Lecture / Ecriture
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Le dernier bateau de Siegfried Lenz

Siegfried Lenz
  La leçon d’allemand
  Le dernier bateau
  Une minute de silence

Auteur d’une centaine de romans, d’essais et de pièces de théâtre, traduit en trente langues, Siegfried Lenz est devenu un auteur classique. Né en 1926 à Lick, en Mazurie, région de Prusse-Orientale qui allait devenir polonaise à la fin de la guerre.
Il est décédé en 2014.

Le dernier bateau - Siegfried Lenz

Futur classique de la littérature allemande
Note :

   Un récit qui deviendra sans doute un classique de la littérature allemande.
   
   Un court et beau roman de Siegfried Lenz qui m’avait marquée par sa "Leçon d’allemand" ce qui m’a fait acheter ce livre-là les yeux fermés.
   
   Arne a douze ans et il a déjà connu le pire, la perte de sa famille, un ami de son père l’accueille chez lui, il est le chef d’un chantier de démolition dans le port de Hambourg. Arne va désormais vivre avec Hans le fils aîné de dix sept ans, Lars le plus jeune et Wiebke la sœur de Hans.
   "Ce jour-là, Arne, ce jour d'hiver, nous t'avons vu pour la première fois, nous n'avions d'yeux que pour toi, debout dans la neige sale devant le hangar, résigné, perdu, comme si tu t'étais égaré dans notre univers"
   
   
   Une amitié se noue immédiatement avec Hans, il est en sécurité avec lui et la chambre qu’ils partagent est un territoire quasiment magique, Arne est "figé d'étonnement, en découvrant ma chambre; elle était aménagée comme une cabine de bateau. Les étroites couchettes avec leur planche de sécurité relevée, les fauteuils capitonnés à trois pieds pour limiter l'encombrement, les tables de bois tropical et les deux cloches de laiton ballantes: tout provenait de navires dégréés, tout avait été mis à l'abri, réparé, astiqué et transporté chez nous sous la surveillance de mon père."
   
   Arne s’apprivoise, curieux de tout, il apprend le finnois et les nœuds marins, il a une petite bibliothèque bien à lui, il est doué pour les langues et réussit très bien à l’école. Mais si l’amitié avec Hans est facile, il a du mal à s’intégrer hors de la maison, Lars et Wiebke sont un brin hostiles. Arne est souvent auprès de Kalluk, le gardien du chantier de démolition, originaire d'Estonie, taciturne et secret. Mais c’est la bande d’adolescents du quartier qui l’attire, en faire partie devient son rêve, il va par tous les moyens tenter de se faire accepter.
   Ses efforts seront vains et vont entraîner un drame.
   
   Le récit extrêmement prenant est construit sur un lent retour en arrière, les personnages sont peu à peu dévoilés, les mots de Lenz sont d’une grande sobriété et d’une totale simplicité. Un beau récit sur l’exclusion, l’amitié, la marginalité et la solitude.
   Le port de Hambourg, les brumes de l’Elbe, l’atmosphère du chantier et son attrait, tout est rendu proche par le talent de l’auteur.
   Siegfried Lenz dans ce roman comme dans "La leçon d’allemand" sait rendre les sentiments de l’adolescence et l’intimité de la vie familiale avec une immense sensibilité.
   
   Ce livre a obtenu le Prix Goethe, mais récompense ou pas je vais lui faire une place dans ma bibliothèque.
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critique par Dominique




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Concerto hambourgeois
Note :

      Je ne connaissais rien de Siegfried Lenz. J’avais vu il y 25 ans un film de Jerzy Skolimowski qui m'avait bien plu, "Le bateau phare" avec Robert Duvall et Klaus Maria Brandauer. Je viens d'apprendre qu'il est adapté d'un roman de Siegfried Lenz. Mes lectures doivent parfois (presque) au hasard, je l'ai déjà dit. En phase germanophile ce titre, "Le dernier bateau", m'a attiré et sa brièveté n'y était pas pour rien. Logorrhées et pavés me pèsent de plus en plus. Mais là si c'est le hasard il a bien fait les choses. C’est une des plus belles lectures de ces dernières années.
   
       Arne,douze ans, se retrouve orphelin. Un ami de son père le recueille au sein de sa famille. Les deux pères ont jadis navigué ensemble. Cet homme dirige un chantier de démolition navale à Hambourg. Diversement apprécié parmi les trois enfants Arne se révèle surdoué et hypersensible. Hans l'aîné se prend d'affection et l'amitié ne sera jamais démentie. Ils partagent une chambre,une chambre pleine de la Mer si j'ose dire. Les décors, les objets de marine, cartes, les couchettes proviennent de bateaux dégréés. C'est une belle réussite esthétique d'imaginer ainsi cette pièce où semblent souffler un vent hanséatique et un esprit ouvert au large. Tout hélas n'est pas aussi ouvert et Arne grandit de quelques années, restant cependant à la marge. Sans vraie méchanceté, par maladresse plutôt que par ostracisme, les jeunes, intimidés en quelque sorte, comme apeurés et notamment Wiebke la sœur de Hans ne sauront pas faire le geste,simple sûrement et qui aurait suffi.
     
     Comme si les sentiments parfois nous pesaient comme un carcan et qu'à force de ne pas se dire qu'on s'aime plutôt bien, on laissait une forme d'indifférence conduire vers le drame, inéluctable.
   
   Cette histoire magnifique et troublante nous entraîne à la manière d'une corne de brume qui mugirait vers des confins bal tiques,alors que martèlent les ouvriers du chantier sur les nefs en destruction et que la peine nous étreint. Je sais que d'autres ont aimé, comme Dominique, "Le dernier bateau". Je sais aussi maintenant que Siegfried Lenz est un écrivain majeur de l'Allemagne d'après-guerre. Il était temps, Lenz est né en 1926. Je sais enfin, mais ça je le savais déjà: ô combien de choses on ignore! 

critique par Eeguab




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