Lecture / Ecriture
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A la petite semaine de Gene Kerrigan

Gene Kerrigan
  A la petite semaine
  L'impasse

A la petite semaine - Gene Kerrigan

Drôle d'Eire!
Note :

   Un auteur irlandais absolument inconnu, du moins pour moi. Encore un romancier qui ne sera pas embauché par l'office du tourisme irlandais, car l'image qu'il donne de son pays n'est pas des plus réjouissantes, ancien journaliste, il connait très bien certains aspects souvent passés sous silence de son pays. Ce titre est le premier traduit et un second a suivi.
   
   «Time is Money», ce proverbe anglais semble être devenu une seconde nature pour la majorité des irlandais. L'argent coule (coulait?) à flot, le modèle américain a pignon (pognon?) sur rue. Mais ce genre de système laisse du monde sur le carreau. Alors Frankie Crowe, petit truand sans envergure, demande sa part, la plus grosse possible, après les braquages minables, il veut se lancer, gagner beaucoup en peu de temps, alors il choisit l'enlèvement avec demande de rançon.
   
   Mais pour cela, il lui faut l'aval de Jojo Mackendrick, qui ne lui donne pas, sachant que cela nuira à la tranquillité des affaires, les siennes en particulier. Frankie devient fou de rage, mais maintient son projet. Le problème est de trouver des complices, relativement facilement résolu même si certains ne sont pas très surs. Ensuite, il faut trouver un «kidnappé» pas trop riche car très protégé, mais suffisamment pour pouvoir payer la rançon. Son choix se porte sur Justin Kennedy, directeur et membre fondateur d'une banque privée. Mais est-ce la bonne personne? Toujours est-il qu'ils partent avec Angela, l'épouse de Justin. Commence alors pour elle un long calvaire, bringuebalée de planque en planque, à la merci de personnages pas très fréquentables, pendant que son mari tente de réunir la rançon. L'auteur alors nous fait pénétrer dans le monde de la finance, avec ses comptes secrets, ses fortunes cachées, ses sociétés immobilières ou autres qui servent uniquement de paravents. Deux mondes de truands s'affrontent, ceux en «bleus de chauffe» et ceux «à cols blancs». Où est la morale dans tout cela?! Et bien, elle est pourtant présente, un après-midi dans un petit village d'Irlande...
   
   Beaucoup de personnages dans ce roman: Frankie Crowe, petit truand dont la vie ne fut pas très rose. Violent et emporté, il semble toujours faire l'inverse de ce qui est logique. Il veut désormais jouer dans la cour des grands, être reconnu, devenir un caïd. Peu de choses le touchent sauf Sinead, sa fille qu'il adore. L'enlèvement lui rapporte plus d'ennuis que d'argent visiblement, Frankie Crown aurait dû se souvenirs du passé!
   
   Angela est le prototype de la petite bourgeoise membre du club des nouveaux riches. Son mariage fut plus dicté par l'intérêt que par l'amour. Elle pardonne volontiers à son mari ses aventures, menant sa vie entre le shopping, son club de gymnastique et ses enfants.
   
   Les truands sont plutôt minables, les policiers sont à ranger en deux catégories, les anciens un peu ripoux, la vie est devenue tellement chère à Dublin! Et les modernes, qui sont plutôt le style Elliott Ness, incorruptibles, frais émoulus de l'école, toujours en forme, très imbus d'eux même et carriéristes dans l'âme. Tout le monde veut sa place au soleil, les voyous ainsi que les policiers. La politique est une des meilleurs façons de réussir, pour les représentants de l'ordre, les avocats, bref tout ceux qui sont concernés par la justice. Les magouilles, les compromis et les pots de vin mènent le monde!
   
   Un bon roman, bien écrit, même si l'histoire en soi n'est pas très originale. Un livre réaliste et plausible dans un pays qui a perdu tout ses repères traditionnels, noyé sous un flot d'argent, mais qui lui aussi est maintenant au creux de la vague.
   
   
   Extraits :
   
   - Les créateurs de sociétés irlandaises prospères tendaient à prendre le fric puis a se tirer.
   
   - Et l'I.R.A.? Certains canards ont l'air d'y faire allusion.
   
   - Même les gars de l'I.R.A. portent des costards et discutent du PNB.
   
   - Ses honoraires avaient grossi en fonction de son expérience, et son embonpoint en proportion de
   ses honoraires.
   
   - Il leva le poignet et Milky contempla la Rolex en hochant la tête d'un air appréciateur. Tout le monde devrait en avoir une.
   
   - Sa séduisante assistante personnelle avait une connaissance acceptable de l'alphabet et la sonnerie de son portable jouait La chevauchée des Walkyries.
   
   - Plus personne ne se livre au kidnapping. On a connu ça au bon vieux temps …. l'I.R.A. et quelques autres salopards ambitieux.... aucun de ces enlèvements n'a payé.
   
   - Braquez une banque et une équipe de policiers se lance vos trousses. Kidnappez quelqu'un et c'est toute la police que vous avez sur le dos.
   
   - C'était une petite carrée onéreuse, un de ces milliers d'appartements lilliputiens de Dublin qui s'étaient construits à peu de frais et vendu la peau des fesses au cours de la décennie précédente.
   
   - Témoignages manifestes d'une ville sous-développée, récemment enrichie, empruntant énormément et pressée de claquer son pognon.
   
   - La police n'était pas plus capable d'arrêter le crime que les éboueurs d'empêcher l'accumulation des détritus.
   
   - C'était un bâtiment des années 50, grand et moche, bâti à l'apogée de la domination de l'église catholique sur la vie irlandaise.
   

   
   Titre original : Little criminals (2005)

critique par Eireann Yvon




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