Lecture / Ecriture
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La vie est brève et le désir sans fin de Patrick Lapeyre

Patrick Lapeyre
  La vie est brève et le désir sans fin
  L'homme-sœur
  La splendeur dans l'herbe

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La vie est brève et le désir sans fin - Patrick Lapeyre

« Qui a deux maisons perd la raison »
Note :

    Prix Femina 2010
   
   Patrick Lapeyre vient d’obtenir le prix Femina avec ce roman qui est une œuvre plus ambitieuse que "L'homme-sœur" que j’avais lu de lui auparavant et qui m’avait beaucoup plu. Je me suis donc empressée de lire aussi celui-ci et je n’ai pu m’empêcher de les comparer.
   
   On retrouve bien la belle écriture de l’auteur et ce thème qui lui tient à cœur, sur lequel il revient sans cesse et qu’il analyse au microscope: le thème du manque et de la douleur de l’absence, ce vide froid la mort de la qui pèse à l’intérieur de nous quand est absent un être dont nous avons besoin pour vivre. Ce vide qui nous paralyse car il témoigne de la certitude que nous avons de ne pouvoir vivre avec ce manque. Cela pourrait être pour un enfant l’infinie douleur de l’absence d’un parent, c’est avec P. Lapeyre, pour des adultes, le manque de l’être aimé.
   
   Louis, juste quarante ans, français, marié, traducteur free lance de notices diverses, est amoureux de Nora, jeune femme instable avec laquelle il a vécu une brève passion avant qu’elle disparaisse pour Londres où c’est Murphy, trader américain en déplacement qui succombe à son charme. Au début du roman, Nora vient de quitter Murphy sans motif, préavis, ni explication et de regagner la France puis, après un petit délai (sur lequel on peut aussi s’interroger pour tenter de la comprendre) a retrouvé Louis qui réalise soudain que depuis deux ans il n’a pas vécu, ne faisant que l’attendre et maintenant qu’elle est là, il ne songe qu’à rattraper les deux ans "perdus" et, follement amoureux, ne peut absolument pas envisager de la perdre à nouveau. Pourtant, la situation n’est pas facile car Louis a également une épouse qui l’aime et qu’il aime. De son côté, Murphy, à Londres, également très épris, mais moins dépendant, son caractère lui permettant de mieux affronter la situation, reste néanmoins "secoué" et a du mal à faire face. Pour tout arranger, Nora semble ne pas parvenir à se résoudre à choisir (mais Louis non plus) et soumet chacun à des départs inattendus pour retrouver l’autre. Sous ses airs d’escapade amoureuse, la situation est extrêmement destructrice pour tous.
   
   Au scalpel de sa plume, Patrick Lapeyre va nous disséquer jusque dans leurs plus subtils tressaillements les affres des trois et même quatre acteurs principaux de cette tranche de vie (Mais je tiens aussitôt à dire que ces personnages ne sont pas seuls et qu’évoluent autour d’eux des personnages secondaires vraiment très bien peints, aucun ne se réduisant jamais à une silhouette à l’arrière plan, vivant eux–mêmes des histoires à part entière, donnant au passage à voir que chacun ne peut prendre en charge que la sienne.)
   
   Pour ma part, au début, j’ai eu du mal à m’intéresser vraiment à cette histoire d’amour compliquée, qui n’est pas un de mes thèmes préférés. Ce qui m’a peu à peu convaincue, c’est d’abord l’écriture remarquable, l’art maîtrisé de l’écrivain, puis la subtilité et la justesse des sentiments et situations étudiés et mis en scène par l’auteur. Il a vraiment beaucoup de choses très fines à faire passer sur ce thème qui lui tient tant à cœur; si bien que finalement, même quelqu’un comme moi peu attiré par le sujet, se trouve intéressé par ce roman que sa fin transcende d’ailleurs bien au-delà d’une histoire d’amour jusqu’au statut de témoignage éclairant d’existence humaine. Nous avons d’ailleurs droit à une fin tout à fait quantique et les chats de Schrödinger remplaceront les chiens de Murphy (cette dernière phrase ne pouvant être comprise que de ceux qui auront lu le livre)
   J’ai préféré "L'homme-sœur" plus épuré, pour la même raison d’autres préfèreront celui-ci, plus riche. Dans les deux cette vision qui parvient à être à la fois lucide et poétique
   
