Lecture / Ecriture
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Rimbaud le fils de Pierre Michon

Pierre Michon
  Vies minuscules
  Les Onze
  Vie de Joseph Roulin
  La grande Beune
  Le roi du bois
  Abbés
  L'empereur d'Occident
  Rimbaud le fils
  Maîtres et serviteurs
  Je veux me divertir
  Dieu ne finit pas
  Mythologies d'hiver
  Le roi vient quand il veut
  Corps du roi

Pierre Michon est un écrivain français né dans la Creuse en 1945. Il a été élevé par sa mère, institutrice.
Il a fait des études de Lettres à Clermont-Ferrand jusqu’à un mémoire de maîtrise sur Antonin Artaud.



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Rimbaud le fils - Pierre Michon

Une vie majuscule
Note :

                          Ça carbure dur chez Michon à cette époque. 1988 "Joseph Roulin", 1989 "L'Empereur d'Occident", 1990 "Maîtres et serviteurs", 1991 "Rimbaud". Bon an mal an, Michon pond. C'est comme si les "Vies minuscules", longtemps retenues, avaient lâché la bonde. C'est d'ailleurs la même eau qui s'échappe depuis Vies minuscules, le sujet n'y change rien, c'est toujours le même flux, le même courant porté par cette écriture tellurique, secousses comprises, qui, quoi qu'il arrive vaudra à Michon le statut de classique. Ce n'est pas parce qu'il s'attaque à Rimbaud qu'il va changer sa façon de faire. En avant donc pour un portrait, un de plus, mêlant les événements avérés et les scènes imaginées bardées de prétéritions: il faudra un jour compter les "on dit que", "à ce qu'on dit", "ou peut-être", "c'est ce qu'on veut croire" chez Michon où même les "j'en suis sûr" ne reposent sur rien de réel.
   
   Rimbaud donc, qui échappe à une vie minuscule - après tout, les Ardennes de 1870 valent bien la Creuse - par une série de circonstances, de rencontres, d'événements: le père enfui et la mère "souffrante et mauvaise" comme point de départ déterminant - Rimbaud, le fils, ne perdons pas le titre de vue -, Izambard, Banville, Verlaine, Carjat qui ont droit chacun à leur chapitre, et puis les autres, Fantin-Latour, Bardey, Ménélik, plein d'autres, y compris "six Noirs abyssins sans nom portant une litière sur le dos", mêlés dans un final de feu d'artifice qui dit l'impossibilité de saisir tout ou partie de Rimbaud, être et mythe mêlés. Michon aura essayé, il se sera cru, à certains moments, au-dessus de "tous ces livres écrits sur Rimbaud, ce livre unique en somme tant ils sont le même", il se sera vu, un instant, capable de traiter d'égal à égal avec son sujet, à deux doigts de tutoyer l'Arthur. D'autres viendront, d'autres essaieront. Michon sera passé par là avant eux. Leur chemin ne sera pas facile.
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critique par P.Didion




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Pas convaincue
Note :

   J’ai attendu plus d’une quinzaine de jours avant d’écrire une note sur ce livre, tout simplement parce que je ne savais pas quoi en penser : si je reste admirative de l’écriture de Pierre Michon – savante, sophistiquée, précieuse – et qu’il m’est toujours aussi agréable de plonger dans son style, je suis sortie malgré tout de cette lecture dubitative, pas convaincue, et avec le sentiment qu’il me manquait quelque chose.
   
   Ce livre se situe au croisement de plusieurs genres – biographie, essai, roman – et parle essentiellement de poésie, toutes choses qui me plaisent extrêmement et qui me tiennent toujours en haleine.
   
   Par ailleurs, il se concentre sur les années d’enfance et d’adolescence de Rimbaud, c’est-à-dire ses années créatives, et il laisse tomber la période africaine – une excellente idée pour quiconque aime la poésie de Rimbaud et s’interroge sur elle.
   
   Autre avantage par rapport aux biographies rimbaldiennes : il apporte un regard d’écrivain, un regard de connivence et de compréhension, qui nous éclaire sur le sens profond de la quête poétique – là où les biographes en restent à des embrouillaminis de petits faits superficiels.
   
   Par contre, sur de nombreux points, j’ai trouvé les interprétations de Michon très subjectives, lorsqu’il dit que la mère de Rimbaud était une femme mauvaise (Rimbaud la voyait ainsi, mais est-ce vrai ?), que Rimbaud cherchait un père dans les hommes qu’il rencontrait (psychanalyse douteuse), ou que La Saison en Enfer est le cinquième Evangile.
   
   Bien sûr, l’auteur a droit à sa subjectivité, à ses rêveries ou à ses fantasmes, et il peut toujours broder des motifs à partir du réel, mais ça n’empêche pas que le lecteur n’adhère pas toujours à ces visions, pour peu qu’il ait lui-même sa petite idée personnelle.
   
   Rimbaud le fils m’a cependant intéressée et je conseille ce livre aux amateurs de poésie et aux amoureux de beaux styles.
   
   Extrait page 78 :
   (…) De cela je suis sûr : Rimbaud refusait et exécrait tout maître, et non pas tant parce que lui-même voulait ou croyait l’être, mais parce que son maître à lui, c’est-à-dire celui de la Carabosse, le Capitaine, lointain comme le tsar et peu concevable comme Dieu, comme eux plus souverain d’être bouclé derrière des kremlins, derrière des nuages, son maître depuis toujours était une figure fantôme ineffablement exhalée dans les clairons fantômes de garnisons lointaines, une figure parfaite, hors d’atteinte, infaillible et muette, postulée, dont le Royaume n’était pas de ce monde ; et, en voir, en ce monde l’apparition, même pas l’apparition mais le soupçon, l’apparence, l’ombre portée, le lieutenant, l’incarnation déchue qui vidait des stouts dans sa barbe et écrivait de beaux vers, cela jetait Rimbaud hors de lui, le dépossédait, et sans doute il enrageait, au comble de l’indignation et ne sachant pourquoi, comme un pharisien à qui le Dieu opaque des Tables closes fait l’injure d’apparaître clairement dans le pouilleux de Nazareth. (…)

critique par Etcetera




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