Lecture / Ecriture
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A l'ouest du monde de Kenneth Steven

Kenneth Steven
  A l'ouest du monde

A l'ouest du monde - Kenneth Steven

Saint-Kilda priez pour eux
Note :

   Première œuvre de cet auteur écossais né à Glasgow en 1968 que je lis. Ce court roman nous raconte l'histoire de Roddy Gillies habitant Hirta, la plus grande des îles de l'archipel de Hiort (gaélique écossais) ou Hébrides Extérieures. Elle fut évacuée en 1930 à la demande de ses habitants, une centaine environ.
   
   Un enfant, jaloux de son petit frère, tente de le jeter du haut d'une falaise de l'île d'Hirta, l'intervention du père évite le drame. De nombreuses années plus tard, à New-York, un homme se meurt dans un hôpital. Un raccourci saisissant de la vie d'un homme, son corps est usé, mais sa mémoire intacte. Il pense qu'il est le dernier survivant des habitants d'Hirta. Alors il écrit ses mémoires. La vie n'est pas simple dans ces îles inhospitalières sans cesse battues par des vents violents. Si vivre est dur, la mort par contre est familière, Roddy assiste un jour, complètement tétanisé et incapable d'agir, à la mort d'un agneau qui vient de naître, puis une vieille femme du village, et Ewen, un jeune garçon qui, lui, tombe de la falaise!
   Les premiers touristes visitent les îles, Roddy sent leur mépris pour ces enfants en haillons. Le prêtre semble accomplir une mission, éduquer des sauvages, faute de l'Inde ou de lointaines colonies, il lui faudra vaincre les croyances anciennes. Mais le temps fait son œuvre, le père décline, son orgueil lui joue des mauvais tours, la mort est là. Mais une autre mort plus insidieuse approche, l'exil volontaire demandé par les habitants!
   Roddy vit avec Ian et Morag, la mère meurt comme beaucoup des ces gens déracinés. Morag se marie, Roddy fuit le mariage et part pour Glasgow. Là-bas la vie est terrible, la solitude malgré quelques foyers de «gaélisants». La minuscule chambre, le travail harassant, les humiliations quotidiennes. Il retourne voir sa famille, sa sœur a un enfant, Colum, et est très heureuse. Mais son frère Ian l'accueille très mal! Alors l'unique solution, l'exil lointain et définitif.
   
   Les Gillies sont une famille très austère marquée par un protestantisme rigoureux! Travailleur et dur au mal, le père ne supportera pas la déchéance physique due à l'âge. La mère, personnage discret, élèvera ses enfants malgré la précarité des habitants de l'île.
   Roddy semble avoir été un être solitaire toute sa vie. Un jeune garçon, Kevin, vient le voir à l'hôpital, seule visite qu'il semble avoir.
   Sa sœur Morag a réussi sa vie, elle s'est mariée à un homme simple et honnête. Quand Roddy part en Amérique, elle a un enfant. Mais elle a de gros problèmes avec son frère Ian. Celui-ci, victime d'un accident du travail qui l'a laissé diminué, laisse apparaître la violence de sa vraie nature!
   
   Un monde et une partie de la civilisation gaélique a disparu avec l'évacuation de ces îles. Ces hommes et femmes, subissant une sorte d'exils multiples; îliens, ils doivent devenir terriens, écossais, ils le sont mais ne parlent pas la langue de leur pays. Ils seront dispersés, comme s'il fallait qu'ils disparaissent. Beaucoup mourront très rapidement, d'autres commenceront à boire, certains continueront leur route, l'Amérique dans le cas de Roddy. Des allers et retours incessants entre l'enfance, la jeunesse et la vieillesse d'un homme. Un livre qui, bien qu'il soit un roman, est dans la lignée des écrits de Peig Sayers et de Tomás O'Criomhthain, écrivains des îles irlandaises des Blaskets qui furent elles aussi évacuées par les autorités. Un bon roman très agréable à lire, pas très long. Ces hommes et ces femmes ont perdu leurs âmes et leurs racines en perdant leur île. Il est bien que des témoignages et des romans leur rendent l'hommage qu'ils méritent.
   
   
   Extraits :
   
   - Les femmes péroraient et jacassaient, on aurait dit une troupe de poules bien en chair.....
   
   - Notre île était en train de mourir, et nous, ses enfants, pleurions sa mort.
   
   - Nous avons dû ressembler, ce jour-là, à des gens qui surgissent du milieu du siècle passé.
   
   - Mais maintenant, nous étions éparpillés; le petit rameau de survivants avait été dispersé aux quatre coins du pays. Rien ne nous réunirait plus, pas même la toute puissance de la mort.
   
   - ... avions-nous pris la bonne décision en choisissant de quitter notre île?
   
   - Un mal qui ronge l'âme.
   
   - Son gaélique était étrange, je devais me concentrer pour capter les mots.
   
   - «C'est trop tard Roddy. Elle est partie maintenant. Partie!»
   
   - J'avais l'impression que plus personne ne se souciait vraiment de moi; en quelque sorte j'avais tout perdu. Jamais je ne m'étais senti aussi seul.
   
   - Ce jour même, au coin d'une rue, je tombais sur deux vieilles femmes qui bavardaient en gaélique. Je fus si surpris que je m'arrêtais net, perplexe et heureux...
   
   - Quelques milles marins nous avaient séparés; en termes d'identité: un gouffre immense.
   

   
   Titre original : West of the World

critique par Eireann Yvon




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