Lecture / Ecriture
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Long week-end de Joyce Maynard

Joyce Maynard
  Long week-end
  Les filles de l’ouragan
  Et devant moi, le monde
  Baby Love
  Une adolescence américaine - Chronique des années 60
  L'homme de la montagne
  Les règles d'usage

Daphne Joyce Maynard est une écrivaine américaine née en 1953.

Long week-end - Joyce Maynard

Un formidable trio !
Note :

   "Aujourd’hui, c’est mon jour de chance, dit Frank. Le vôtre aussi, peut-être»
   
   Henry, 13 ans, vit seul avec sa mère "Il n’est plus resté que nous deux, ma mère et moi, après le départ de mon père". Sa famille, c’est sa mère Adèle, et non son père, chez qui il se rend pourtant régulièrement et qui a refait sa vie avec une nouvelle femme Marjorie, qui a déjà un fils, et avec qui il aura un nouvel enfant que Joe ne considèrera jamais vraiment comme sa sœur.
   
   Sa mère vit recluse chez eux et c’est exceptionnellement qu’ils sortent ce samedi de fin août, veille du grand week-end du Labor Day, pour se rendre au centre commercial, car la rentrée des classes est proche et Joe a besoin d’un pantalon. Son quotidien d’habitude, c’est plutôt regarder la télé ou faire les réussites que sa mère lui a apprises. Ou s’occuper de son hamster. Car pas de console Nintendo chez eux.
   
   Joe profite de cette sortie pour aller dans le rayon des journaux et des livres de poche, objectif feuilleter le nouveau Playboy. Malheureusement le magazine est sous cellophane et il se rabat donc sur un article de Cosmopolitan intitulé "Ce que les femmes voudraient que les hommes sachent et qu’ils ignorent". Car Joe en bon adolescent est intrigué par tout ce qui concerne les relations avec les femmes.
   
    C’est alors qu’un type l’aborde, et lui demande de l’aide. Il saigne à la jambe. Contre toute attente, Joe et sa mère ramènent cet homme chez eux. Ils habitent "Enfield, dans le Newhampshire, le genre de bled où tout le monde sait ce que fait tout le monde. Où les gens remarquent le temps qui s’écoulent entre deux passages de votre tondeuse à gazon, et pour peu que vous repeigniez votre maison d’une autre couleur que le blanc, ne cessent d’en parler dans votre dos. Or ma mère demandait juste qu’on la laisse tranquille"
   
   Sa mère n’a pour ainsi dire plus d’amis et ils vivent reclus, au fond d’une ruelle où les voitures ne s’aventurent que par erreur ou pour faire demi tour. Alors l’arrivée de Joe chez eux est plutôt un événement, même si tout parait banal à la lecture de ce superbe roman au narrateur –Joe, ce jeune garçon- éblouissant. "Amener Frank chez nous c’était donc une sacrée affaire. Nous n’avions plus reçu personne depuis un an, peut-être même deux".
   
   Parfois on referme un livre en se sentant vraiment heureux, c’est ce que j’ai senti à la lecture de celui-ci qui m’a vraiment procuré beaucoup de bonheur. Bien que l’histoire paraisse peu plausible: une femme ramène chez elle un taulard évadé et ces deux individus peu épargnés par la vie s’amourachent l’un de l’autre. Ils nous font découvrir le meilleur d’eux-mêmes, sans qu’aucune mièvrerie ne ressorte jamais de ce récit. J’ai adoré ce roman, d’une extrême sensibilité, et qui jusqu’au dénouement tient ses promesses.
   
   Il raconte magnifiquement comment un seul être et une seule rencontre peuvent tout changer, nous faire revivre, nous rendre heureux et beau. Et cela sans jamais tomber dans le pathos ou la facilité, c’est ce qui rend ce livre profond et très réussi.
   
   De ce trio, Joyce Maynard fait un récit somptueux qui m’a profondément touchée. L’écriture coule, et les pages se tournent, inlassablement, quasi d’une traite, nous offrant une bien belle lecture pour démarrer l’été. 
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critique par Éléonore W.




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C'est beau !
Note :

   Le narrateur s'appelle Henry et donne la voix à un épisode marquant de sa vie.
   Nous sommes en 1987, il a treize ans et l'histoire se déroule pendant le long week end du Labor Day, dans une fin d'été caniculaire.
   
   Sa mère, Adèle, est une femme meurtrie par la vie, abandonnée par son mari qui s'est remarié, elle vit seule avec son fils, l'entraînant dans ses réflexions et ses regrets, partageant aussi sa profonde solitude.
   
   A l'occasion de leur sortie mensuelle, pour faire le plein en produits surgelés au supermarché du coin, mère et fils sont victimes délicatement et tout en douceur d'un kidnapping.
   
   Franck, par qui tout arrive, s'est échappé de prison. Blessé, il profite de ce long week end pour semer la police et les prend en otage sans violence dans le supermarché.
   
   Alors que le fait divers passe en boucle sur toutes les chaînes, s'installe dans la maison un curieux huis-clos faisant écho à celui que vivaient déjà la mère et son fils.
   
   Sous les yeux d'Henri, Adèle change de comportement. Elle s'intéresse à l'histoire de Franck, raconte aussi la sienne, devient une autre, s'illumine.
   
   Des regards sont échangés, qui en disent long, une nouvelle complicité naît, l'amour aussi, violent charnel, érotique.
   
   Henry n'occupe plus la première place, jaloux sans doute au prise avec des doutes sur son avenir et pourtant, il éprouve pour Franck un véritable intérêt et une admiration certaine.
   
   L'isolement et la chaleur torride exacerbent les comportements et la réalité va bientôt rattraper ce monde que se sont crées ces derniers personnages aux fêlures profondes.
   
   C'est beau, c'est bien écrit avec beaucoup de délicatesse et d'humour. Le lecteur est plongé dans l'univers des banlieues résidentielles américaines où les voisins ont une curiosité malsaine, où rien ne se passe vraiment de bien intéressant et où la solitude colle à la peau.
   
   Beaucoup de thèmes chers à l'auteur, l'enfance et ses interrogations, la chance à saisir, le hasard qui bascule un destin, le divorce sont très bien évoqués dans ce récit.
   
   "Les six plus beaux jours de ma vie", une fois le livre fermé il en reste comme une mélopée.

critique par Marie de La page déchirée




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