   
   Extrait :
   "Les yeux fixés sur la fenêtre blanche, il reste éveillé sur le lit, les bras le long du corps, en proie à cette pensée lancinante, aussi régulière qu’une goutte d’eau tombant dans un seau: Nora est partie et il va vivre sans elle.
   Il a le pressentiment qu’il n’y arrivera pas. Il fera trop froid.
   L’obscurité tombera à midi et le vent arctique soufflera dans les rues désertées. Les canalisations éclateront, l’herbe poussera dans les craquelures du ciment, les gens boucheront toutes les issues avec des matelas et, à la fin, les animaux transis se coucheront pour mourir, sans avoir connu Nora.
   Le monde sans elle ressemblera à ça." (282)

   
   
    Rentrée littéraire 2010
    ↓

critique par Sibylline




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La lecture est belle et le plaisir en fin
Note :

   D’abord, le titre, beau et limpide! Il contient à lui seul l’essentiel. C’est à se demander comment (ou si) il n’a pas déjà été inventé! Ensuite, l’écriture, lentement envoûtante, jusqu’à la dernière partie du bouquin qui embarque. Une attente récompensée. Il ne se passe quasiment rien, pas de péripéties, peu d’actions, beaucoup d’introspection. Au microscope des cœurs, le mouvement est conséquent pour les personnages principaux. Les sentiments décrits sont complexes et décortiqués par une plume qui fouille au profond. Rien de simpliste, rien de simplet, de la note juste…
   
   Deux lieux: Paris et Londres. Des amours compliquées. Louis et Nora. Nora et Murphy. Sabine et Louis. Nora, ex maitresse de Louis, avait disparu depuis deux années de Paris. Elle laisse sans préavis Murphy à Londres pour réapparaitre à Paris. Les cœurs s’attristent, les cœurs s’emballent, les forces de l’attirance mutuelle dévastent tout. Sabine, femme de Louis, tient le choc. Louis l’aime aussi, c’est sa vérité. Celle du moment.
   
   « A l’intérieur de sa double vie, une sorte de relation barométrique a dû s’installer entre les pressions que chacune d’elles exercent sur lui, grâce à laquelle il a fini par trouver un semblant d’équilibre. C’est une théorie, tout compte fait, qui en vaut une autre. En se forçant un peu, Blériot serait même prêt à soutenir que tous ceux qui n’ont jamais aimé deux femmes à la fois sont condamnés à rester des hommes incomplets.» P 253

   
   Cet aveu de non-choix est non seulement compliqué à assumer mais quasi-impossible à vivre. La souffrance est permanente qu’on soit quitté ou qu’on quitte, qu’on trompe ou que l’on soit trompé. Le manque ronge.
   
   Les aimants de l’amour ont autant le pouvoir d’assembler les êtres que d’éloigner les possibles.
   ↓

critique par OB1




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Bobo latrie germanopratine
Note :

    Un titre si séduisant que je n’ai pu résister à l’achat de ce dernier roman commis par Patrick Lapeyre, paru en août 2010, d’autant que la plupart des critiques de magazines l’ont bien noté. J’aurais pu approfondir cependant la légère réserve non-formulée par ma libraire, quand j’ai souligné l’attrait du titre:
   -Oui, le titre est bien choisi en effet, m’a-t-elle répondu laconiquement.
   
   La vie est brève et le désir sans fin…
   Qui n’aurait envie de suivre ce Louis Blériot qui semble détenir le secret inouï de s’abstraire du monde contingent quand il éprouve une rupture avec la réalité? À lire le premier chapitre, j’étais consentante et décidée à parcourir un bout de chemin au fil des trois cent cinquante pages du bouquin.
   
