signifie.
   On pense à la mort. Quand on a un enfant, on sait qu'on mourra un jour.
   
    Ses rapports avec les autres, sa manière d'envisager la vie, et d'assumer sa paternité, avec sérieux et gravité mais aussi avec naïveté et juvénilité, en font un personnage charismatique et sympathique.
   
    D'autres personnages sont parfois un peu décalés voire déroutants, mais toujours très humains. Ainsi le père de Anrljodur, très âgé, au vocabulaire désuet, aux idées surannées, qui apprend à cuisiner à partir des recettes de sa femme pour continuer à vivre avec elle et parler d'elle à son fils. Ainsi ce vieux moine, le frère Thomas, un peu porté sur la bouteille, mais très attentif aux autres, qui puise les conseils et le réconfort qu'il apporte à Arnljotur non pas seulement dans la Bible mais aussi, en cinéphile averti, dans les films! Ceux-ci n'ont-ils pas réponse à tout?
   "On regardera Le Septième sceau demain soir, dit-il, comme ça on pourra continuer avec la mort."
   
    Et Arnljotur a bien besoin de ce père spirituel, lui qui se pose tant de questions sur la mort, sur le sexe.
   "Que veux-tu dire quand tu prétends penser continuellement à la mort?
   - Comme ça, de sept à onze fois par jour - ça dépend des jours. Le plus, c'est tôt, le matin, quand je viens d'arriver au jardin, et puis tard le soir, dans mon lit." (…)
   Je m'attends plus ou moins à ce qu'il me demande combien de fois je pense au corps et au sexe.(…)
   S'il m'avait interrogé sur les plantes, la réponse aurait été la même. Je pense autant aux plantes qu'au sexe et qu'à la mort."

   
    J'ai beaucoup aimé aussi les passages où le jeune homme parle de l'Islande à une étrangère. Comment décrire son pays, en effet, quand on a très peu de vocabulaire. Il faut trouver des équivalences et la beauté de ce pays renaît sous les mots du jeune islandais qui devient poète :
   "Je trouve qu'il est important que cette jeune fille étrangère - je dis jeune fille comme mon vieux père- se représente une plage de sable vaste et déserte, sans aucune trace de pas, et puis rien d'autre que la mer sans fin avec, peut-être, la crête des vagues qui écume au loin et puis le ciel infini par dessus. Je dis infini deux fois de suite parce que j'ai envie de lui faire comprendre ce que c'est de poser le pied dans aucune trace, d'aucun homme sur le sable noir de la grève…"
   
   Et c'est peut-être ce regard de poète qui donne au roman son charme, sa drôlerie, son étrangeté.
   
    Mais si l'écrivaine adopte un parti pris résolument optimiste (trop, diront certains!) elle ne tombe jamais dans la mièvrerie. Un roman charmant.
    ↓

critique par Claudialucia




* * *



Une certaine fraîcheur
Note :

   J’avais entendu parler de ce roman islandais au moment de sa publication en français, en 2010, et, depuis, j’avais gardé son titre dans un coin de ma tête, en me disant que je le lirais un jour ou l’autre. Les critiques que j’en avais entendues étaient très élogieuses et il semblait se produire un petit phénomène autour de ce livre. Quatre ans après, j’ai enfin trouvé le moyen de le lire, et, sans parler de déception, je dirais que mon impression n’est pas à la hauteur de mes attentes.
    
   Le début de l’histoire :
   Un jeune homme de vingt-deux ans, Arnljotur, s’apprête à quitter pour la première fois la maison de son père et de son frère autiste, pour aller travailler comme jardinier dans un monastère à l’étranger. Ce jeune homme est en effet passionné d’horticulture et cultive une variété de rose très rare, la rose à huit pétales, aussi appelée rosa candida. Arnljotur a eu, quelques mois auparavant, la surprise de devenir père d’une petite fille, nommé Flora Sol, conçue à la faveur d’une très brève aventure avec une étudiante qu’il n’aimait pas et connaissait à peine. Le jeune homme, pendant son voyage vers le monastère, tombe malade et doit subir une opération. (…)
   
   Mon avis :
   Ce n’est pas un livre qui a remis en cause ma vision du monde ou qui a perturbé mon subconscient mais l’histoire est très charmante et la façon dont sont décrites les choses et les sentiments est agréable et fluide. Il m’a semblé plusieurs fois au cours de ma lecture que tout se déroulait d’une manière un peu trop idyllique et trop simple, que les zones d’ombre étaient un peu trop vite évacuées, mais on peut penser que c’est le parti pris esthétique de l’auteur et, en même temps, un certain réalisme n’est pas absent de ce livre, par la multiplication des descriptions et des détails concrets.
   
   J’ai trouvé que les caractères des personnages n’étaient pas non plus très creusés, mais leur quasi absence d’aspérités ou de défauts n’est pas pour autant désagréable ou gênante, et n’empêche pas le lecteur de s’attacher à l’histoire.
   
   Disons que ce n’est pas un roman qui se lit avec passion – car on n’est pas vraiment entraîné dans un suspense ou aiguillonné par une tension dramatique – c’est un livre au contraire très calme, raisonnable, qui laisse penser que la vie est un long fleuve tranquille et que le bonheur est une chose aisément accessible.
   
   Un roman délicat, cohérent, mais qui reste, à mon goût, un peu trop en surface.

critique par Etcetera




* * *