Lecture / Ecriture
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Dans ma maison sous terre de Chloé Delaume

Chloé Delaume
  Le cri du sablier
  J'habite dans la télévision
  Dans ma maison sous terre
  Les juins ont tous la même peau

Chloé Delaume est le nom de plume de Nathalie Dalain, écrivaine française née en 1973.

Dans ma maison sous terre - Chloé Delaume

Tombeau, place vacante
Note :

   J’ai lu pour la première fois Chloé Delaume: "J’habite dans la télévision". Et voilà que je tombe, au détour d’un rayon de ma bibliothèque-chapelle, sur "Dans ma maison sous terre", le dernier roman d’elle, un conte noir où une fille (sombrement accompagnée de Théophile) déambule entre des tombes, piochant sa propre histoire dans ces lits de cadavres. Une mère ensevelie (tuée par son mari), le grand-père au-dessus et une place encore au caveau de famille. Pour elle? La Mort refuse; doublée par la grand-mère, dont elle voudrait hâter la fin. Car mamie a, sans mesurer les conséquences, révélé sur le tard un secret explosif: c’est une bonne nouvelle qu’elle lui fait annoncer: "ton père n’est pas ton père", l’assassin est un autre, un étranger dont le sang ne coule pas dans ses veines, et c’est précisément quand Chloé s’est réapproprié l’homme, le meurtrier suicidé sous ses yeux, qu’elle doit s’en détacher, puisqu’il n’est pas son père.
   
   Terrible histoire, et écriture violente avec l’intention claire de tuer la grand-mère après de longues souffrances.
   
   Mais quand on a dit ça, on n’a encore rien dit de l’attrait vénéneux de cette autofiction. De son humour grinçant (quand Chloé imagine les nombreux scénarios amenant l’homme qui n’est pas son père à épouser sa mère. Savait-il? ou bien pas? Quand elle se ressert de cette bonne nouvelle, la fait tourner en bouche, scandaleux évangile). De ses expérimentations ludiques, raccrochant oraisons funèbres et chanson de Sacha Distel, notices nécrologiques de ses doubles et confession de son ombre écrivain (ledit Théophile), tout ça au milieu des vitupérations. De la force des mots qui deviennent chant malade, hexasyllabes, alexandrins déréglés, une forme sonore si classique qu’elle est presque oubliée, utilisée ici avec quelle énergie.
   
   C’est intime et pourtant universel quant au questionnement sur la mort. Lu il y a quelques jours, j’en ai déjà oublié certaines facettes, mais je sais que je le relirai avec la même fascination plus tard, et je voudrais l’avoir dans ma bibliothèque.

critique par Rose




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