Lecture / Ecriture
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La traduction est une histoire d'amour de Jacques Poulin

Jacques Poulin
  Volswagen Blues
  La Tournee d'automne
  Le vieux chagrin
  La traduction est une histoire d'amour
  Les grandes marées

Jacques Poulin est un auteur québécois né en 1937.

La traduction est une histoire d'amour - Jacques Poulin

La lecture aussi, souvent...
Note :

   Je ne résiste pas au plaisir de vous recopier la courte introduction de ce livre:
   « - En définitif dans cette affaire, il s'agit bien d'un couple et nous parlons d'amour. Oui nous parlons de traduction dont la définition est, d'abord, d'être un transport. Transport de langue ou transport amoureux.»
   Albert Bensoussan. Traduction et création.

   
   Marine, en fait Maureen, rousse flamboyante d'origine irlandaise, est traductrice. Après avoir voyagé, elle est de retour au Québec. Au cours d'une de ses visites au cimetière où repose sa mère, elle fait la connaissance de Monsieur Waterman, célèbre écrivain dont elle aimerait traduire l'œuvre. Une profonde amitié va lier ces deux personnages, malgré leur différence. Mais l'amour des mots, de la sonorité d'un texte et de la littérature les rend très complices. Lui reste écrire en ville, elle habite un chalet à l'île d'Orléans, où ils passent en général le week-end. L'intrusion d'un chat noir avec une laisse et un numéro de téléphone autour du cou va remettre en question la sérénité de leur vie respective. D'où vient ce chat? Que veut dire cet étrange message sur le répondeur? La voie féminine semble jeune, pourquoi avoir abandonné cet animal de compagnie? La jeune fille qui habite au bout du chemin qui mène au chalet de Marine parle d'une vieille dame venue en taxi? Une jeune fille et une vieille dame, cela intrigue notre duo de détectives amateurs. Le numéro de téléphone commence par l'indicatif de la ville; alors Marine fait appel à un enquêteur qu'elle a connu il y a quelques années.
   
   Un livre sympathique, des personnages ordinaires sans reliefs, comme si l'auteur n'avait pas cherché à leur donner plus de consistance.
   
   Marine est une solitaire, elle parle de sa sœur qui a disparu, sa mère est morte, mais elle lui a inculqué le souvenir de l'Irlande dans la mémoire collective avec la Grosse-Ile comme lieu de sépulture pour les morts de maladie. Monsieur Waterman est un écrivain reconnu, mais un peu en panne d'inspiration, il lit plus qu'il n'écrit. Il mène une vie bien réglée avec des heures bien précises, mais un jour tout cela sera chamboulé. Quelques autres personnes comme la jeune fille et la «sorcière», la petite fille du bout du chemin, le détective ont aussi leurs places dans ce livre. Les animaux sont bien présents dont les deux chats, Chaloupe et Famine, genre de Laurel et Hardy félins, l'un efflanqué, l'autre obèse. Un renard, une biche, des chevaux de course à la retraite, un couple de hérons, des ratons laveurs, bref un inventaire à la Prévert.
   
   Un roman plein de bons sentiments, peut-être trop d'ailleurs, ce qui donne un côté conte de fée moderne à ce roman, mais sans surprise. Je m'attendais à mieux de la la part de cet auteur, car j'avais bien aimé, il y a quelques années «Wolkswagen Blues». Un peu de mauvais humour, entre Marine et Monsieur Waterman, c'est une histoire à l'eau de rose qui manque un peu de sel. Un exercice de style sur la traduction, très bien écrit, mais cela s'arrête là. Quelques moments sont intéressants, ceux qui parlent de traduction et ceux racontant les mémoires de la famille et des grandes famines en Irlande. Une lecture agréable, mais l'histoire est un peu facile à mon goût. Un mauvais choix de ma part, ayant dans ma bibliothèque «Les grandes marées»!
   
   A noter que dans ce roman et dans «Wolkwagen Blues», l'auteur nous parle d'un lieu qui semble lui tenir à cœur, la librairie «City Light» de Laurence Ferlinghetti, là où Jack Kerouac commence son livre «Big Sur» puis il rend également hommage à Anne Herbert et cite également Hubert Mingarelli et Kafka.
   