   Seulement voilà… La vie de Louis Blériot s’étire avec l’élasticité d’un chewing-gum collant qui refuse de quitter vos doigts. Cet homme souffre de ne rien assumer et de n’adhérer à rien, si ce n’est à un amour fantomatique avec Nora. Marié à Sabine, nous apprenons rapidement que Louis vit à ses crochets, se vantant presque des stratégies d’évitement pratiquées par le couple pour maintenir les faux-semblants de leur mariage. Quelques traductions industrielles lui permettent de dégager de maigres revenus, le personnage assume à peine ses attaches familiales, il vit en marge de son nid, atteint d’une dépression amoureuse à la suite de l’évaporation de Nora. De cette jeune femme anglaise, nous apprenons rapidement qu’elle cultive la pratique de la fugue comme un art. Elle maintient ses partenaires successifs (ou simultanés) en état de manque grâce à ses disparitions inopinées… Suivies de soudaines résurgences, quand elle a besoin d’aide, bien entendu…
   Elle finit donc par réintégrer la vie de Louis au moment où celui-ci se pensait en bonne voie de guérison. La rechute n’en est que plus intense…
   Patrick Lapeyre survole délicatement leurs ébats, il ne prétend pas instiller un érotisme torride. Les scènes d’amour se focalisent plus sur l’accompagnement des verres de vin que sur l’évocation des rapports charnels… Comme si le désir sensuel des amants se heurtait à une limite paradoxale…
   Nous sommes donc loin des promesses engagées par le titre.
   Inévitablement, un jour Nora disparaît à nouveau de la réalité de Louis.
   Alors qu’il aurait pu sauver son ménage, quand Sabine lui offre l’opportunité d’une parenthèse italienne, Nora efface à nouveau ses traces… Et Louis n’entrevoit pas d’autres solutions qu’une lente agonie physique et morale dans le confort d’une déprime douillette.
   
   Vous l’avez certainement perçu, je me suis ennuyée en compagnie de ces personnages convenus, représentatifs d’une certaine bobo latrie germanopratine. Ces caractères m’ont semblé si creux, si nombrilistes, tellement affectés et soumis au dictat du genre. Vous savez quoi? Il m’est arrivé de juxtaposer les traits de tel ou tel intellectuels de gauche, philosophes expert des magazines branchés, ou égérie filandreuse des milieux pop rock au visage imaginaire des créatures de Patrick Lapeyre.
   Pour le coup, vous allez me juger sévère!
   - Mais pourquoi donc es-tu allée au bout ?
   -Je n’aime pas lâcher l’affaire, je suis tenace, et abandonner l’ouvrage me semblerait une désertion.
   
    Lapeyre donc prépare un revirement de situations, une fin qui prend une autre route et celui qui s’égare le plus n’est pas celui que l’on croit…
   
   L’écriture de Patrick Lapeyre est agréable et maîtrisée, certes mais ce premier ouvrage que je lis de lui ne m’encourage guère à tenter d’autres lectures, lui qui pourtant avait convaincu les jurés du Livre Inter et les libraires en 2004 avec "L’Homme-sœur".
   ↓

critique par Gouttesdo




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Pas aimé du tout !
Note :

   Voilà le type même des livres que je n’aime pas : prétentieux, ambitieux et ennuyeux mais primé, encensé, catalogué comme étant de grande qualité.
   
   Les personnages me sont antipathiques. Ils aiment une femme qui n’est là que quand elle le veut bien et ils s’en contentent préférant l’attendre ou dénier la réalité. Ils sont sans colonne vertébrale, mollassons, masochistes, elle est absente et fatale, chacun peut l’imaginer à sa façon. Elle veut surtout de l’argent et de la liberté.
   
   J’ai lu la plupart des articles qui en parlent, dithyrambiques à la suite de l’attribution du prix Femina 2010.
   Qui le compare à Sénèque, d’autres plus modestement à "Jules et Jim", mais du moins, ce dernier livre ne m'est pas tombé des mains, lui.
   Désolée, vraiment mais j'ai totalement raté "cet écrivain rare" et ce livre dont on dit dans la présentation de l'auteur: "Ce dernier roman évoque la dialectique de la grâce et de la souffrance dans une succession d'états sensoriels et poétiques, avec une structure répétitive d'essence quasi-musicale."(Wikipedia)
   Seuls ont osé dire que cette lecture les a ennuyés, des blogueurs peut-être comme moi plus sincères qu’inspirés évidemment.
   
   Que dire d’un livre que l’on trouve insipide alors même qu’il vient de recevoir un Prix et qu’il est encensé par la presse unanime sinon qu'on se sent deux fois plus déçue justement?
   
   Voilà bien longtemps que je me méfie de ce genre d’articles toujours si admiratifs. Je n’aime pas toutes ces fumées d’encens qui finissent par m’écœurer tant je ne reconnais pas le livre que je viens de lire. J'aurais été heureuse si j'avais pu trouver de réels moments d'émotion dans ce roman. Je n’y ai trouvé qu'une déception de plus qui me rejette toujours davantage vers la littérature étrangère.
   Je renonce même à en raconter l'intrigue tant je désire quitter le souvenir de ce livre au plus vite.
   En revanche, si vous trouvez que je suis trop dure, lisez les éloges de presse, tous pleins d'admiration et de ferveur. On les trouve réunis chez P.O.L., l'éditeur.

critique par Mango




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