Lecture / Ecriture
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Divines amours de Michael Bracewell

Michael Bracewell
  Divines amours

Divines amours - Michael Bracewell

L'éclosion des fleurs couleur d'orage
Note :

   En ce week-end pluvieux du mois de novembre, j'ai décidé de profiter du temps que j'avais devant moi  pour rattraper un peu mon monstrueux retard chroniquesque - au détriment d'un week-end dans une capitale européenne, quelle abnégation (suspecte, je l'avoue)!
   Commençons par "Divines Amours" de Michael Bracewell, excellent cru de cette rentrée littéraire 2010.
   "Au cynique désenchanté - c'est-à-dire, à celui qui porte sur le monde un regard endurci par une posture intellectuelle sagace -, il serait vain de recommander la vie d'un jeune homme de vingt-huit ans comme sujet d'étude approfondie" (p43).

   
   Dans "Un Eternel Jeune Homme", Bracewell avait choisi pour cadre l'Angleterre des années Thatcher. Nous voilà cette fois-ci plongés à la fin des années 70, en compagnie de jeunes passant de l'adolescence à l'âge adulte, pendant cette période de transition délicate où les promesses d'avenir ne se concrétisent pas toujours, où les projets idéaux sont confrontés à la réalité et où soudain se dessine un avenir beaucoup clair une fois que sont faits ces premiers choix nécessaires à cet âge - mais qui, inévitablement, réduisent progressivement le champ des possibilités qui s'offraient à vous à l'adolescence.
   
   Dans des chapitres alternant entre les destins de personnages qui ne font parfois que se croiser, Bracewell raconte les premières amours sérieuses de Miles, élève d'Eton au sang bleu promis à un brillant avenir. Apparaissent ainsi ses amis d'enfance James, Stella et Lucinda - dont l'une mourra tragiquement avant d'être éclipsée par l'autre - sa meilleure amie - quelques mois plus tard. S'ajoute à ce "Gang de la main noire" Kelly O' Kelly, l'héroïne torturée du premier chapitre qui pratique activement le bondage depuis l'enfance et se rend inaccessible, ôtant (par erreur) sa carapace le jour où elle rencontre Miles. Enfin, les péripéties d'un couple croisé par hasard dans un café finissent par recouper l'histoire de ce "parfait" gentleman.
   
   Outre l'écriture délectable qui n'est pas le plus faible atout de ce très beau roman (et que l'on doit aussi au traducteur), "Divines Amours" m'a vraiment conquise par la façon dont il parvient à recréer l'ambiance d'une époque tout en dépeignant avec beaucoup de justesse cet "entre-deux" si particulier au cours d'une vie, où en l'espace de peu d'années le mode de vie change radicalement, les histoires sentimentales impliquent beaucoup plus de choix et de bouleversements pour peu qu'elles soient un brin sérieuses, tandis que l'avenir professionnel se dessine avec plus de netteté et prend soudain un tour beaucoup plus concret. Une période fascinante mais qui comporte sa part d'angoisse, ce qui est parfaitement retraduit par la façon dont chacun des jeunes personnages saisit les occasions qui lui sont offertes.
   
   Un livre où l'art occupe également une place importante, entre Kelly l'artiste maudite et Douglas, producteur de disques. On l'abandonne à grand regret une fois la dernière page tournée.
   
    
   PS: A noter qu'en anglais le titre est "Divine Concepts of Physical Beauty" (qui à mon sens retraduit davantage l'atmosphère de ce récit).
   
   
    Rentrée littéraire 2010

critique par Lou




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