   
   Extraits :
   
   - En général, les hommes ne m'inspiraient pas confiance, mais je faisais une exception pour lui.
   
   - Je m'appelle Marine. C'est la version adoucie de Maureen, le nom de ma mère, une irlandaise.
   
   - Trop souvent, dans ma courte vie, quelque chose m'a poussé à faire exactement le contraire de ce qui convenait.
   
   - Il souriait et son regard malicieux détaillait ma tignasse rousse, mes taches de rousseurs et mes yeux verts.
   
   - Un drôle de boulot, nous les traducteurs.
   
   - On doit épouser le style de l'auteur.
   
   - Pour préserver ma liberté, je n'avais pas de portable- je préfère ce mot à «cellulaire», qui pour moi évoque la prison.
   
   - Poisseuse, ça veut dire que l'eau est un peu gluante. Collante si tu préfères. Tu comprends?
   
   - Les histoires de sexe, on ne s'en occupait pas, Monsieur Waterman et moi.
   
   - D'un seul coup, j'étais transporté dans la vieille maison du langage, à mi-chemin entre la terre et le ciel.
   
   - Autre signe que j'étais zouave: en remontant vers le chalet, je me mise à parler aux bouleaux.
   
   - À ma manière, un peu rétive, c'était quand même l'homme que j'aimais le plus au monde.

    ↓

critique par Eireann Yvon




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Un couple de papier
Note :

   Marine, jeune traductrice formée en Suisse, revient au pays: à Québec. Orpheline et d'esprit très indépendant —«Je ne veux être la fidèle compagne de personne» —, elle est la fille d'une immigrée irlandaise et interprète son prénom comme une évolution de "Maureen".
   
   En quelques pages elle s'immisce dans la vie de Jack Waterman: ce romancier au nom de plume n'écrit évidemment pas à l'ordinateur et il est l'écrivain le plus lent du monde. «Au meilleur de sa forme, il était capable d'écrire une bonne demi-page dans une journée…» Le romancier qui a largement l'âge d'être le père de Marine l'installe dans son chalet de l'île d'Orléans, au bord d'un étang «plein de truites et de ouaouarons» dans un paysage bucolique relativement proche du centre-ville où il réside dans une tour. La découverte d'un petit chat noir avec un message dans le collier, installe le mystère dans le récit à la première personne et perturbe l'esprit de la narratrice: «Je devenais un peu zouave» avoue-t-elle, après avoir pris connaissance de cet appel au secours. Pour l'écrivain et sa traductrice, il y a obligation de procéder par eux-mêmes à une opération de sauvetage. «Moi qui avais toujours été une nomade, moi qui faisais tout ce qui me passait par la tête, qui avais déjà pris le premier avion pour n'importe où, qui ne m'attachais à rien ni à personne, voilà que je me faisais un énorme souci pour les gens et les bêtes vivant auprès de moi.»
   
   Leur affaire prendra un peu de temps et la belle saison y passera. Mais avant que n'arrive «l'été des Indiens», Marine aura exploré les environs du chalet, conversé avec les vieux chevaux de course, épié les ratons laveurs et le grand héron bleu, admiré la biche à la démarche de "top model" dans les défilés de mode. Marine aura aussi exploré la bibliothèque de l'écrivain et étalé ses goûts littéraires. Elle aime les récits d'Isabelle Eberhardt. Il aime Modiano. Il lui fait lire "La beauté des loutres" d'Hubert Mingarelli. Ils consultent les dictionnaires. «On n'habite pas sous le même toit, mais on est souvent ensemble» dit Waterman. «On n'a pas vraiment décidé de vivre comme ça, mais c'est ce qui nous convient pour l'instant» ajoute-t-elle.
   
   Trompé par le titre! C'est le sentiment qui peut naître chez le lecteur au bout d'une trentaine de pages. Il n'empêche, c'est un roman délicat, très agréable à lire et soigneusement écrit. La traduction n'est pas une histoire d'amour mais parfois elle en indique le chemin. Roman à rapprocher d'une autre œuvre de l'auteur québecois: "L'anglais n'est pas une langue magique" parue chez le même éditeur en 2009.

critique par Mapero




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